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FRANCE : Les urgences de l’hôpital sous tension pour l’été !

Dans plusieurs régions, faute d’un nombre de médecins urgentistes suffisants, certains de ces services ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre vont devoir fonctionner en pointillé. 

Par Camille Stromboni

Les
              urgences du centre hospitalier de Lens (Pas-de-Calais), le
              27 juin 2019.Les urgences du centre hospitalier de Lens (Pas-de-Calais), le 27 juin 2019. SEVERINE COURBE / VOIX DU NORD / MAXPPP

« La main forcée et le cœur brisé. » C’est de cette manière que l’urgentiste Karine Humbert raconte la décision inédite prise dans l’un des services des urgences qu’elle chapeaute, celui de la polyclinique d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Depuis mardi 6 juillet, ce dernier est officiellement fermé de 20 heures à 8 heures, et ce jusqu’à la fin du mois d’août.

Les patients qui ont recours au « 15 » (SAMU) sont dirigés vers quatre hôpitaux proches (Douai, Lens, Béthune, Seclin), selon leurs pathologies. Les habitants sont appelés à ne plus se présenter aux urgences de la ville, même si un médecin urgentiste demeure toujours présent en cas de nécessité, pour gérer les urgences intra-hospitalières et les patients admis avant la fermeture nocturne. Une nouvelle règle qui n’a pas encore été totalement intégrée sur le territoire : quelques personnes se sont encore présentées les premières nuits de la suspension provisoire – toujours pour des urgences légères, qui ont pu être traitées.

« C’est une première, et forcément on ne le vit pas très bien. Les urgences accueillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, c’est écrit sur toutes nos portes, c’est notre cœur de métier, dit la médecin de l’établissement de santé privé d’intérêt collectif de l’Association hospitalière Nord Artois cliniques. On sait bien que la charge qu’on ne prend plus est reportée sur d’autres qui ont déjà beaucoup d’activité… Mais on n’a pas le choix. » Pas le choix, car les ressources médicales ne permettent plus d’assurer la « sécurité », explique-t-elle à propos des effectifs de médecins urgentistes. « On veut qu’aucun patient n’ait de pertes de chances »,défend la responsable, qui a 53 ans s’avoue soulagée de la solution trouvée avec ses partenaires du territoire.

Départs accumulés

Le problème a beau être récurrent durant la période estivale à l’hôpital, avec une démographie de médecins urgentistes insuffisante depuis plusieurs années, il prend une autre dimension après seize mois de crise due au Covid-19. La tension dans les quelque 630 services d’urgences est telle que certains territoires sont obligés d’en arriver à des décisions radicales, comme Hénin-Beaumont, tandis que de nombreux hôpitaux se préparent à un été « particulièrement tendu »,selon les syndicats et les associations d’urgentistes.

Dans cette ville de 25 000 habitants du Pas-de-Calais, les départs du service d’urgence se sont accumulés depuis le printemps. Deux démissions de médecins partis vers d’autres établissements, puis celle du chef de service, puis trois arrêts-maladies longs… « En quelques mois, l’effectif s’est brutalement dégradé », décrit Karine Humbert à propos de ce service qui ne souffrait que d’un léger déficit initial de 2,5 équivalents temps plein sur 13, pour quelque 80 à 85 passages par jour (dont 20 à 25 durant la nuit). Le château de cartes s’est effondré au moment de préparer les plannings d’été, avec les congés : « Tout le monde a besoin de se reposer, les gens sont fatigués physiquement et moralement, avec le spectre d’une quatrième vague qui pèse déjà », souligne la responsable, qui rappelle que 50 % des urgentistes du service ont été touchés par le Covid-19.

Autre conséquence de l’épidémie : contrairement aux années précédentes, les congés se sont concentrés sur deux mois seulement (juillet et août) au lieu de quatre, rappelle-t-on à l’agence régionale de santé des Hauts-de-France. Impossible de partir dès le mois de juin, alors que l’activité aux urgences a bondi dans la région, après le déconfinement, de 21 % par rapport aux cinq dernières années, selon les chiffres de l’autorité sanitaire. Et la nécessité d’être sur le pont pour le mois de septembre est déjà dans toutes les têtes.

« Cette année, vu l’état des praticiens, on a du mal à demander aux gens d’en faire plus, même s’il va falloir le faire. Il n’y a pas un urgentiste qui va travailler moins de soixante heures par semaine dans les Hauts-de-France cet été », souligne Patrick Goldstein, patron du SAMU du Nord, qui prévoit de grandes difficultés aussi à Boulogne-sur-Mer, Saint-Omer, Fourmies… « L’été ne va pas être serein, et c’est bien dommage. »

« Une offre de proximité »

A quelques centaines de kilomètres plus au sud, dans le département de la Sarthe, considéré comme un désert médical, les établissements de santé publics ont eux aussi dû se résoudre à annoncer, le 5 juillet, des modalités de fonctionnement inédites pour tenir l’été, validées par l’agence régionale de santé, en réponse à la « pénurie sans précédent de médecins urgentistes ».

Les urgences du pôle santé Sarthe et Loir, au Bailleul, qui ont habituellement une soixantaine de passages par jour, fonctionneront seulement la journée. Du 18 juillet au 29 août, de 19 heures à 8 heures du matin, le service sera fermé. Les quatre plus petits centres hospitaliers de Château-du-Loir, Saint-Calais, La Ferté-Bernard et Mamers vont eux connaître un fonctionnement partiel, avec des fermetures ponctuelles des services des urgences de vingt-quatre heures, en fonction de la présence médicale.

« Ce qui nous inquiète, c’est que cela intervient de manière concomitante sur plusieurs sites, relate Diane Petter, directrice générale par intérim du centre hospitalier du Mans. Comme ses confrères du Pas-de-Calais, la responsable se veut totalement rassurante sur la question des urgences vitales, qui vont pouvoir être assurées en toute « sécurité »grâce à ce nouveau fonctionnement, avec des patients redirigés par le 15 vers les autres services d’urgences du territoire. « Mais c’est une offre de proximité qui répond à un vrai besoin », note-t-elle à propos de ces urgences « légères », relevant plus de la médecine générale et prises en charge jusqu’ici dans ces services qui vont ouvrir en pointillé.

Impossible néanmoins de tenir l’été avec plus d’une quarantaine d’équivalents temps plein vacants dans la Sarthe. « C’est la pénurie générale. Les années précédentes, nous arrivions à combler les trous avec l’intérim, mais ça ne répond plus, on ne trouve rien cette année », décrit la responsable, qui rapporte comme de nombreux collègues d’immenses difficultés à recruter ces médecins intérimaires, qui constituent dans certains services le seul moyen de tenir l’été, et parfois l’année.

« Il y a des difficultés partout, affirme François Braun, à la tête du syndicat SAMU-Urgences de France, qui met en avant le « contexte post-Covid » et les « départs de médecins et d’infirmiers ». « Avant, ces tensions touchaient les petits services des urgences avec une faible activité, maintenant de plus gros services sont impactés », reprend-il.

Chez lui, en Moselle, le maximum de congés qui a pu être accordé aux personnels est de deux semaines. Et si aucun service ne ferme, le médecin s’attend à de grandes difficultés sur certains sites, comme l’hôpital de Briey (Meurthe-et-Moselle), avec la crainte d’être contraint, au creux de l’été, à des fermetures ponctuelles.

« Nous sommes début juillet et on cherche encore des solutions pour faire tourner certains sites en août, pointe Guillaume Debaty, responsable du SAMU au CHU de Grenoble, citant l’hôpital de Voiron, dans l’Isère, département où tous les services vont cependant rester ouverts. On va faire le maximum pour ne pas en arriver à une situation dégradée. » Comme dans plusieurs régions, M. Debaty constate depuis la sortie de la troisième vague et du dernier confinement un rebond notable de l’activité aux urgences, plus importante que les autres années à cette même période. « Mais beaucoup de services vont devoir fonctionner avec des effectifs réduits, ce qui va forcément induire une surcharge de travail forte », rapporte-t-il.

« Usure du système »

S’ajoute une problématique qui remonte de toutes parts : cela coince aussi de manière exacerbée cet été sur l’« aval », c’est-à-dire les lits des différents services des hôpitaux vers lesquels les urgentistes envoient leurs patients. « Il y a plus de lits fermés cet été, constate Guillaume Debaty. Ce sont donc des patients qui restent plus longtemps aux urgences et plus de travail pour les urgentistes… »

« C’est très tendu sur l’aval parce qu’il n’y a pas eu assez de recrutements à l’hôpital, et donc il y a des fermetures de lits pour donner leurs congés aux personnels, qui sont sur les genoux »,résume Patrick Pelloux, à la tête de l’Association des médecins urgentistes de France, qui y voit le cumul de « l’usure du système et de la crise du Covid-19 »« Les collègues passent leur temps à chercher des places et à devoir transférer des patients », décrit-il. Sans compter la « quatrième vague psychiatrique », avec ces malades qui « décompensent » et se retrouvent aux urgences.

La transformation de chambres doubles en chambres simples pour cause de règles d’hygiène liées à l’épidémie entraîne par ailleurs une baisse de la capacité dans plusieurs services.

« Beaucoup d’établissements ont du mal à reprendre une activité normale cet été, confirme Thierry Godeau, à la tête de la conférence nationale des présidents de commissions médicales d’établissement de centres hospitaliers. La pression est pourtant forte sur l’hôpital après deux ans de crise : « Il y a un grand retard à rattraper auprès de nombreux patients… », rappelle le médecin.

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