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Macron refuse d’enterrer la réforme des retraites

L’exécutif laisse planer la possibilité de faire passer une partie de sa réforme avant la fin du quinquennat, tout en affirmant que « les conditions ne sont pas encore réunies » pour remettre sur la table ce sujet hautement sensible.

Par Claire Gatinois Le Monde

Combien sont-ils encore à y croire ? A le vouloir ? Une poignée d’irréductibles à peine. A moins de sept mois de l’élection présidentielle, l’Elysée fait pourtant mine de laisser le dossier des retraites ouvert, prêt à être dégainé si le contexte le permettait. Après avoir interrompu sa réforme en mars 2020 pour cause de pandémie de Covid-19, Emmanuel Macron laisse à nouveau croire qu’une nouvelle version, retravaillée, pourrait avoir lieu avant la fin du quinquennat.

Pour preuve une réunion de travail réunissant plusieurs ministres s’est tenue mardi 21 septembre à l’Elysée pour parler, notamment, de ce sujet hautement sensible. « Et alors ? », élude un conseiller laissant entendre qu’il « n’y a rien de nouveau sous le soleil » en renvoyant au discours du chef de l’Etat du 12 juillet. « Nous devrons engager, dès que les conditions sanitaires seront réunies, la réforme des retraites, avait alors prévenu Emmanuel Macron. J’ai entendu les débats sur le moment : faut-il faire cette réforme dès ce mois de juillet, à la rentrée, ou bien plus tard ? Si je demande au gouvernement de Jean Castex de travailler avec les partenaires sociaux sur ce sujet dès la rentrée, je ne lancerai pas cette réforme tant que l’épidémie ne sera pas sous contrôle et la reprise bien assurée. »

Une croissance à plus de 6 % cette année et l’accalmie de la pandémie de Covid-19 peuvent laisser penser que plus rien n’empêche de passer à l’action. Mais le premier ministre, Jean Castex, a jusqu’ici expliqué qu’il était trop tôt encore pour l’envisager. Certes, dans un entretien aux Echos, le 27 septembre, le locataire de Matignon a une fois de plus asséné que « les conditions posées par le président [n’étaient] pas encore réunies ». Mais il a aussi ajouté : « Cela ne doit pas nous empêcher de travailler et de nous préparer au cas où. » La réforme ? « On fera ça quand on tombera les masques », avait lancé, dans une formule encore plus énigmatique, le chef de l’Etat le 11 septembre, s’adressant à une agricultrice en marge d’une visite à la foire agricole à Corbières-en-Provence (Alpes-de-Haute-Provence).

« Le bilan d’Emmanuel Macron manque de réformes structurelles majeures. Sur ce sujet, il est donc “prenable”, décrypte Chloé Morin, politologue à la Fondation Jean-Jaures. Si l’opposition de droite venait à lâcher les sujets d’identité et d’immigration, il y aurait matière à instruire un procès. Déclencher une réforme des retraites, même partielle avant l’élection, lui permettrait de riposter même si cela pourrait apparaître comme artificiel. »

Réforme en deux parties
Sur le papier l’hypothèse est crédible. Si le temps législatif est compté – le Parlement fermera fin février jusqu’aux élections présidentielle (les 10 et 24 avril) et législatives (les 12 et 19 juin) –, les conseillers du chef de l’Etat assurent que tout est possible grâce à des amendements au projet de loi de financement de la Sécurité sociale ou par un projet de loi très court. L’idée continue de prospérer de découper la réforme en deux parties, l’une menée avant le scrutin, visant à supprimer les régimes spéciaux et à relever le minimum retraite à 1 000 euros, et l’autre après la présidentielle, plus sensible, reculant l’âge de départ à le retraite.

Mais est-ce souhaitable ? Syndicats et patronat ont déjà fait part de leur opposition. Les commerces secoués par les « gilets jaunes », les blocages de la précédente réforme menée par le premier ministre Edouard Philippe, et dix-huit mois de pandémie, plaident pour une pause. Au sommet de l’Etat, les avis divergent. Si certains proches du président le poussent à agir pour relancer l’« ADN réformateur » du chef de l’Etat, d’autres crient à la catastrophe annoncée.

Jean Castex, décrit comme « un bon renifleur des emmerdes à venir », est d’avis d’attendre. « C’est quoi l’idée ? Supprimer les régimes spéciaux ? On va bloquer l’Ile-de-France avec des manifestations de la RATP, voilà ce qu’on aura », s’angoisse-t-on également dans l’entourage du ministre de l’économie, Bruno Le Maire. D’autres s’étonnent enfin que le sujet soit encore à l’ordre du jour. « Les retraites ? Il n’a pas abandonné ? », s’interroge François Patriat, président du groupe La République en marche (LRM, parti présidentiel) au Sénat.

Symbole de bravoure politique


Emmanuel Macron est, à en croire son entourage, conscient de tous ces périls. Il y a trente ans, en 1991, Michel Rocard premier ministre présageait déjà qu’une telle réforme avait « de quoi faire tomber cinq ou six gouvernements dans les prochaines années ». Mais le chef de l’Etat n’aime pas se refermer des portes. Encore moins lorsqu’il s’agit d’un sujet érigé au fil des ans en un symbole de bravoure politique.

Le chef de l’Etat doit préciser ses intentions d’ici à la fin du mois d’octobre

Finalement, laisser flotter le sujet dans les airs permet au président d’en parler sans le faire tout en martelant qu’il le fera. Et quand bien même Emmanuel Macron n’est pas – encore – candidat à sa réélection, il pourrait en faire un thème de son programme électoral. « C’est très bien de le garder dans l’atmosphère, le sujet doit faire partie des débats de la présidentielle », atteste Roland Lescure député des Français de l’étranger pour LRM. Avant ou après l’élection ? Le chef de l’Etat doit préciser ses intentions d’ici à la fin du mois d’octobre.

« C’est un sujet passionnel et essentiel. On voit bien qu’il faut l’annoncer précisément et la mettre en œuvre rapidement », appuie Gilles Boyer, député européen proche de l’ex-premier ministre Edouard Philippe. L’ancien locataire de Matignon, qui a mis en œuvre la précédente réforme, a d’ailleurs fait part de sa vision du sujet. Dans un entretien au magazine Challenges, le 30 septembre, il fait des retraites un enjeu essentiel pour gouverner en permettant de regagner des marges de manœuvres budgétaires. Avec une dette publique à plus de 115 % du produit intérieur brut, le maire du Havre (Seine-Maritime) sonne l’alerte, présageant que la période actuelle « d’argent facile » finira tôt ou tard. « La seule solution raisonnable est d’allonger la durée de vie active en repoussant l’âge de la retraite à 65, 66, 67 ans. D’autres pays l’ont fait », explique-t-il.

Une préoccupation qui n’est pas étrangère à son expérience à Matignon. « Dans le programme, la réforme des retraites était prévue à la fin. Avant de pouvoir la faire on a passé notre temps à chercher du fric », décrit-on dans l’entourage de l’ancien premier ministre. Emmanuel Macron « le dépensier », accusé par l’opposante de droite, Valérie Pécresse de « cramer la caisse », a des raisons d’être sensible à ce discours. Pour l’heure, l’initiative du maire du Havre semble surtout agacer l’exécutif.

Claire Gatinois

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Cette entrée a été publiée le 5 octobre 2021 par dans ANTISOCIAL, CONTRE REFORME, DROITS DES TRAVAILLEURS, ETAT POLICIER, FRANCE, retraites.
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