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France HÔPITAL Public : Urgences pédiatriques : «Il est deux heures du matin, une trentaine de patients non vus, je suis dépassée» !

Face à l’afflux d’enfants malades, aux lacunes de la médecine de ville et au manque de moyens chronique, révélés par le collectif inter-hospitalier, médecins de garde et internes sont à bout. Une médecin raconte à «Libé» sa nuit folle et pourtant habituelle, dans le service d’urgences d’un hôpital pour enfants parisien.

Face à l’afflux d’enfants malades, aux lacunes de la médecine de ville et au manque de moyen chronique, révélés par le collectif inter-hospitalier, médecins de garde et internes sont à bout. Une médecin raconte à «Libé» sa nuit folle et pourtant habituelle, dans le service d’urgence d’un hôpital pour enfants parisien. (Christophe Archambault/AFP)

Par Une médecin au sein d’un unité d’urgence pédiatrique à Paris

18 heures. La garde est là. Avec mon interne, nous sommes là depuis 8 h 30 ce matin, essayant tant bien que mal de stabiliser les patients des lits portes [nom donné à des unités médicales adjacentes aux urgences, ndlr] qui attendent une place en hospitalisation. Aujourd’hui comme les autres jours, l’hôpital ne peut les accueillir, ils attendent patiemment leur tour. Je commence ma garde en sachant qu’il n’existe aucun garde-fou : les lits portes sont pleins et l’hôpital aussi. Si je dois garder un autre enfant ce sera dans le couloir, ou il me faudra redoubler d’ingéniosité : demander des lits superposés ?

18 h 30. Je prends le téléphone du senior de garde avec anxiété. Ce soir il va falloir tenir face à cette vague d’enfants et le manque de moyens chronique. Armée de mes trois talentueux internes et de ma collègue nous travaillons au mieux. Nous conseillons, consolons, soignons les petits d’Ile-de-France venus bien trop souvent pour de la consultation qui ne relève pas de la médecine d’urgence. C’est notre quotidien. Nous l’acceptons. L’accès au soin est un problème. Aujourd’hui, il faut pouvoir être rassuré immédiatement. La médecine de ville fait défaut, nous sommes là pour venir combler le vide.

Pas un moment de repos, au fil des heures ils continuent d’affluer. Beaucoup d’enfants en détresse respiratoire : c’est la saison.

Puis un enfant grave, un deuxième, un troisième : je n’ai plus d’endroit où les accueillir. La tension monte, la situation m’échappe et je suis seule responsable de garde. Minuit est passé et l’hôpital considère que je peux faire face seule.

Heureusement, j’ai mes amis du premier étage, la réanimation. Ils viennent m’aider sans même hésiter : effectivement, les trois patients sont dans un état grave et ont besoin d’une stabilisation urgente. Je les remercie d’être là, mais c’est un fait, je suis dépassée. Il est 2 heures du matin, il me reste six heures et demie de navigation, une trentaine de patients non vus, douze lits portes et je suis épuisée. C’est un non-sens.

Nous, les urgences, comblons tous les jours la carence de la ville. A quel prix ? Celui d’être dépassé. S’il y a 100 patients à voir cette nuit, ils seront vus, si c’est 150 c’est pareil. Mais je suis seule.

Mes internes ont travaillé sans répit, sans se plaindre, sans manger

Je reprends mes esprits, il est 4 heures, mes trois patients sont transférés. Encore 22 patients à voir mais ça ira vite. Je l’espère du moins.

4 h 30. Un des enfants des lits portes convulse. Il faut le stabiliser : mes collègues des étages cette fois-ci n’ont plus les moyens physiques pour l’accueillir. Il faudra gérer les choses par nos propres moyens.

6 h 30. Les lits portes sont toujours pleins après une valse rapide des lits. Un patient n’est toujours pas stabilisé. Trois patients sont en attente d’hospitalisation. Mais une lueur d’espoir : dans deux heures c’est fini, et il ne reste que trois patients non vus.

Cette nuit, mes internes ont été des super-héros. Ils ont travaillé sans répit, sans se plaindre, sans manger. Quand j’y pense je trouve que c’est de la maltraitance. Mais peut-on réellement prendre une pause quand il y a sept heures d’attente ?

7 h 30. Je décide de m’allonger dix minutes. Je n’en peux plus. Mon cerveau se brouille d’informations. Le téléphone sonne, un enfant vient d’arriver, son état est grave : je cours. J’appelle en renfort mes collègues du 1er étage. Je n’assimile plus aucune information, j’arrive à saturation. Je veux m’en aller. Je n’en peux plus. Ce n’est pas possible, physiquement.

8 h 30. Mes collègues arrivent. Je leur laisse un champ de bataille : les lits portes sont pleins. Aucune place sur l’hôpital. Deux patients non stabilisés sans possibilité d’admission en soins continus ou réanimation.

Je suis sidérée. Comment en est-on arrivé là ? Comment est-ce acceptable ?

Libération

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