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HÔPITAL D’ORLEANS : « Quand je prends ma garde, je me dis que je pars pour 24 heures en enfer » : la glaçante réalité des urgences : LA RESPONSABILITE DU POUVOIR ENGAGEE !

Faute de lits dans les urgences et en aval, des patients passent plusieurs heures, voire jours, sur des brancards. Cette photo a été prise par une soignante, le 18 novembre dernier.

L’afflux croissant de patients couplé à un manque de personnel, déjà épuisé, et une absence de lits d’hospitalisation rend la situation infernale. Les malades attendent des heures et leur santé se dégrade parfois dramatiquement. Les soignants, eux, se démènent pour mener à bien leur mission, au prix de sacrifices importants. Plongée dans un service vital, au bord de l’implosion.

Neuf heures d’attente pour voir un médecin, parfois.

Jusqu’à cinq jours passés sur un brancard.

Des patients qui meurent dans les couloirs faute d’avoir été pris en charge ou correctement surveillés.

Des annonces de cancer faites entre deux portes.

Des soignants dépassés, épuisés, arrêtés en pagaille, parfois pour burn-out ou parce que le corps lâche.

C’est la réalité quotidienne des urgences adultes du CHR d’Orléans.

Olivier Boyer, directeur du CHRO répond aux très fortes inquiétudes, voire à la colère, de l’équipe des urgences de l’hôpital, qui traversent une crise inédite. Il estime que la solution réside dans un accroissement des lits d’aval.

Dégradation ces dernières semaines

La situation, déjà très tendue depuis des mois et des années, s’est notablement dégradée ces dernières semaines.

« Elle est devenue inacceptable, tant sur le plan humain que moral », écrit, solidaire, toute l’équipe des urgences, qui a adressé un courrier à la direction du CHRO le 15 novembre, ainsi qu’au maire d’Orléans.

Afflux massif de patients, souvent en piteux état ; manque cruel de personnel ; pathologies hivernales ; Covid en recrudescence et surtout pas de lits d’aval (pour les patients devant être hospitalisés à la sortie des urgences)… 

Nous avons recueilli les témoignages très forts de plusieurs soignants qui y travaillent.

« Avant, je n’avais jamais vu de diagnostic de cancer aux urgences. Mais depuis cinq ans, on annonce deux ou trois fois par jour des cancers à des stades avancés, déjà métastasés, à des jeunes de 30 ou 40 ans. Ça veut dire que les gens ne sont plus suivis par un médecin. Tout a dégringolé. Ils attendent d’être très mal pour venir ici et arrivent trop tard », se désole le Dr Victoria Carré, alors chef des urgences par intérim et urgentiste depuis trente ans.

Une soignante du CHR d’Orléans vide son sac, après un an en première ligne

Pire, des patients décèdent au moins une fois par semaine, sous les yeux des autres patients.

« C’est inhumain », concède Charlotte (*), médecin urgentiste de 31 ans.

Mais comment surveiller attentivement chaque malade alors qu’il manque un tiers des effectifs infirmiers et que les binômes infirmière/aide-soignante doivent s’occuper de dix-huit à vingt patients contre huit, normalement ?

« Quand je prends ma garde, je me dis que je pars pour vingt-quatre heures en enfer. Mon objectif, c’est de ne pas avoir de mort évitable« , confie Luisa (*), médecin, qui a la sensation de trahir « son serment et sa vocation. »

« Vers la fin, j’y allais la boule au ventre », renchérit une aide-soignante arrêtée depuis des mois pour burn-out.

« On est maltraitants »

L’intimité des patients et la confidentialité des informations médicales sont également mises à mal quand il y a seulement 25 box pour 96 malades. Les paravents ne suffisent pas.

Les gens sont parqués dans des couloirs, constamment éclairés, pendant des heures et des jours (jusqu’à cinq jours). Il est même arrivé, comme ce jeudi 2 décembre, qu’il n’y ait carrément plus de brancards disponibles, à 16 h 30. Les patients ont donc été assis. « On est maltraitants », reconnaît Charlotte. Elle n’est pas la seule à employer cet adjectif.

« On est la porte d’entrée de l’hôpital pour beaucoup de patients et on a l’impression de porter sur nos épaules tout son dysfonctionnement« , analyse Charlotte.

Au CHRO, les ambulanciers se mobilisent, ce jeudi 1er juillet, pour demander une meilleure reconnaissance

Un médecin positif au Covid a continué sa garde

Souffrance intolérable des patients mais aussi des équipes, qui subissent et font de leur mieux. Pour soigner. Et pour ne pas craquer.

Ces conditions de travail insupportables « entachent grandement notre santé au travail, comme l’attestent les arrêts maladie et les départs croissants », souligne, alarmiste, l’équipe des urgences

L’équipe des urgences est au bout du rouleau mais elle tient parce qu’elle est unie et solidaire. Et ne veut pas renoncer. Photo : Anthony Kwan Chung

Les soignants passent leur temps à s’auto-remplacer puisqu’il manque 8,2 ETP (équivalents temps plein) rien que chez les médecins : le temps de travail additionnel a bondi de 28 % en cette fin 2021 et représentait déjà 3,6 ETP en 2020. Il n’est pas rare qu’ils prolongent leur garde ou reviennent sur un jour de repos.

« On s’excuse presque d’être malade car on sait qu’on ne sera pas remplacé », raconte Luisa, médecin de 33 ans (*).

Et que le collègue posté se retrouvera donc en sous-effectif.

C’est tellement vrai qu’un médecin positif au Covid a dû continuer sa garde ! La direction ferme les yeux, ne pouvant proposer d’alternative. Mis à part des médecins intérimaires « payés trois fois plus que nous » et pas habitués au service.

Plus d’étudiants en médecine dès la rentrée 2022 : signez la pétition lancée en Centre-Val de Loire

Dix propositions « simples et concrètes »

La lettre commune formulait dix propositions « simples, rapides, concrètes, réalistes et pérennes », selon leurs auteurs, qui appellent à une « révolution de nos pratiques, de concert avec la direction ».

Parmi elles, une campagne de communication auprès du grand public, promise depuis deux ans, sur les conditions de recours aux urgences, un troisième interne, la création d’une cellule dédiée à trouver des lits d’aval et libérant ainsi du temps médical…

Mais pour l’heure, aucune n’a été mise en œuvre. Les soignants ont le sentiment d’être écoutés mais pas entendus. Pire, ils se sentent « déconsidérés, abandonnés et méprisés », estime Arthur (*), un jeune médecin.Pourtant le temps presse.Le Plan blanc déclenché mardi suffira-t-il à soulager un peu les urgences ? Rien de moins sûr car un tel dispositif n’a pas vocation à être pérenne. « C’est de la survie. On se demande tous les jours combien de temps on tiendra », résume Luisa. Et un tableau similaire se dresse aux urgences pédiatriques et gynécologiques.

(*) Le prénom a été modifié.

La République du Centre

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