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« Voter RN revient à effacer la mémoire ouvrière » : Cérémonie d’hommage aux mineurs morts annulée le 1er mai à Liévin !

Il y a des gestes politiques qui ne relèvent pas d’un simple choix administratif, mais d’un basculement moral. À Liévin, l’annulation de la cérémonie du 1er mai en hommage aux 42 mineurs morts le 27 décembre 1974 n’est pas une décision anodine. C’est un acte. Un acte de rupture avec une mémoire, avec une histoire, avec une dignité.

Car cette catastrophe n’est pas un folklore local que l’on instrumentalise à sa guise. Elle est une cicatrice nationale. Un drame né d’un système où l’on envoyait des hommes au fond, en sachant que la sécurité passait après le rendement. Le grisou n’est pas tombé du ciel : il est le produit d’un abandon, d’un manque d’entretien, d’une logique où le profit pesait plus lourd que la vie humaine. Effacer la commémoration, c’est effacer cela.

La mémoire ouvrière

Depuis des décennies, la mémoire ouvrière se transmet, fragile mais tenace, par les cérémonies, les récits, les livres. Elle se transmet dans les pages d’Aurélie Filippetti, notamment dans Les derniers jours de la classe ouvrière, où l’on entend encore battre le cœur de ces vies rudes, dignes, invisibles. Elle se transmet aussi dans l’œuvre de Sorj Chalandon, avec Le jour d’avant, qui redonne chair et voix à ceux que l’histoire officielle oublie trop vite. Ces écrivains ne font pas de la « propagande ». Ils font œuvre de mémoire. Ils refusent que les morts disparaissent une seconde fois.

Alors, entendre un maire qualifier une telle commémoration de « politique » est d’une indécence glaçante. Bien sûr que c’est politique – au sens le plus noble du terme : celui qui consiste à reconnaître ce que nous devons collectivement à ceux qui ont construit ce pays au prix de leur santé, de leur corps, de leur vie. Ce qui est profondément politique, en revanche, c’est de vouloir faire taire cette mémoire. C’est de considérer que l’hommage aux mineurs gêne, dérange, encombre un récit plus commode. C’est de préférer l’amnésie au respect.

Le Rassemblement national prétend parler au nom du « peuple ». Mais quel peuple oublie ses morts ? Quel peuple méprise ceux qui ont travaillé, souffert, creusé la terre pour nourrir les autres ? Il ne suffit pas de brandir des mots simples pour incarner les gens simples. Il faut, au minimum, leur être fidèle. Et puis il y a une autre responsabilité, plus inconfortable encore. Celle des électeurs.

Une certaine idée de la France

Oui, il faut le dire clairement : on ne peut pas voter en répétant « on n’a jamais essayé » comme on choisirait un produit en rayon, puis détourner le regard lorsque viennent les conséquences. La démocratie n’est pas une expérience sans lendemain. Elle engage. Elle oblige. Voter pour un projet politique, c’est en accepter les actes. Et aujourd’hui, à Liévin, ces actes consistent à effacer une mémoire ouvrière, à interrompre un rituel de recueillement, à considérer que l’hommage aux morts serait suspect. Il faut avoir le courage d’en tirer les conclusions.

Ce qui est en jeu ici dépasse une cérémonie. C’est une certaine idée de la France : une France qui se souvient, ou une France qui oublie ; une France qui honore ses travailleurs, ou une France qui les relègue au silence une fois qu’ils ne sont plus là. Les mineurs de Liévin ne demandent rien. Ils ne peuvent plus rien demander. Mais nous, les vivants, avons une dette. La plus élémentaire consiste à ne pas les trahir.

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Cette entrée a été publiée le 25 avril 2026 par dans FRANCE, GUERRE DE CLASSE, LUTTES SOCIALES, RASSEMBLEMENT NATIONAL.