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Éducation : les syndicats dénoncent une circulaire de rentrée en mode « fin de règne »

Jugée « insignifiante », « vide », « rétrograde » et sans méthode, la dernière circulaire de rentrée du ministre de l’éducation fait l’unanimité contre elle.

Prisca Borrel Médiapart

C’estC’est la der des ders, et ça se sent. Le 7 mai, le ministre de l’éducation Édouard Geffray – le huitième en neuf ans – a signé la dernière circulaire de rentrée de l’ère Macron. Un texte particulièrement court, flou, pétri de contradictions et aux accents conservateurs, qui exaspère les organisations syndicales, vu les tensions et le climat ambiants.

« Ces dernières années, il y avait une petite concertation avec les organisations syndicales avant la publication de ces textes, censés donner les grandes orientations de l’année à venir. J’ai le souvenir d’échanges au timing très serré, vingt-quatre heures ou quarante-huit heures avant. Mais cette année, c’est la première fois que le ministre ne prend pas le temps d’échanger avec nous. Pourtant, en tant qu’ancien directeur de la Dgesco [Direction générale de l’enseignement scolaire – ndlr], il connaît bien l’exercice », souffle Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, qui y voit un lexique purement politique, sentant la « fin de règne ».

Dans les grandes lignes de cette circulaire, le ministre a appelé les professionnel·les de l’enseignement à placer « l’exigence au cœur de [leur] mission » et à prioriser l’acquisition du langage et la qualité d’écriture. « Les élèves qui rendent des copies mal rédigées ne peuvent pas avoir le bac », a-t-il aussi avancé dans une interview complémentaire accordée au journal Le Figaro.

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Le ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, et Emmanuel Macron à Arras, le 19 novembre 2025. © Photo Sébastien Courdji / Abaca

Le ministre a également longuement appuyé sur l’importance de « l’acquisition du raisonnement scientifique », déplorant les inégalités entre les filles et les garçons dans les disciplines concernées, chiffres à l’appui… Avant de renvoyer la balle aux acteurs locaux. « Les réunions de prérentrée seront notamment l’occasion d’identifier, dans le contexte propre à chaque école et établissement, les leviers susceptibles d’être activés à cette fin », balaie-t-il. « En gros, il nous dit : “Débrouillez-vous !” », traduit Isabelle Vuillet, cosecrétaire générale de la CGT Éduc’action.

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Sur le climat scolaire, sujet hautement sensible s’il en est, le ministre Geffray rappelle aussi « le rôle déterminant des personnels de vie scolaire comme des personnels sociaux et de santé », mais sans réussir à convaincre les syndicats, sa seule proposition se cantonnant à l’interdiction du téléphone portable au lycée et des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.

Un peu partout, pourtant, des établissements se mobilisent et réclament des moyens, comme au lycée Jules-Guesde, à Montpellier, encore traumatisé au lendemain d’une altercation violente entre un professeur et des élèves. « On a l’impression d’un texte hors sol, qui s’en tient aux réformes passées, et qui essaie de se convaincre qu’elles sont bonnes », déplore encore la syndicaliste.

Une tonalité et un lexique conservateurs

Selon la circulaire, le ministre souhaite enfin « réaffirmer l’autorité de notre école comme institution », en favorisant le respect « des principes et valeurs de la République, notamment du principe de laïcité qui garantit la liberté de conscience ». Une obsession qui avait inspiré le texte sur l’interdiction de l’abaya, sous l’égide du ministre Gabriel Attal en 2023, et qui répond une fois de plus aux sirènes de la sphère réactionnaire et décliniste. « Il essaie d’exister dans l’opinion publique avec des marqueurs conservateurs, comme sur cette prétendue baisse de niveau et l’insuffisance des textes à trous, au lieu d’évoquer les conditions plus techniques de notre métier », résume Sophie Vénétitay, du Snes-FSU.

Preuve en est, selon elle : Action & démocratie, branche éducation de la CFE-CGC, régulièrement accusée de connivence avec l’extrême droite, est l’unique syndicat à avoir apporté un soutien plein et entier à la circulaire du ministre, qui aurait « pris en compte » ses revendications.

Pour nous, la paralysie, c’est la poursuite de l’effondrement de l’école.

Sophie Vénétitay, Snes-FSU

« Suite à notre interpellation en décembre 2025, [Édouard Geffray] s’était engagé à la rédiger lui-même en proscrivant notamment la langue de bois et les formules creuses qui caractérisaient la précédente et lui donnaient l’allure d’une ode à la “réussite” profondément ridicule. Engagement tenu », s’est en effet félicité le président du syndicat René Chiche, sur le réseau social X.

En bref, selon la plupart des organisations syndicales, cette circulaire flatterait donc une opinion droitière et « rétrograde », mais sans insuffler une quelconque méthode. Une critique et un scepticisme partagés par Philippe Meirieu, chercheur en sciences de l’éducation, qui pointe des annonces « complètement déconnectées ».

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« Le ministre continue de faire ce qu’il fait depuis le début : il énonce des intentions générales et généreuses, sans mettre en place les moyens humains et les mesures politiques adaptées. Personne n’est hostile aux deux grandes finalités annoncées que sont la maîtrise de la langue et l’expérimentation. D’ailleurs, c’était déjà dans les programmes… Mais il aurait fallu qu’il dise comment on les met en œuvre », détaille le chercheur, avant de rappeler combien le corps enseignant est en souffrance et de pointer une institution « maltraitante ».

« On sent une volonté d’enjamber la rentrée et l’année 2026-2027 jusqu’à la présidentielle. Mais, pour nous, la paralysie, c’est la poursuite de l’effondrement de l’école », abonde Sophie Vénétitay.

Pour mémoire, le ministre Édouard Geffray a été le bras droit du ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Sous l’égide de son prédécesseur Gabriel Attal, il a aussi participé à la mise en place des fameux groupes de niveau, abandonnés depuis. Au lendemain de sa prise de fonctions, en octobre 2025, il a annoncé lui-même la suppression de 4 000 postes.

Prisca Borrel

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Cette entrée a été publiée le 18 Mai 2026 par dans EDUCATION NATIONALE, FRANCE.