Pour un changement de stratégie, c’en est un : PDG du géant allemand de la chimie et de la pharmacie Bayer depuis moins de cinq mois, Werner Baumann a fait annoncer, hier, que son groupe achetait Monsanto, le fabricant américain controversé de pesticides et de semences OGM, alors que son prédécesseur, Marijn Dekkers (2010-2016), avait toujours écarté cette hypothèse, préférant s’en tenir au développement du secteur des médicaments.

Et le mariage des deux géants s’accompagne d’une belle corbeille, ou plutôt d’un prix d’achat colossal. Les 66 milliards de dollars (59 milliards d’euros) mis sur la table par la firme de Leverkusen pour acquérir le numéro 1 mondial des semences, basé à Saint Louis (Missouri), constituent, en effet, le prix le plus haut payé par un groupe allemand pour une acquisition.

C’est la fin de quatre mois de négociations, parfois tendues, qui sont parties d’une proposition de 122 dollars l’action de la part de Bayer et viennent de se terminer à 128 dollars, après un ultime geste de bonne volonté au début de la semaine. Même élevé, ce prix reste inférieur à ce que Monsanto s’imaginait valoir, espérant vendre ses charmes pour 130 à 150 dollars l’action. Reste que pour les analystes, la valeur boursière réelle de Monsanto était très inférieure, puisque le prix final est supérieur de 44 % à la cotation à Wall Street au moment de l’offre, en mai.

Indice toutefois de l’intérêt que porte Bayer à cette fusion-acquisition, la promesse de mettre deux milliards sur la table en faveur de Monsanto si l’opération ne se réalisait pas. Il est vrai qu’au final, le groupe ainsi constitué représentera un géant mondial de 23 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et de près de 140.000 salariés.

L’aspirine inventée par Bayer appartient aux gènes des deux grands de la chimie et de la pharmacie mondiales, puisque Monsanto en resta longtemps le premier producteur américain mais il y a toutes les raisons de douter qu’ils s’unissent pour redévelopper cette panacée un peu désuète mais non dépourvue de dangers de la « bobologie ».

Ce sont, en effet, les activités « fortement complémentaires » de deux groupes concernant les semences, les engrais et les pesticides qu’a mis en avant Bayer dans son communiqué. Bien sûr, les ONG environnementales et certains en Allemagne, où les OGM sont mal vus – comme dans nombre de pays européens – redoutent le pire et pensent, comme l’a résumé, hier, l’ONG Campact, que « ce mariage infernal » « signifie davantage d’OGM et de glyphosate (désherbant total connu sous le nom de Roundup, produit par Monsanto, NDLR) dans les campagnes ».

Mais le reste du monde n’a pas forcément les mêmes craintes sur les biotechnologies, et notamment les États-Unis, le Brésil et l’Argentine, l’Inde ou la Chine qui figurent parmi les principaux pays cultivateurs de produits OGM. Quant au désherbant total Roundup pour Monsanto, et à l’insecticide Gaucho, accusé de mettre en péril la population d’abeilles, pour Bayer, ils suscitent la polémique en Europe mais pas dans beaucoup d’autres pays.

La planète ne se résumant pas à l’Union européenne et à sa sensibilité écologique, le marché est immense et l’on se dit que si Bayer a tant emprunté et fait appel aux marchés pour s’offrir Monsanto, malgré sa réputation sulfureuse, c’est que l’allemand en espère un fort retour. Et tant pis pour les agriculteurs qui redoutent de se retrouver pieds et poings liés face à un seul fournisseur pour leur approvisionnement en semences, engrais et pesticides…