NPA Comité Orléans Loiret

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Hommages aux fusillés de Châteaubriant

« En expiation de ce crime, j’ai ordonné préalablement de faire fusiller 50 otages. Étant donné la gravité du crime, 50 autres otages seront fusillés au cas où les coupables ne seraient pas arrêtés d’ici le 23 octobre 1941 à minuit »

Au cours du mois d’octobre le Parti Communiste Français a beaucoup parlé de la fusillade de Châteaubriant qui avait eu lieu le 22 octobre 1941 et surtout du plus jeune fusillé, Guy Môquet, âgé de 17 ans. Le plus incroyable est que celui qui a ouvert le débat n’est autre que le président de la république, Sarkozy, le 16 mai 2007, jour de son investiture. Par la suite l’Elysée a insisté pour que la dernière lettre de Guy Môquet soit lue dans les établissements scolaires. Dans cette lettre, certes émouvante, il se présente simplement comme un patriote victime du nazisme sans la moindre allusion à ses idées communistes. Bien évidemment les enseignants se sont retrouvés partagés quant à la lecture de cette lettre qui déifie un jeune communiste en le présentant comme le symbole du patriotisme et de l’union sacrée sans la moindre allusion à son idéal et à ses combats.

L’Humanité a réservé un nombre impressionnant de pages à son héros et notamment le numéro spécial de l’Humanité Dimanche qui y consacre 32 pages dont deux sont consacrées aux photos des « 26 qui sont tombés avec Guy Môquet ». Ils sont ainsi présentés : « Ces hommes sont communistes et c’est pour cela qu’on va les tuer (…). Ils sont communistes et ont le tort de dire « non », de résister (…). L’histoire de France leur appartient et le général De Gaulle en fera le symbole de la Résistance ».

Les communistes de 1941 étaient militants d’un parti stalinien, or, parmi les 27, deux ne l’étaient plus : Marc Bourhis avait rejoint les trotskistes en 1935 et Pierre Guéguin avait rompu avec le PCF lors du Pacte germano-soviétique de 1939 puis était devenu sympathisant trotskiste. Certes l’Humanité Dimanche montre la photo de leur visage mais elle se contente de mentionner leur activité professionnelle : « Pierre Guéguen : 45 ans, professeur, maire de Concarneau ; Marc Bourhis : 34 ans, marié, un enfant, instituteur à Concarneau ».

FUSILLES DE CHATEAUBRIANT

Guerre 1939-1945. Affiche à la mémoire des otages fusillés à Châteaubriant (Loire-Atlantique). Dessin de Simo. Le 22 octobre 1941.

C’est tout. Dans les autres pages très nombreuses de l’Humanité quotidienne sur Châteaubriant, pas un mot sur eux.

Dans une brochure de 1954 « Lettres des fusillés de Châteaubriant » éditée par l’Amicale des anciens internés patriotes de Châteaubriant-Voves (contrôlée, bien sûr, par le PCF) on trouve les photos de Bourhis, « professeur, maire de Concarneau », et de Guéguen, « instituteur public ». On se contente de préciser qu’ils furent très courageux, mais pas un mot sur leurs opinions politiques.

Pourtant, il y a peu, l’Humanité avait publié un article inattendu et incroyable (reproduit ci-dessous). Il a été publié le 18 octobre 2003 sous le titre « Châteaubriant. Sur les pas de Pierre Guéguin, ancien maire de Concarneau ». On y détaille la vie aussi bien de Guéguin (on peut aussi l’écrire Guéguen) que de Bourhis en précisant bien qu’ils étaient trotskistes. On cite élogieusement un livre à eux consacrés par un auteur breton (1) et on va même jusqu’à en citer des passages mettant en cause les militants communistes : « selon Marc Morlec, Guéguin et Bourhis ont été tenus “à l’écart“ par les autres détenus qui leur battaient froid ».

L’Humanité du 24 mai 2007 se contente de dire que les 27 fusillés étaient tous communistes sauf un, sans autre précision. La tradition continue. Dans les années 1970 la LCR avait mené campagne sans succès pour que le PCF et son Amicale, dirigée par Fernand Grenier, reconnaisse que parmi les 27 il y avait un trotskiste et un opposant au stalinisme.

Pendant et après la guerre les trotskistes bénéficiaient de l’appellation « hitléro-trotskistes » de la part du PCF et de ses journaux, est-ce pour ne pas avoir à se livrer à une pénible autocritique qu’actuellement ils préfèrent le silence ?

Ce silence n’est d’ailleurs pas absolu car la lecture de l’Humanité réserve d’autres surprises au lecteur d’Inprecor. Pour la première fois un numéro de notre revue y est analysé de façon objective dans un article du mardi 23 août intitulé « Voies d’Amérique latine » et qui commence ainsi : « La revue Inprecor est éditée sous la responsabilité de la IVe Internationale ». Suit une analyse du n° de juin-juillet sur l’Amérique latine, en y joignant le coût, le nombre de pages et l’adresse. Il est signé Michel Rogalski, économiste, directeur de la revue Recherches internationales. Qui l’aurait cru il n’y a pas si longtemps ?

Jean-Michel Krivine

(1) Marc Morlec, Filets bleus et grèves rouges, Ed. Skol Ureizh (L’Ecole bretonne), Motroules/Morlaix 2003.

Châteaubriant. Sur les pas de Pierre Guéguin, ancien maire de Concarneau

L’Humanité , le 18 Octobre 2003

Le 22 octobre 1941, Pierre Pucheu, ministre de l’Intérieur de Pétain, livrait aux pelotons d’exécution de l’occupant nazi vingt-sept patriotes..

On sait que la liste en avait été soigneusement dressée par Pierre Pucheu, ministre de l’Intérieur du régime de Pétain. Qu’elle était représentative de toutes les branches d’activité (exception faite des PDG et actionnaires !) : de l’étudiant (Guy Môquet, Claude Lalet) à l’ouvrier (Jean-Pierre Timbaud, métallurgiste ; Désiré Granet, secrétaire de la Fédération CGT du papier-carton) et au médecin (Maurice Ténine). On sait qu’il y avait, parmi eux d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale (notamment Jules Vercruysse, blessé de la face, croix de guerre très lourde à porter et médaille militaire) et d’anciens élus (Charles Michels, secrétaire de la Fédération CGT des cuirs et peaux, élu député du 15e arrondissement de Paris en 1936 ; Jean Grandel, ancien secrétaire de la Fédération postale CGT et ancien maire de Gennevilliers). On sait qu’il y avait même, parmi les victimes désignées un « représentant » du vaste empire colonial (Huynh-Khuong An). Et qu’au nombre figuraient le secrétaire du Syndicat des produits chimiques de la région parisienne Jean Poulmarc’h ; Raymond Tellier, imprimeur ; Titus Bartoli, instituteur à la retraite ; Henri Barthélemy, retraité, lui aussi, mais des chemins de fer. On sait l’ultime amour, tourné court, de Guy Môquet, et les cadeaux confectionnés avec les moyens du bord du gouffre, en particulier une poupée destinée à sa fille, par Timbaud. On sait leurs dernières lettres et leurs ultimes messages…

Encore une fois tous les secteurs d’activité. Et toutes les générations. Bartoli et Barthélemy avaient cinquante-huit ans ; David Émile, mécanicien-dentiste dix-neuf ans ; Claude Lalet, vingt et un an. Le plus jeune, Guy Môquet, n’était âgé que de dix-sept ans ; il était l’enfant de Prosper Môquet, ancien député communiste du 17e arrondissement de Paris, déporté, comme vingt-six autres parlementaires communistes, en Algérie. Le pacte germano-soviétique – mais, en l’occurrence, tout autre prétexte aurait fait l’affaire (contre l’Allemagne hitlérienne, toutes les tentatives d’alliance de l’URSS avaient échoué, et, en France, l’idée que mieux valait Hitler que le Front populaire prévalait dans les milieux dirigeants) – avait été le signal de départ d’une répression d’une rare violence… Il conviendrait, de fait, de citer un à un les vingt-sept. Leur dénominateur commun était leur engagement syndical, et, pour la majorité, communiste. Ils avaient été condamnés dans l’« esprit » d’une loi datée du 14 août 1941, instituant une juridiction spéciale, mais vraisemblablement promulguée après l’attentat de Pierre Georges (le colonel Fabien, « ancien » des Brigades internationales d’Espagne) à la station de métro Barbès (21 août 1941 ; mais les nazis n’avaient pas attendu Fabien pour fusiller !). De Châteaubriant et de ses fusillés, on a appris beaucoup. On n’ignore plus que le commandant du camp, le sous-lieutenant Touya, avait préalablement exercé ses talents dans le camp de Gurs, tristement célèbre. Et qu’il s’en flattait volontiers.

Depuis l’an dernier, pourtant, nous en savons davantage sur l’une des cibles de Pucheu. De fait, il y a un an, nous pensions que le ministre de Pétain avait adjoint au « lot » des syndicalistes et des membres du PCF deux trotskistes : l’instituteur Marc Bourhis et… Pierre Guéguin, ancien maire de Concarneau. Il se trouve que Pierre Guéguin a eu un fils, lui aussi prénommé Pierre, aujourd’hui encore membre du PCF. Avec son aide, un enseignant breton, Marc Morlec, a écrit un fort intéressant ouvrage intitulé Filets bleus et grèves rouges (2). Avec, pour sous-titre : Concarneau, de la grande guerre au Front populaire. Il y est question de la deuxième municipalité socialiste du Finistère (1911-1919), et d’Alphonse Duot (1875-1964), patron pêcheur, propriétaire du bateau Lénine (sur lequel navigua, dit-on, Charles Tillon, ancien mutin de la mer Noire, futur responsable des FTPF) ; Alphonse Duot, fondateur et secrétaire de la section CGTU des marins pêcheurs de 1918 à 1939, maire de Concarneau de 1918 à 1919, puis de 1944 à 1945. Marc Morlec, dans son livre, évoque la lutte du « bloc des rouges » contre le « bloc des blancs » ; la « montée en puissance du Parti communiste » qu’il date de la période allant de 1925 à 1929 ; l’échec, en juin 1925, de la tentative de création d’un syndicat de l’alimentation et de la conserve ; l’appel, le 21 juillet 1925, de Dubessy, fondateur de la cellule concarnoise du PCF, contre l’occupation de la Ruhr et la guerre du Rif ; la grève des ouvriers du bâtiment (du 2 janvier au 6 février 1929) ; et l’émergence, dans la vie politique, de Pierre Guéguin, « professeur de mathématiques à l’école primaire supérieure (EPS) de Concarneau depuis 1926 ».

Pierre Guéguin était ce que nous appellerions aujourd’hui, pour dire vite, un « communiste critique ». Il était né, le 18 août 1896 à Quimerc’h, dans le centre du Finistère, au sein d’une famille d’instituteurs. Il avait un frère instituteur et une sour. Il avait fini la guerre 14-18 avec le grade de lieutenant. S’était marié, le 7 janvier 1918, à une jeune sténodactylo de l’état-major brestois de la marine, Joséphine Naour, qui allait lui donner deux enfants (Pierre, né en 1919, et Mado, née en 1926). Selon Marc Morcel, il s’était opposé à la politique de « front unique ». Sur le terrain des luttes, en mars 1929, il avait soutenu l’action menée par Marie Ferrec et le syndicat de l’alimentation et de la conserverie. Quelques photographies nous restituent ses traits, ainsi que peuvent le faire d’anciennes photos : si l’on fait abstraction des lunettes d’autrefois et de la petite moustache qui lui donnent un air un peu austère, un peu sévère, c’est un homme aux traits réguliers, plutôt souriant, jeune qui apparaît. Costume croisé, cravate, il pose entre Marcel Cachin et une Bretonne vêtue d’un costume traditionnel, lors de la Fête de la Bretagne ouvrière, paysanne et maritime, le 1er août 1937. Un an plus tôt, il figure sur une photo de groupe, au côté de Tanguy Prigent, le plus jeune député SFIO de France. Un an auparavant, le 19 mai 1935, Pierre Guéguin avait été élu maire de Concarneau. D’autres photos nous le donnent à voir tel qu’il se présentait à Châteaubriant. Les lunettes et la petite moustache demeurent. Un pull et un pantalon de couleur claire mais passablement usés ont remplacé le costume croisé. La cravate a disparu. Sur l’un des clichés, il tient serrés contre sa hanche gauche des documents, une sorte de dossier.

Entre-temps, Pierre Guéguin s’est opposé au pacte germano-soviétique. Selon Marc Morlec, il est « le seul élu communiste du Finistère » à avoir fait ce choix qui « provoque la scission du conseil municipal ». Marc Bourhis, instituteur à Trégunc, animateur de l’École émancipée, est l’un de ses adjoints à la mairie depuis 1935. En rupture avec le PCF depuis 1933, Bourhis adhère du PSOP de Marceau Pivert en 1939.

Le 5 septembre de cette année-là, Pierre Guéguin est à nouveau mobilisé : quatre jours plus tôt, il a désavoué le maire, Alphonse Duot ; « malgré sa déclaration contre le pacte germano-soviétique, et en vertu des décisions du gouvernement Daladier, Guéguin perd aussi son siège de conseiller général » ; comme tous les élus du PCF, « il est écarté de tous ses mandats électifs le 11 mars 1940 ». Démobilisé le 31 juillet de la même année, il est arrêté, le 2 juillet 1941, par les gendarmes de Concarneau, après la rupture du pacte germano-soviétique et l’attaque des troupes nazies contre l’URSS, en même temps qu’Alain Le Lay « qui mourra à Auschwitz ». La nouvelle de l’entrée en guerre de l’Union soviétique a, selon Pierre Guéguin fils, modifié la perception des événements du professeur de mathématiques et de Marc Bourhis, également démobilisé. Les deux hommes ont fêté ce changement autour d’une table, le 23 juin, au cours d’un « meeting » improvisé, au café Chez Arthur, à la pointe de Trévignon. La suite va, pour ainsi dire, d’elle-même. Guéguin et Bourhis se retrouvent internés dans le camp des prisonniers politiques de Choisel (Loire-Atlantique), où, entre autres se trouvent Charles Michels, Fernand Grenier, Léon Mauvais, Eugène Kerbaul, Jean Poulmarc’h, Eugène Hénaff, et les autres. Selon Marc Morlec, Guéguin et Bourhis ont été tenus « à l’écart » par les autres détenus qui leur battaient froid. Selon la même source, il a pourtant donné aux autres internés des cours de mathématiques, et participé à des matchs de football organisés dans le camp. L’auteur de Filets bleus et grèves rouges ajoute que, contacté par Eugène Kerbaul, Guéguin aurait « retrouvé la confiance des camarades du Parti ». Quoi qu’il en soit, Marc Bourhis, trotskiste, qui, écrit Marc Morlec, avait « eu une possibilité réelle et sûre de fuir », a préféré accompagner dans la mort Pierre Guéguin.

Celui-ci tomba à 16 heures, le 22 octobre. La première salve des assassins avait retenti à 15 h 55. La troisième à 16 h 10. Marc Morlec ajoute qu’on retrouva les lunettes de Pierre Guéguin « en contrebas des poteaux d’exécution », et qu’elles furent restituées à la famille. Celle-ci prit connaissance de la tragédie en lisant un avis allemand paru dans la Dépêche de Brest. Qu’avait « vu » Pierre Guéguin, sa dernière heure venue, lui qui jamais n’avait démissionné ?…

Jean Morawski

(2) Livre publié par les Éditions Skol Ureizh (L’École bretonne), Motroules/Morlaix, 2003.

 

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Cette entrée a été publiée le 22 octobre 2016 par dans anticapitalisme.