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Après la mort de François Chérèque…

… les larmes de tous les politiques, tout un programme!

 

L’éloge funèbre de François Chérèque est unanime. De tout bord, les responsables politiques ont versé une larme en direct ou en différé. Du parti socialiste, des « républicains », du centre, nul ne fait défection[1]. « Homme mobilisé pour la justice et le progrès », « homme de grande qualité, courageux, exigeant, humaniste », « porteur d’un sens du dialogue franc et toujours constructif », « homme de combat et de cœur », « porteur d’une certaine idée du réformisme », « grand syndicaliste », sans oublier « l’infatigable militant d’une protection sociale adaptée aux enjeux du 21ème siècle ». Mais quelle est donc la cohérence d’une telle union nationale réalisée sur le cercueil de François Chérèque ? Jean Pierre Raffarin, l’ancien premier ministre, donne la clé : « Mémoire de 2003 et de la réforme des retraites menée par le gouvernement Raffarin ». C’est en effet François Chérèque qui permettait il y a plus de 13 ans au gouvernement dont François Fillon était ministre des affaires sociales de faire passer contre des millions de salariés, qui manifestaient par la grève comme dans la rue, la réforme des retraites qui devaient aligner la durée de cotisation des fonctionnaires sur celles des salariés du privé[2], puis l’allongement pour tout le monde[3]. Et aussi l’inscription d’un principe qui va perdurer, l’indexation de la durée de cotisation sur l’espérance de vie.

 

Ainsi donc, l’unanimité se réalise à l’occasion du décès de l’ancien responsable de la CFDT sur une des plus grandes régressions sociales des dernières décennies, régression qui ouvrira la voie à toute une série de reculs opérés sous les gouvernements de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Hollande qui voit en Chérèque « un homme dont le courage a éclairé l’action ». Expression qui en dit plus long sur celui qui la prononce que sur celui qu’elle est censée concerner.

Je n’ai jamais eu le loisir de rencontrer en direct François Chérèque, malgré des demandes répétées notamment lors de l’enquête que je menais pour « 7 millions de travailleurs pauvres »[4] et pour « Riches et presque décomplexés »[5]. J’avais pu cependant en 2008 me retrouver sans m’annoncer dans une salle dont l’accès était réservé à un public patronal trié sur le volet. Voilà quelques extraits de ce que je pouvais alors relater et qui éclairent la nature et le sens exact des déclarations unanimes au lendemain du décès de l’ancien patron de la CFDT.

 

« Sophie de Menthon[6] introduit.

 

– Cher François Chérèque, c’est un grand plaisir. Mais laissez-moi vous dire, à vous qui avez eu par le passé le courage de soutenir des réformes difficiles, que je déplore l’absence de la presse. Vous auriez dû au contraire médiatiser un maximum vu l’importance de votre discours.

– Merci de m’accueillir. Et commençons donc par la presse. J’ai demandé à ce qu’elle ne soit pas présente car j’ai décidé de vous parler franchement, sans détour, directement. Entre nous, sans journaliste, ce sera plus simple !

– Pour nous confier des secrets ? Plaisante la salle.

 

(…)

 

Durant une heure, je vais de surprise en surprise. Le leader de la CFDT réserve à ses hôtes très satisfaits un discours des plus politiques. « L’économie est poussive » et « le premier des problèmes concerne l’investissement » car nous « n’avons pas décliné les objectifs de Lisbonne ».

– Plus clairement demande Sophie de Menthon.

– Les réformes de la recherche, des régimes sociaux, des retraites, de l’assurance maladie, de la santé, des hôpitaux n’ont pas été accomplies.

En une phrase François Chérèque fait siennes l’ensemble des mesures qui ont pesé dans le vote Non du peuple français le 29 mai 2005. Mais qu’importe. La salle communie.

 

Il aborde ensuite « l’organisation du marché du travail », « l’existence de la précarité », mais aussi d’une « trop grande rigidité pour les entreprises ». Il dénonce le développement de la sous-traitance comme « facteur d’augmentation des inégalités ».

– D’inégalité pour qui ? demande un curieux dans la salle.

J’attends une réponse syndicale. Surprise !

– Pour les petites entreprises, répond du tac au tac le leader de la CFDT.

Je me tourne vers mon voisin de table.

– Je croyais qu’il parlait des employés. Pour un syndicaliste il est assez ouvert non ?

– Oui, mais si les entreprises ne vont pas bien, les employés non plus. Ce qui compte c’est l’entreprise, et lui, il a compris !

 

Au micro, François Chérèque en est à la dénonciation de « la culture du conflit », condamne « la CGT qui pousse à la grève dans les ports de Marseille », ou « FO qui fait la loi chez les communaux », « la nécessité d’imposer une CFDT qui aujourd’hui y a des problèmes ».

– Comment questionne Sophie de Menthon?

– Par tous les moyens, physiques s’il le faut !

– Je suis troublée, vous reprenez nos positions que nous exprimons publiquement, intervient la présidente d’ETHIC.

Galvanisé, Chérèque annonce la nécessite de « faire évoluer le contrat de travail », de ne « pas opposer la flexibilité à la rigidité », de réaffirmer « l’attachement à l’Europe » alors que « nous avons mis le drapeau bleu blanc rouge le jour d’anniversaire du traité de Rome, ce qui était lamentable ».

-Reste la méthode, demande Sophie de Menthon.

 

Alors le président de la CFDT parle « représentativité ». Il a déjà rencontré à plusieurs reprises « les conseillers de Sarkozy et le candidat lui-même » avec qui « ils sont plutôt tombés d’accord ». Il faut « reconnaître les syndicats dans les entreprises », et non plus au niveau national indépendamment des élections à la base.

– Atomiser l’interlocuteur, c’est ça qu’il faut me glisse à l’oreille mon voisin attentif.

François Chérèque, comme s’il lui répondait en écho, développe l’exemple de Renault. « S’il n’y a pas de licenciement », c’est uniquement parce que « les ouvriers prennent aujourd’hui les jours qui correspondent aux 35 heures de 2008 ». A l’inverse, à Sandouville, « la production est à flux tendu », donc « ils font 42 heures par semaine ».

– Mais c’est génial s’exclame Sophie de Menthon.

– En discutant à la base, la flexibilité s’organise et s’impose d’elle-même.

– Pourquoi avec ce discours êtes-vous dans les manifestations au premier rang ?

– J’ai manifesté sur le CPE car le ministre avait été ridicule dans la forme. Mais sur le fond nous sommes bien sûr d’accord pour revoir le contrat de travail.

Dans la salle on est au bord de l’applaudissement.

– Votre différence n’est pas assez marquée avec la CGT insiste Sophie. Même si Thibault est assez positif, il existe des possibilités de débordement.

– Sur le terrain, c’est parfois compliqué, mais plus on va vers l’entreprise, je vous le répète, plus les salariés acceptent tout cela. Prenez l’accord Bosch sur le temps de travail. Il y en a 200 mais personne n’en parle. Laissons les choses se faire dans les entreprises, il y a une adaptation !

– Vous avez des priorités ?

– La protection sociale sera le gros morceau. Il faut finir le travail sur les retraites après ce qui a été commencé sur les régimes spéciaux. Puis reconnaître que les CDD en lieu et place des CDI, c’est trop paralysant. Donc redistribuer vers l’assurance chômage qui sera plus sollicitée. Enfin la sous-traitance dossier difficile…

– Pas tant que cela, intervient un des 20 membres d’ETHIC installé dans la salle.

– Si, par exemple, prenez Airbus. A vous je le dis. L’état n’a pas à mettre un sou. Il faut faire à Airbus ce qui a été fait à Boeing ! Augmenter et développer la sous-traitance et mettre tout cela en concurrence.

– Mais vous y êtes arrivé sur les retraites ? C’était bien plus chaud non ?

Le leader syndicaliste en serait presque à bicher.

 

– Vous accepteriez d’être ministre du travail de Nicolas Sarkozy ou de Ségolène Royal ?

– Non je suis beaucoup plus utile à la place que j’occupe. Je peux faire de la pédagogie. Ségolène a compris sur les retraites par exemple et elle n’est plus pour l’abrogation de la loi Fillon. En mettant la gauche « face à ses contradictions », on aboutit au discours de Villepinte où « la candidate socialiste fait de la dette sa priorité et reconnaît l’économie de marché. Mais pour cela, il faut être là où je suis.

– Puisqu’on est entre nous, vous voterez pour qui ?

– Je peux vous dire que nous avons vu tous les candidats, outre l’extrême droite ou l’extrême gauche. Surtout les deux principaux et Buffet par respect pour elle et aussi parce que sur des notions comme la flexisécurité, elle serait sans aucun doute d’accord. D’ailleurs l’extrême gauche a aussi fait un pas. Elle reconnaît le marché et la décentralisation.

– Vraiment ?

– Mais oui, Arlette a pris un coup de vieux vous savez !

Dans la salle on s’esclaffe.

– Vous voyez bien le mal que j’aurais eu si la presse avait été présente.

– Pour qui voteriez- vous donc ? Insiste Sophie de Menthon.

– Nous ne donnons jamais de consigne à la CFDT.

– En privé ?

– Sarkozy nous a présenté un calendrier pour les réformes et moi et ça me va très bien. On s’y met dès juillet.

Sourire de Sophie de Menthon et satisfaction de la salle.

 

(…) »

 

Sous Chérèque en 2008 pointait déjà Berger. Derrière la réforme Fillon et les déclarations de François Chérèque se trouvait déjà la loi El Khomri qui sans l’appui de la CFDT n’aurait jamais pu passer… Cela valait bien les larmes de tous ceux qui, soumis à l’union européenne, organisent la régression sociale et démocratique au nom de la réforme et du progrès.

 

Jacques Cotta

Le 3 Janvier 2017

 

[1] Ainsi François Hollande, François Fillon, Claude Bartolone, Jean-Marc Ayrault, Sylvia Pinel, Yannick Jadot, Jean-Pierre Raffarin, Martine Aubry, Manuel Valls, Benoît Hamon, Vincent Peillon, Emmanuel Macron, François Bayrou, Myriam El Khomri, François Rebsamen, Christian Estrosi… incarnent une union nationale sans faille pour regretter l’ancien leader de la CFDT.

[2] De 37,5 ans jusqu’à 40 ans d’ici 2008.

[3] Jusqu’à 41 ans en 2012.

[4] Editions Fayard, 2006.

[5] Editions Fayard, 2008.

[6] Responsable du groupe patronal ETHIC.

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Cette entrée a été publiée le 15 janvier 2017 par dans anticapitalisme, SOCIETE, syndicats.