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«Réaliser ensemble le rêve de la Chine» et le «crédit social»…..

Par Eric Meyer

Dans les allées du XIXe Congrès du Parti communiste à Pékin, un terme, absent dans la presse, est bien présent dans tous les esprits: celui de «crédit social», un système en cours de création, chargé d’organiser le contrôle des comportements de 1,3 milliard de Chinois.

Le principe, au départ, est simple: toutes les actions d’un individu, ses études, sa santé, ses échanges sur internet, ses emprunts ou ses infractions routières, doivent être rassemblés, en temps réel, dans un fichier unique. Il suffit de faire évaluer ces données par le grand ordinateur, selon un programme de notation morale: ce sera le crédit social. Cette note conditionnera leur accès à l’emploi, aux prêts bancaires et autres, en déterminant leur fiabilité. Toutes les sources de données seront admises, car l’Etat chinois contrôle tout. Même les témoignages des voisins pourront être intégrés, car le système sera «ouvert»: l’employeur pourra y accéder, comme le père mariant sa fille, pour découvrir le profil du candidat. L’étranger expatrié en Chine aura lui aussi sa note – un niveau minimum sera requis pour l’octroi et le renouvellement du visa.

Loin d’être une affabulation fumeuse, ce système doit être opérationnel en 2020. Signe des temps, dès le 7 septembre, l’administration cybernétique (CAC) ordonnait à tous les réseaux sociaux d’octroyer à leurs abonnés une note morale, en fonction de leurs activités et publications. Couplé à l’obligation depuis août aux usagers de s’inscrire sous leur véritable identité, ce mécanisme permettra de punir tout imprudent dissident par une baisse de sa note, voire par un refus de service si sa mauvaise attitude persiste.

Parallèlement, plusieurs outils complémentaires se mettent en place. Pour sécuriser les données, l’Etat vient d’inaugurer, le 6 octobre, une ligne de fibre optique Pékin-Shanghai par «quantum», une nouvelle théorie physique dérivée de celle de la relativité d’Einstein, qui empêche tout espionnage d’une ligne de communication. C’est le premier maillon d’un réseau inviolable.

Meng Jianzhu, directeur du contre-espionnage, veut pouvoir permettre la reconnaissance faciale instantanée de tous les citoyens chinois, par les millions de caméras publiques déployées à travers le pays. L’Etat multiplie les commandes publiques aux entreprises d’intelligence artificielle (IA): un plan national de promotion de l’IA, publié en juillet, vise un chiffre d’affaires de 19 milliards d’euros en 2020, et de 51 milliards en 2025. Un de ces contrats, confié à China Electronics Technology, consortium public, concerne un projet de logiciel de collecte des données privées et de détection de tout projet séditieux ou terroriste, avant le passage à l’acte.

Ce système se greffera sur un mode de vie en cours de mutation ultrarapide en Chine, qui permet à tout un chacun de payer ses additions avec son smartphone, via les portails sociaux WeChat ou Alipay – fini le porte-monnaie ou la carte de crédit. Depuis la maison, la rue ou le bureau, les jeunes commandent tout, cessant d’aller au marché ou au magasin. Et ils paient leurs cinémas, restaurants ou vacances, profitant des promotions. Dans ces conditions, peu leur importe, à ce stade, que leurs données soient piratées et leur profil analysé.

Pourtant, l’internaute trop critique sur WeChat peut déjà perdre son droit à payer via smartphone. A Shanghai, Ant Financial (Alibaba) propose Sesame Credit, service de notation en 950 points maximum. Melle Zhou dépense en moyenne 2500 yens par mois par Alipay via son smartphone. Sa note de 775 points lui permet de louer une voiture sans caution, de bénéficier d’une fouille allégée à l’aéroport ou d’un prêt automatique à la banque. Contrairement à M. Wang, son voisin qui est joueur et rembourse ses emprunts en retard. Placé sur une liste noire nationale (qui compte plus de 6 millions de citoyens depuis sa création en 2013), il risque l’inéligibilité à un poste de direction et la perte de sa prochaine promotion – certains sont même interdits de prendre l’avion.

L’objectif de ce crédit social est donc complexe et multiple: il doit renforcer la crédibilité du système marchand en décourageant la triche et la corruption rampante, mais aussi avertir les individus des conséquences de leurs actes, de l’intérêt à se montrer bon citoyen. Voire, bien sûr, décourager la critique du régime et de ses leaders. Tout le système ressemble à un «asservissement doux», accepté par la population – sauf par les dissidents, qui sont écartés, voire emprisonnés.

Mais le système futur pose bien des questions: comment une machine peut-elle juger des êtres, moralement? Quelle sera la place de la compassion? Et comment rectifier une note erronée? Le système portera-t-il à plus d’obéissance ou plus de révolte ? Plus de bonheur, confiance et créativité, ou au contraire plus de désespoir ? Toutes les réponses ne seront évidemment pas prêtes d’ici trois ans. Une chose est sûre: de tout cela, on ne discutera pas ou peu au XIXe Congrès, qui sera totalement sous contrôle de slogans comme: «Réaliser ensemble le rêve de la Chine»! (Le Soir, 20 octobre 2017)

 

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Cette entrée a été publiée le 21 octobre 2017 par dans anticapitalisme, CHINE, DEMOCRATIE, LIBERTE.