NPA Comité Orléans Loiret

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«S’il n’y a pas unité d’action, ce n’est même pas la peine d’en parler» !

Entretien avec Jean-Marie Pernot
conduit par Raphaëlle Besse Desmoulières

Selon la CGT – qui appelait à cette troisième journée de mobilisation contre le Code du travail aux côtés de l’Union syndicale Solidaires – quelque 20’000 personnes ont participé à la manifestation à Marseille. Ce qui traduit un recul prononcé par rapport au 12 septembre et au 21 septembre. Dans la ville de Rennes, le secrétaire départemental de Force ouvrière, Fabrice Le Restif, présent à toutes les manifestations, en opposition à la direction de Jean-Claude Mailly, a déclaré: «Ce n’est pas spectaculaire, et pourtant ça participe de la construction du mouvement social.»

La politique du gouvernement Macron-Philippe consiste à affirmer que «les ordonnances ont été signées, publiées et sont en vigueur». La partie est donc, selon l’exécutif, terminée.

Le conseiller en «relations syndicales» – Raymond Soubie – de Chirac, Sarkozy et Fillon a expliqué: «Les ordonnances ont été signées, elles sont derrières nous. Et elles sont extrêmement complexes, le texte comporte 159 pages. Les gens savent qu’elles apportent plus de flexibilité, mais les mesures concrètes ne sont pas perçues. Pour ces deux raisons, la mobilisation reste faible – ce qui ne veut pas dire qu’il y a approbation.» Une nouvelle échéance s’annonce pour le 24 octobre qui semble pouvoir constituer une journée plus unitaire de mobilisation, d’autant plus que se profile la contre-réforme de l’assurance chômage. (Rédaction A l’Encontre)

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Jeudi 19 octobre, la CGT appelle à une nouvelle journée d’actions contre les ordonnances réformant le code du travail. Mais elle semble de plus en plus isolée : si Solidaires l’a rejointe, la FSU n’a pas souhaité s’associer à la mobilisation. Jean-Marie Pernot, politologue, spécialiste des mouvements sociaux et du syndicalisme, décrypte l’absence de stratégie unitaire de la part des principales organisations syndicales.

Pourquoi les syndicats ne sont-ils pas parvenus à se mettre d’accord sur une action commune alors que tous critiquaient la réforme du travail?

Parce qu’ils n’en avaient aucune envie. La question est : y a-t-il ou non une volonté de trouver un chemin commun? Chaque centrale syndicale pense qu’elle peut se renforcer en se distinguant des autres. Je pense qu’elles se trompent toutes. C’est dommage parce que dans chacune d’entre elles il y a des réflexions qui montrent une perception des enjeux de reconstruction d’un rapport de proximité avec les travailleurs. Mais il n’y a pas de stratégie qui va avec. Et encore moins de stratégie unitaire. Les syndicats sont inaudibles auprès des salariés, sans même parler des pouvoirs publics. S’ils ne sortent pas de ce réflexe anti-unitaire, ils vont au-devant du risque de l’insignifiance.

Comment expliquez-vous que les syndicats de fonctionnaires réussissent à s’entendre?

La fonction publique est un milieu plus syndiqué, où les rapports de force syndicaux sont différents de ceux du privé. Le syndicalisme y est historiquement plus unitaire et la question salariale devient incontournable. Le syndicat qui se placerait à côté d’une mobilisation sur les salaires est mort.

Pourquoi la CGT a-t-elle de nouveau annoncé seule la date de sa mobilisation?

Il y a une sorte de fuite en avant un peu incompréhensible. Les objectifs ne sont pas crédibles : on peut toujours demander le retrait des ordonnances mais personne ne peut y croire. Le mouvement ne fait pas tache d’huile et l’enchaînement d’annonces unilatérales de journées sans objectif sérieux ne peut qu’écarter les autres. Laurent Berger – secrétaire général de la CFDT – l’a souligné : on ne répond pas à l’invitation à se joindre à un mouvement déjà calé. Les équipes FO qui ont suivi le 12 septembre ne veulent pas entrer dans cette course à l’abîme. Et même la FSU a renoncé pour le 19 octobre.

C’est un choix qui est la rupture effective avec la logique que Louis Viannet – secrétaire général de la CGT de 1992 à 1999 – avait cherché à impulser : celle du syndicalisme rassemblé. Aujourd’hui, la CGT a choisi une démarche identitaire. C’est un pari extrêmement dangereux car elle risque d’afficher son isolement et un certain affaiblissement dans un contexte où son audience s’effrite. Le risque de cette tactique, c’est d’épuiser les forces alors que le combat devrait normalement être considéré comme à son début.

Comment percevez-vous la stratégie de la CFDT, elle qui a perdu sa place d’interlocuteur privilégié du gouvernement?

La direction de la CFDT ne veut pas jouer le rapport de force, elle préfère le rapport de conviction entre gens de bonne compagnie : cela peut fonctionner quand les pouvoirs publics ou le patronat estiment que ça vaut le coup de l’écouter. Mais quand Macron lui dit non sur les ordonnances, elle se retrouve démunie. Son secrétaire général ne peut que dire sa déception mais ça ne définit pas une démarche syndicale. Ils n’ont pas de réponse à la demande de leurs militants. Si le pouvoir politique sait où il va et passe par-dessus l’avis de la CFDT, elle ne sait que faire.

Qu’en est-il de Force ouvrière dont les cadres intermédiaires ont signifié à leur direction qu’il fallait revoir leur copie?

FO est très éclatée. Jean-Claude Mailly, son secrétaire général, a joué le même rôle que la CFDT avec la loi El Khomri. Il a fait pression auprès des pouvoirs publics pour éviter le pire. C’est utile, mais ça limite l’autonomie de positionnement sur l’ensemble. FO est apparu en grand écart avec ses positions antérieures. Les cadres intermédiaires se sont rebellés mais pas au point de se jeter dans les bras d’une CGT qui ne négocie pas.

En quoi la méthode du gouvernement a-t-elle pu déstabiliser certains syndicats?

Du côté du gouvernement, ils savent à peu près où ils veulent aller et ils pensent avoir le terrain dégagé. Ça prend évidemment de court la CFDT ou même FO qui, du coup, essayent de voir s’ils peuvent obtenir certaines satisfactions sur les marges, ce que la CFDT appelle le syndicalisme de  » résultats « . Mais le gouvernement, lui, agit au cœur de la relation sociale : le droit du travail, le système d’assurance-chômage, les retraites. Nous sommes à un moment de bascule où prend forme un nouveau paradigme de la relation de travail qui, dans bien des domaines, rend la main au patronat. Si le mouvement syndical veut peser, il doit lui aussi viser le cœur et pas la périphérie et le faire ensemble. On n’en est pas là.

Comment les syndicats abordent-ils les réformes sur la formation professionnelle, l’apprentissage et l’assurance-chômage?

Le plus gros enjeu est sur l’assurance-chômage. Que veut faire Emmanuel Macron? Si c’est un renforcement du contrôle des chômeurs et la réduction tendancielle de leurs droits, il y a une base d’accord possible entre les syndicats. Mais pour faire quoi? Si c’est pour enchaîner des journées d’action sans autre demande que le retrait, c’est perdu d’avance. S’il n’y a pas unité d’action, ce n’est même pas la peine d’en parler. (Publié dans Le Monde daté du 20 octobre 2017)

 

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Cette entrée a été publiée le 21 octobre 2017 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, DIVISION/S, SOCIAL ?, syndicats, TRAVAIL.