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Catalogne : malgré l’état d’exception, les forces indépendantistes gagnent les élections

Ce jeudi 21 décembre, dans un contexte de répression accentuée, la Catalogne était appelée à voter. Avec une participation historique (81,94%) jamais vu depuis la ré-instauration de la « démocratie en 1977 », les forces indépendantistes ERC (32), Junts per Catalunya (34) et la CUP(4) obtiennent la majorité absolue avec 70 sièges. Par contre le PP, le parti du président du gouvernement espagnol, échoue avec seulement 4 sièges et totalise 57 sièges avec les autres partis du bloc réactionnaire, Ciudadanos (36) et PSC (17)

Ces élections imposées pour le gouvernement espagnol de droite ont été, dès leur annonce, un outil pour donner un air démocratique à l’escalade de répression contre le mouvement populaire catalan soutenant le droit à l’autodétermination. À tout hasard, M. Rajoy a déjà souligné, lors de la campagne électorale, que le nouveau gouvernement catalan issu de ces élections ne garantissait pas la fin de l’application de l’article 155. Un article grâce auquel le gouvernement central a pu dissoudre le gouvernement catalan et emprisonner préventivement une partie de ses membres. Parmi lesquels Oriol Junqueras, candidat à la présidence pour ERC, la troisième liste la plus voté.

La journée s’est déroulée sans incident remarquable à l’exception de la fraude d’une quinzaine d’enveloppes dans lesquelles avait été glissé le bulletin de Ciudadanos, le parti anti-catalaniste et de droite qui a été, en outre, le parti le plus voté. Aussi, à première heure du matin, il y avait dans quelques collèges électoraux des tags pour la mise en liberté des prisonniers politiques. Ces tags ont été effacés ou cachés rapidement par ordre de la commission électorale centrale qui avait interdit tout référence aux membres emprisonnés du gouvernement catalan et des association Omnium Cultural et d’ANC (Assemblée National Catalane).

Pourtant, ces élections, à première vue calmes, s’inscrivent dans un cadre très tendu où le gouvernement espagnol a mis en place un état d’exception qui lui permet de gouverner à coup de sentences judiciaires et de répression policière. Ainsi le Trésor catalan a été mis sous tutelle illégalement, la Generalitat et le Parlement dissous et le président est en exil, sous menace d’être emprisonné comme les autres dirigeants politiques indépendantistes. En outre, des citations à comparaître ont été envoyé aux instituteurs qui ont osé parler du referendum du 1 octobre et de la brutalité policière dans leurs classes, mais aussi aux  pompiers qui ont défendu les collèges électoraux pendant ce jour-là, aux humoristes qui se sont moqués du régime actuel et de son tournant réactionnaire. En même temps, des groupes fascistes, composés pour la plupart de policiers ou militaires, peuvent s’exprimer en plein jour, taguer les murs et intimider les militants de gauche et indépendantistes en toute impunité.

L’Union Européenne qui s’était dépêchée de reconnaître l’indépendance de l’Ukraine menant au pouvoir une clique corrompue, nationaliste et fascisante fait preuve d’une totale partialité dans le cas de la Catalogne. Il est vrai que le Parti Populaire et ses alliés sont majoritaires au Parlement européen…ça compte !

La CUP, par contre, a déjà annoncé qu’elle ne ferait partie du gouvernement seulement si les autres groupes indépendantistes s’engagent à suivre la voie unilatérale vers l’indépendance. Ce positionnement de la CUP pourrait impliquer une nouvelle application de l’article 155, ou bien une recomposition des forces du parlement catalan étant donné que les indépendantistes seraient en minorité. Cette dernière éventualité est très difficile à imaginer, car cela supposerait une alliance entre les indépendantistes et le groupe non indépendantiste de PODEMOS en Catalogne, ou une alliance entre les forces indépendantistes et celles qui ont soutenu activement l’application de l’article 155. En somme, le Parlement n’aurait pas de majorité.

decompte du parlement 22-12-2017

Crédits photos : Le Monde

Quoi qu’il en soit, la voie parlementaire pour l’indépendance se montre encore une fois en échec face à un régime de pouvoir arque-bouté sur de vieux principes franquistes et prêt à effacer la moindre trace de volonté souverainiste en Catalogne. C’est pourquoi la construction d’une Catalogne indépendant aura besoin d’une organisation politique de gauche alternative aux autres forces parlementaires et d’une mobilisation populaire et ouvrière massive qui aient le courage d’aller jusqu’au but de ses revendications, rompe avec le capitalisme, pour une Catalogne indépendante et socialiste.

NPA Orléans 22 décembre 2017

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Cette entrée a été publiée le 22 décembre 2017 par dans anticapitalisme, CATALOGNE, ESPAGNE.