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Scandale Lactalis : agro-industrie, grande distribution, les deux faces d’un même modèle toxique !

L’affaire a commencé à bas bruit, le samedi 2 décembre, en mode « rassurez-vous bonnes gens ». Le ministère de l’Économie et des finances annonce alors le rappel de laits infantiles Lactalis susceptibles d’être contaminés par des salmonelles. Ce retrait faisait suite à la survenue de vingt cas de salmonellose chez des bébés de moins de six mois ayant consommé ces produits. Douze lots fabriqués entre mi-juillet et fin novembre étaient concernés.

Mais, loin d’en rester là, le problème n’a fait que prendre de l’ampleur au fil des semaines. Nouveaux cas de contamination, nouvelles marques, nouveaux produits, période concernée et liste des lots plus longues… Le 10 décembre, 625 lots sont rappelés par le ministère et le 21 décembre, 720. Finalement l’ensemble de la production de l’usine de Craon, dans la Mayenne,  doit être rappelée. En plus des laits infantiles, sont concernés des céréales pour enfants, des compléments nutritionnels comme la Maltodextridine ou de la poudre de lait destinée aux industriels ou aux consommateurs.

Au 9 janvier, Santé publique France recensait trente-cinq nourrissons atteints de salmonellose et ayant consommé un lait ou un produit d’alimentation infantile fabriqué dans l’usine en cause.

 

Lactalis : un « exemple » des pratiques de l’agroindustrie.

Le très grand nombre de références dans la liste des produits visés par le rappel met en évidence le résultat des politiques de marketing : marques différentes, produits présentés comme différents, avec des particularités mineures justifiant des prix plus élevés… mais tous issus des mêmes chaînes de production et exposés aux mêmes contaminations ! Elle montre aussi un nombre impressionnant de produits destinés à l’exportation et en particulier vers les pays du Sud, illustration de la politique agressive d’exportation non seulement de marchandises mais aussi d’un modèle de consommation particulièrement inadapté dans des pays où l’accès à l’eau potable est plus que problématique. Lactalis se présente comme « leader mondial des produits laitiers ». Les volumes concernés par le retrait sont à cette (dé)mesure, autour de 20 000 tonnes de produits. C’est la rançon de la production alimentaire à l’échelle industrielle. Car à l’inverse de toute la propagande hygiéniste, qui nous présente l’industrialisation comme un gage de sécurité, l’agro-industrie génère ses propres problèmes sanitaires et surtout les porte à des échelles beaucoup plus importantes. Œufs contaminés au fipronil, lasagnes à la viande de cheval et plus loin poulets à la dioxine ou huile de colza frelatée… Les nombreuses crises sanitaires témoignent aussi de l’opacité des circuits, voire de fraude délibérée.

 

Lactalis trompe les consommateurEs

Avant de devenir la multinationale Lactalis, le groupe Besnier a été condamné en 2000 pour « fraude sur le lait et publicité mensongère » pour avoir systématiquement ajouté de l’eau dans le lait de consommation.  En 2010 la répression des fraudes découvre lors d’un contrôle d’une laiterie en Ille-et-Vilaine la vente de lait UHT présenté comme du lait frais pasteurisé à un prix nettement plus élevé. Le parquet de Rennes n’a pas donné suite à ce rapport en raison d’un vide réglementaire. Le Canard enchaîné révélera l’affaire en décembre 2012. En mars 2015, l’entreprise est condamnée par l’Autorité française de la concurrence à une amende de 56,1 millions d’euros dans l’affaire du « Cartel du yaourt », pour entente illicite sur les prix et les appels d’offres pour produits laitiers frais vendus sous marque de distributeur. Le groupe a aussi tenté de faire modifier le cahier des charges très strict des AOC (appellation d’origine contrôlée) fromagères afin de pouvoir vendre sous ce label prestigieux ses camemberts industriels au lait pasteurisé ou thermisé.

 

« Lactalis, l’ogre qui s’assoit sur les droits des paysans »

Lactalis ne piétine pas que l’intérêt des consommateurEs, il piétine aussi ses salariéEs, ses sous-traitantEs et ses producteurEs. Comme le dénonce la Confédération paysanne, Lactalis a toujours eu une politique d’approvisionnement basée sur une forte dépendance des producteurEs. Mais la contractualisation mise en place en 2012 avec le Paquet Lait européen a encore accentué l’asservissement des producteurs et leur dépendance économique vis-à-vis de leur laiterie. Le syndicat paysan a porté plainte en 2016 dans une dizaine de départements pour extorsion contre plusieurs laiteries, dont Lactalis. L’iniquité des contrats laitiers actuels ne fait aujourd’hui plus de doute : harcèlement moral, abus de dépendance économique, entrave à la liberté syndicale… En effet, Lactalis inclut dans les contrats des clauses abusives, dont celle portant sur l’interdiction d’atteinte à l’image de l’entreprise. Sur cette base, Lactalis a signifié fin janvier 2017 à cinq producteurs qu’il mettait fin à leur collecte après que ceux-ci ont témoigné des pratiques de l’entreprise dans un reportage diffusé dans l’émission Envoyé Spécial qui enquêtait sur l’empire Lactalis et son PDG Emmanuel Besnier. Lactalis s’en prend aussi à la liberté de parole et d’action !

Toujours selon la Confédération Paysanne, les revenus des éleveurEs laitiers sont tombés deux années consécutives à des niveaux historiquement bas, inférieurs à ceux de 2009 et au seuil de pauvreté. La perte de revenu estimée est de l’ordre de 2 milliards d’euros ! Mais dans le même temps, les profits des industriels laitiers ont explosé, la fortune de la famille Besnier, propriétaire de Lactalis, a bondi de quelques milliards d’euros ces dernières années.

 

La grande distribution responsable et coupable.

Le scandale ne se limite pas à la production, il s’étend aux grands groupes capitalistes de la distribution. Après Leclerc qui a annoncé, mardi 9 janvier, avoir retrouvé dans ses circuits de distribution et vendu des produits non autorisés à la vente, ce sont Carrefour, Auchan, Système U (hypermarchés Géant, supermarchés Casino et les magasins de proximité Franprix), Monoprix, Cora qui reconnaissent avoir vendu des produits interdits… Il n’y a aucune raison que la liste soit close ! Tous ces groupes communiquent abondamment et ne manquent jamais de vanter le sérieux de leurs procédures, normes, chartes qualité… et autres systèmes de contrôle. Mais en réalité, comme le dénonce Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir, en cas de problème grave, « la procédure n’existe pas à proprement parler. Chaque entreprise a la responsabilité de mettre en œuvre une décision de l’État. Il n’y a rien qui va inciter, à part quand on est pris ».

 

L’État largement complice ! 

Toujours selon l’organisation de consommateurs, « il y a très peu de contrôles de la part de l’État. On connaît les moyens indigents de la Direction concurrence-consommation qui fait ce qu’elle peut. Si les magasins ne respectent pas les décisions de retrait, ils encourent une amende de cinquième classe : c’est ridicule. »

Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux peut se gargariser (« L’État a été pleinement dans son rôle »), le ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, Stéphane Travert, peut rouler les mécaniques, parler de « dysfonctionnement majeur », appeler « les industriels, les intermédiaires, les distributeurs » à faire « toute la lumière sur les défaillances qui ont été constatées et s’assurer que plus aucun des produits concernés n’est sur le marché et ne se trouve dans les magasins », Bruno Lemaire peut se vanter des 2500 contrôles effectués et en annoncer autant à venir… Il n’en reste pas moins que comme le dénoncent les organisations syndicales du secteur, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a manqué de moyens au plus fort de la crise : « Il y a certains départements où il n’y a plus que cinq ou six agents. On imagine bien qu’ils ne peuvent pas, comme ça sur une demande express, se rendre dans tous les magasins de leur département alors que le problème est urgent », selon Jean-Jacques Neyhouser, inspecteur à la DGCCRF et représentant CGT, cité par Europe 1.

 

Au-delà de l’affaire… 

Parce qu’elle met en cause la santé de nourrissons, l’affaire Lactalis suscite beaucoup de réactions et c’est légitime, mais elle doit être aussi l’occasion de mettre en cause globalement les pratiques du système de production et de distribution de agro-industrie. Elle met à bas l’image « qualité française » dont se parent les groupes comme Lactalis, qui essaient en permanence de nous vendre une image de « savoir-faire », de « bons produits », dalors que nous sommes bien face à une industrie capitaliste obéissant aux règles capitalistes de la rentabilité, de la concurrence et du profit. Elle démontre l’escroquerie des prétendus systèmes de contrôles, d’inspections internes, que ce soit dans les sites de productions ou dans la distribution, qui laissent la sécurité sanitaire aux mains des directions d’entreprise. Elle met aussi en évidence la responsabilité des politiques d’austérité qui ne cessent de diminuer les moyens de contrôle des entreprises, que ce soit ceux de l’inspection du travail ou ceux de la DGCCRF.

Comme le dit encore la Confédération paysanne, « les acteurs de l’industrie agro-alimentaire et de la distribution sont incapables d’assurer aux consommateurs une alimentation sûre, tracée et de qualité. Cette chaîne alimentaire sur-industrialisée, hyper segmentée et financiarisée engendre de l’opacité aux dépens des consommateurs et des paysans. Aujourd’hui, beaucoup d’efforts sont exigés des paysans qui garantissent la traçabilité totale de leurs produits. Mais une fois sortis de la ferme, cette traçabilité s’évanouit dans le système industriel malgré l’exigence légitime des consommateurs. »

L’alimentation est une question éminemment politique, centrale pour la santé, la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité, les conditions de vie et de travail des paysanEs et des salariéEs. La rupture avec le système agro-industriel destructeur et la construction d’une agriculture paysanne, biologique, de circuits courts de transformation et de distribution constituent la seule issue réaliste.

Christine Poupin

 

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Cette entrée a été publiée le 14 janvier 2018 par dans AGRICULTURE, anticapitalisme, économie, capitalisme, COMMERCE, GOUVERNEMENT, santé, SOCIETE.