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Après la grève des grutiers, le gouvernement québécois les menace de sanctions sévères

Par Louis Girard
21 juillet 2018

La Commission de la construction du Québec (CCQ) – le chien de garde de l’industrie – menace d’imposer de sévères sanctions à 650 travailleurs ayant participé en juin dernier à une grève de 8 jours des opérateurs de grues (grutiers) de la province. Les sanctions envisagées comprennent des amendes pouvant aller jusqu’à 10.000$ par travailleur et même des peines d’emprisonnement. Ces menaces s’ajoutent à une mise en demeure envoyée pendant la grève par le gouvernement libéral de Philippe Couillard contre quatre syndicats de grutiers pour «tout dommage» généré par la grève.

Le 18 juin, quelque 2000 grutiers du Québec avaient déclenché une grève en opposition à de nouvelles règles qui réduisent drastiquement les heures et la qualité de la formation requises pour exercer ce métier dangereux, minant ainsi la sécurité sur les chantiers de construction. Le fait que la grève ait continué jusqu’au 26 juin – malgré un jugement le 21 juin du Tribunal du travail ordonnant un retour au travail et des directives de la FTQ-Construction et de la FTQ (Fédération des travailleurs du Québec) à s’y soumettre – traduit l’immense colère qui règne parmi les ouvriers de la construction. À maintes reprises, ces derniers se sont fait imposer des reculs et ont vu leur droit de grève bafoué par des lois spéciales.

Les menaces de poursuites pénales du gouvernement Couillard traduisent la détermination de l’élite dirigeante canadienne à criminaliser toute opposition des travailleurs à l’austérité capitaliste et à faire des grutiers un exemple pour intimider toute la classe ouvrière. Galvanisée par les gestes anti-ouvriers du gouvernement, l’Association de la construction (ACQ), qui travaille main dans la main avec la CCQ, appelle les entrepreneurs ayant subi des «dommages directs» en raison de l’arrêt de travail, c’est-à-dire une baisse de leurs profits, à se mobiliser pour «obtenir justice».

La classe ouvrière doit s’opposer fermement à la chasse-aux-sorcières contre les grutiers. Les droits démocratiques, y compris le droit élémentaire de grève, doivent être défendus par tous les travailleurs, dans le cadre d’une lutte plus large contre les concessions et l’austérité capitaliste.

Les actions courageuses des grutiers en juin dernier reflètent l’opposition croissante des travailleurs, partout dans le monde, à l’assaut de la classe dirigeante sur les conditions de travail, les retraites et les salaires. Les travailleurs entrent en conflit non seulement avec les patrons et leurs représentants dans le gouvernement et les tribunaux. Comme les grutiers qui ont défié des directives de retour au travail des appareils syndicaux, les travailleurs entrent aussi en conflit avec la bureaucratie syndicale pro-capitaliste, qui agit depuis longtemps comme une police industrielle pour défendre les profits toujours plus faramineux de la classe dirigeante.

Si la classe dirigeante peut maintenant intensifier ses mesures punitives c’est encore une fois en raison du rôle traître joué par les syndicats.

Daniel Boyer, le président de la FTQ, a admis que la grève était l’initiative des travailleurs. «Ils ne nous ont jamais demandé la permission ou l’autorisation, ils ont fait les affaires eux-mêmes». En fait, non seulement, les bureaucrates syndicaux n’ont pas appuyé la grève, ils ont tout fait pour isoler et démobiliser leurs membres en insistant pour qu’ils retournent travailler suite à l’ordonnance du Tribunal administratif du travail.

Devant la détermination des grutiers, le gouvernement s’est de plus en plus ouvertement tourné vers les syndicats pour étouffer la grève. Diane Lemieux, la présidente de la CCQ et ex-députée pour le Parti québécois, a déclaré: «Moi je voyais il y a quelques mois le Syndicat canadien de la fonction publique qui a mis en tutelle le Syndicat des cols bleus de Montréal pour des questions internes. Où est la FTQ-Construction?»

Les syndicats ont répondu à l’appel de Lemieux. Boyer admet: «Je sais qu’il y a eu des discussions à cet effet-là entre la FTQ-Construction et le syndicat des grutiers, mais on n’a pas eu à aller jusque-là puisque le syndicat a demandé à ses membres de revenir au travail [lundi] matin, et ils sont revenus au travail». Autrement dit, la bureaucratie syndicale jouait fidèlement son rôle: chercher par tous les moyens à sa disposition à mettre un terme à la grève. Si leurs appels frénétiques auprès de leurs membres pour qu’ils retournent travailler s’étaient avérées insuffisantes, un plan B était déjà en discussion.

Les bureaucrates syndicaux cherchent maintenant à détourner la colère des travailleurs derrière un comité «indépendant» bidon, qui est censé superviser les nouvelles règles de formation et les questions de sécurité. Florent Tanlet, l’attaché de presse de la ministre du Travail, Dominique Vien, a insisté qu’«il est hors de question de revoir le règlement».

Laissés seuls devant tout l’arsenal de la classe dirigeante – ses médias, ses tribunaux, ses politiciens et sa police, sans parler du rôle anti-ouvrier de la bureaucratie syndicale –, les grutiers sont retournés au travail. Ce qui leur manquait cruellement, c’était une stratégie politique. La tâche de l’heure était de rompre leur isolement en faisant un appel énergique aux autres travailleurs de la construction et à l’ensemble de la classe ouvrière partout au Canada pour étendre la grève dans une contre-offensive contre l’austérité capitaliste et les lois anti-ouvrières.

Le gouvernement et les médias de la grande entreprise ont constamment décrié le fait que la grève des grutiers était «illégale» parce que les travailleurs de la construction ont une «convention collective» jusqu’en 2021. En fait, le droit de «négocier librement» a été pratiquement aboli au Canada, que ce soit dans la construction ou d’autres secteurs. Des lois spéciales ont visé les travailleurs de Postes Canada, Air Canada et Canadien Pacifique, ainsi que les cols bleus et des groupes d’enseignants. La prétendue «convention collective» dans l’industrie de la construction a été «négociée» seulement après que le gouvernement Couillard ait criminalisé la grève de mai 2017 par les 175.000 travailleurs de la construction et que les syndicats aient ordonné à leurs membres de se plier à la loi de retour au travail.

 

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