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RiMaflow, une lutte ouvrière exemplaire du XXIe siècle

Par Nadia De Mond*

RiMaflow se trouve dans la ceinture industrielle en déclin autour de Milan, à Trezzano sul Naviglio.  « Ri » (re-) parce que ce sont les travailleurs et les travailleuses de l’ancienne usine métallurgique, Maflow (1), qui l’ont fait redémarrer après que son dernier propriétaire, Boryszew SA (2), a délocalisé son activité en 2012.

Histoire

Maflow, une entreprise de composants automobiles employant 330 personnes, était entrée en crise du fait de la faillite frauduleuse du groupe industriel – et non faute de travail ou de commandes, notamment de la part du colosse BMW. Malgré une lutte syndicale combative qui a duré deux ans, la seule « solution » alternative à la fermeture a été celle de vendre l’usine, au rabais, à un nouvel entrepreneur, Boryszew SA, qui s’est engagé face au gouvernement à embaucher tout de suite 80 ouvrier·e·s en promettant une relance globale qui permettrait graduellement de réembaucher les 250 travailleur·e·s restants. Mais le jour après l’échéance des deux ans (temps minimum prévus par la loi Prodi-bis pour le respect des accords) il a commencé à délocaliser l’usine en Pologne.

Alors un petit groupe de travailleur.e.s, ne s’est pas résigné au chômage et a décidé de prendre en main ce qui restait de l’entreprise – les hangars – pour y démarrer, en autogestion, une nouvelle activité productive, en harmonie avec les besoins de la population et du territoire. Ce groupe a occupé l’usine et s’est constitué en coopérative.

Prenant exemple du réseau des entreprises récupérées argentines – avec lequel RiMaflow collabore depuis lors – les travailleur·e·s ont inventé, au fur et à mesure, les différentes activités de production et de services, principalement dans le domaine du recyclage et de l’écologie, qui pouvait générer un revenu et créer des nouveaux emplois, à l’intérieur des hangars abandonnés. Du marché aux puces à la réparation d’appareils électriques et électroniques, de la cantine populaire à la réparation de bicyclettes, de la fabrication de liqueur « Rimoncello » (avec les citrons du projet de solidarité italiens/immigrés, SOS Rosarno) à la promotion de culture à la portée de tou.te.s,  sur le modèle de « l’usine ouverte » .

Cette politique d’ouverture au territoire – utilisation gratuite des locaux pour les associations, fêtes de quartier et activités syndicales, espace pour les groupes de théâtre et musicaux, soirées d’information et de débat, accueil de réfugiés, relation avec les agriculteurs du Parc agricole du Sud Milanais et les groupes de consommation critique, avec Caritas, etc. – a permis jusqu’ici de résister aux attaques des autorités locales et aux tentatives des propriétaires, la banque UniCredit, de reprendre les bâtiments.

 

Construire une alternative

Dès le début, cette extraordinaire expérience d’autogestion ouvrière s’est située dans un cadre de bataille anticapitaliste et écologique, à partir des besoins très concrets de défense de l’emploi et de création d’un revenu pour les travailleur·e·s licenciés, résumé dans les slogans affichés à l’entrée de l’usine : réutilisation, recyclage, réappropriation, revenus, révolte de la dette, révolution (3)…

Ce qui est mis en question c’est la propriété privée de l’usine, le type de production choisie par les patrons en fonction du profit et pas en fonction de la satisfaction de besoins sociaux, son caractère nocif pour le milieu. Il s’agit d’un défi ouvert, non pas seulement à l’ancien propriétaire, à la banque, mais au système dans son ensemble, en affirmant dans la pratique que les ouvrier·e·s, qui ont travaillé pendant 20 ans dans cette usine, savent faire mieux pour eux/elles-mêmes et pour la société. C’est en même temps un exemple pour les travailleur·e·s des dizaines d’entreprises qui ferment et pour leurs syndicats, qui abandonnent la lutte dès qu’aucun acheteur nouveau ne se présente, n’imaginant rien d’autre qu’une négociation sur le nombre de travailleurs à réembaucher.

L’idée de fond est d’élargir le concept de la lutte de classe et syndicale, non plus seulement défensive face aux patrons en crise, mais positive en construisant des bastions de résistance, qui sont en même temps des embryons d’économie et de société alternative, basés sur la solidarité et la créativité ouvrière, en relation avec la population environnante et les réseaux de proximité socio-politique.

Dans ce sens RiMaflow est au cœur du réseau Fuorimercato (hors du marché) associant des producteurs de denrées alimentaires et autres, qui s’opposent à la logique productiviste, à la grande distribution destructrice du milieu et qui exploite jusqu’à l’os les travailleur·e·s, immigrés et italiens. Ce lien avec les réalités d’agriculture soutenable et les groupes de consommation critique, qui défendent l’idée de la souveraineté alimentaire, a rapproché RiMaflow du Mouvement des sans terre (MST) brésilien – dont il partage le slogan « occuper, résister et produire » – et du Syndicat des ouvriers agricoles (SOC), qui fait partie du Syndicat andalou des travailleurs (SAT), ainsi que du réseau paysan international combatif Via Campesina, dont le MST et le SOC font partie.

La forme spécifique de lutte, occupation de l’usine et fonctionnement en autogestion, a immédiatement créé des liens fraternels avec les autres entreprises autogérées, en Europe comme en Amérique latine et dans le reste du monde, organisées dans le réseau international des entreprises récupérées (dont la prochaine rencontre européenne se déroulera justement à RiMaflow au printemps 2019).

Les activités de RiMaflow se sont étendues. Petit à petit des dizaines de petits artisan·e·s (souvent des ouvriers qui ont perdu leur emploi ou des petits indépendants touchés par la crise) se sont installés dans les espaces abandonnés tandis que dans le hangar C a démarré l’expérimentation du recyclage du papier peint, avec l’introduction d’un prototype de machine qui sépare le plastique du papier (que RiMaflow espère produire également).

Entre la coopérative, composée d’une vingtaine de personnes, et les artisan·e·s, organisés eux aussi en association, il y a désormais plus de cent personnes qui ont retrouvé un emploi et un revenu à l’intérieur de RiMaflow.

 

Adversaires

Ce qui est en cause c’est l’idée que les lieux et les biens abandonnés (de propriété publique ou privée) puissent être convertis en biens communs, utilisés par la population organisée en collectifs de travailleur·e·s et d’usager·e·s. Une idée évidemment contestée, pas seulement par la droite mais aussi par le centre-gauche et notamment par le Parti démocrate (PD, ex-PCI), qui gère la municipalité de Trezzano sul Naviglio et n’a pas cessé de faire obstacle aux activités économiques de RiMaflow, prétextant des défauts techniques et administratifs. C’est ainsi que, malgré la volonté de la coopérative de se mettre en règle en ce qui concerne les mesures de sécurité et autres, en faisant des efforts financiers importants, on a été contraint de déplacer hors de l’usine le marché aux puces et de limiter les activités culturelles de grand impact.

Par contre des négociations sont en cours – et trainent depuis des années sans arriver à une conclusion – avec le propriétaire, UniCredit, auquel RiMaflow a fait plusieurs propositions d’utilisation et de sauvegarde de l’immeuble.

Cependant, la survie de la coopérative et du réseau combatif qui la soutient relève toujours d’un exercice d’équilibrisme.

 

Ignoble attaque

Au milieu de l’été 2019, à la fin juillet, les gendarmes se sont présentés à l’usine avec un ordre de séquestre des ordinateurs et du compte en banque, de clôture immédiate du hangar C tandis que le président de la coopérative, notre camarade Massimo Lettieri était arrêté, chez ses parents en Calabre où il était en vacances, sous l’accusation absurde et ignominieuse de trafic illégal de déchets et d’association criminelle de type mafieuse. Depuis lors, notre camarade se trouve en prison et la coopérative lutte pour survivre.

L’enquête de justice concerne une dizaine d’entreprises suspectées effectivement de trafic illégal de déchets, auquel RiMaflow a été injustement associé. Le procès, qui n’a pas encore commencé, risque de durer plusieurs mois et pendant ce temps notre camarade Massimo reste en prison alors que le travail de la coopérative est en grande partie bloqué.

Cette situation est totalement injuste et insupportable. Une grande campagne de solidarité a été mise en place pour mobiliser toutes les personnes, les collectifs et les associations qui ont pu entrer en relation avec cette expérience inédite, au niveau local et international. Nous avons besoin de tout le soutien possible pour faire face aux frais importants de la défense légale et pour combler le trou créé dans le compte de la coopérative par le séquestre judiciaire.

Une grande assemblée a eu lieu le week-end du 15-16 septembre à l’intérieur de l’usine, où des dizaines de de mouvements – depuis les centres sociaux jusqu’à Caritas, aux groupes de consommation critique et aux syndicats – ont témoigné leur support politique et matériel à la cause de RiMaflow. Un appel international circule et a réuni déjà des dizaines de signatures de représentants de mouvements, d’intellectuels et d’artistes connus. Des dizaines d’initiatives de solidarité seront organisées dans les prochaines semaines du nord au sud de l’Italie.

C’est une bataille qui nous concerne tous.

RiMaflow vivra ! Libération immédiate de Massimo Lettieri !

Milan, le 19 septembre 2018

 

 

* Nadia De Mond, féministe marxiste italo-belge, militante du mouvement Ni Una di Meno, est membre du réseau Communia en Italie et de la IVe Internationale.

  1. Maflow, produisant des composants automobiles pour les grandes marques (BMW, Fiat, Peugeot, Renault, Scania, Volkswagen et Volvo), a été fondé en 1973 à Milan sous le nom Murray, puis renommé Manuli Automotive Components SpA, a été vendu à un fonds d’investissements en 2004 pour 140 millions d’euros. Les dettes de ce fonds d’investissement ont été transférés à Maflow, ce qui a conduit à son insolvabilité en 2007 et à sa mise en liquidation administrative. C’est ainsi que les actifs de Maflow ont été vendus pour 8,1 millions d’euros au groupe financier polonais Boryszew SA, qui s’est emparé de ses usines en Italie (Ascoli et Trezzano sul Naviglio), mais surtout en Pologne (3 usines), en France, en Espagne, au Brésil, au Mexique, en Chine et en Inde, ainsi que des brevets.
  2. L’entreprise polonaise Boryszew a été privatisée en 1992. Elle est depuis devenue un grand groupe financier, Boryszew SA, dont le financier Roman Karkosik, un des plus riches Polonais, possède 64,31 % d’actions depuis 1999. R. Karkosik a construit sa fortune en achetant pour rien les entreprises en faillite et en les revendant très cher (en entier ou par morceaux). À partir de 2005 il a aussi acheté des actions d’autres groupes pour les intégrer dans le holding Boryszew SA (l’entreprise financière polonaise de métaux non-ferreux Impexmetal en 2005, Maflow en 2010, les entreprises allemandes AKT, Theysohn et Wedo en 2011 et YMOS en 2012). En 2017 les bénéfices nets de Boryszew SA ont atteint 47,54 millions d’euros et au premier trimestre 2018 – 12 millions d’euros. 60 % du chiffre d’affaires est réalisé hors de la Pologne. Roman Karkosik vient d’être condamné en Pologne pour manipulation boursière (« optimisation fiscale » selon l’accusé), mais le tribunal… l’a exempté de peine (cf. Gazeta Wyborcza du 13 septembre 2018).
  3. RiMaflow – « ri » pour rinascita (renaissance), riuso (réutilisation), riciclo (recyclage), riappropriazione (réappropriation), reddito (revenu), rivolta (révolte), rivoluzione (révolution).

 

 

RiMaflow vivra !

Ils veulent contraindre la coopérative RiMaflow à la fermeture et ont arrêté son représentant légal sur la base d’accusations diffamatoires.

Ils ne réussiront pas à effacer son projet social !

Massimo Lettieri doit être immédiatement libéré !

Ils ont essayé de tout faire pour mettre des bâtons dans les roues à la récupération d’une usine abandonnée à Trezzano sul Naviglio : un réel projet mutualiste de reconstruction sociale après le licenciement de 330 personnes. L’importance de « faire solidaire », l’empreinte écologiste, la capacité à créer 120 emplois à partir de rien, la construction d’un réseau d’économie sociale et solidaire populaire, Fuorimercato, l’engagement contre la criminalité organisée (à laquelle ont été associées de nombreuses entreprises et institutions au sud-ouest de Milan) ont fait la force d’une résistance en acte depuis bientôt 6 ans et ont permis de faire vivre une des expériences d’autogestion ouvrière des plus significatives.

Ils ont profité de l’occasion de l’expérimentation du recyclage du papier peint (représentant 3,6 % du bilan de RiMaflow, voire même une perte économique pour la coopérative s’agissant seulement d’un investissement de formation) pour désigner RiMaflow comme faisant partie d’une association de malfaiteurs visant au traitement illégal des déchets : l’accusation la plus paradoxale et scandaleuse qui puisse nous être adressée.

L’implication dans des activités criminelles de certaines sociétés, avec lesquelles RiMaflow a eu affaire pour l’utilisation de machines et de déchets à recycler, ne signifie en aucun cas l’implication de la Coopérative et de son représentant légal Massimo Lettieri dans de telles activités honteuses. Et nous le démontrerons !

Mais en attendant, la séquestration des biens mobiliers et immobiliers, des comptes courants, du système informatique de l’administration a brutalement atteint la Coopérative dans toutes ses activités régulières, l’empêchant de payer les salaires, les impôts, les factures et les charges fiscales (TVA, taxes…) ce qui aura des conséquences dramatiques sur le long terme. Tout ceci est injuste. Tout ceci est intolérable !

Le moment est très grave : c’est pour cela que nous appelons à une extraordinaire campagne de résistance. Que chaque personne ou groupe solidaire se mobilise sous toutes les formes possibles. C’est le moment de montrer de quel côté l’on se trouve !

Trezzano sul Naviglio, le 1 er août 2018

 

Cooperativa RiMaflow (www.rimaflow.it), Associazione Occupy Maflow, Fuorimercato, autogestione in movimento (www.fuorimercato.com)

 

Appel*

RiMaflow Vivra !

RiMaflow à travers ses diverses activités (la Coopérative et les ateliers d’artisans), ses activités culturelles et la promotion d’un réseau d’économie sociale et populaire, Fuorimercato, a contribué à donner un visage plus solidaire et humain aux banlieues et à la réalité du territoire qui se trouve au sud-ouest de Milan, devenant même une référence importante au niveau international pour les secteurs sociaux les plus faibles.

L’enquête dans laquelle a été impliquée RiMaflow avec l’accusation d’association de malfaiteurs est paradoxale en regard des valeurs éthiques et sociales mises en acte par ses travailleurs et travailleuses. L’enquête de la magistrature ne peut rayer d’un trait toute la communauté de RiMaflow : la Coopérative doit pouvoir continuer à vivre et son représentant légal retrouver la liberté!

Nous exprimons toute notre solidarité à RiMaflow, et celle-ci se traduit également par un soutien économique immédiat permettant d’affronter les dépenses juridiques et faire face à la séquestration des biens, qui s’élèveront dans le temps à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Collectes de fonds à long terme pour faire :

  • Des dons
  • Des prêts de secours mutuels (échéance minimum de 6 mois – un an)

à verser sur : IT93S 05018 01600 000000158008 de la Banca Etica au nom de Ass. Occupy Maflow, en précisant l’objet « donation » ou « prêt pour … mois/années ».

 

 

* Signatures (Nom, prénom, organisation, adresse e-mail) à envoyer à : <info@rimaflow.it>

 

RiMaflow : il y a une vie après la désindustrialisation

Pour faire face à la désindustrialisation, des anciens travailleurs d’une usine de pièces détachées automobiles de la banlieue de Milan, rejoints par des artisans et des militants de différents horizons, tentent de redonner vie à ce lieu. Dans un contexte urbain où la Mafia n’est pas loin, une étonnante rencontre entre ville et campagne qui donne naissance à de multiples activités…

Banlieue de Trezzano au sud-ouest de Milan, zone mixte d’habitation et de locaux professionnels, symbole de la florissante industrie automobile italienne. Dans une rue parallèle à la Viale Leonardo da Vinci qui nous sort de la métropole, une usine joliment graphée de slogans appelant à la résistance et à la renaissance : nous voilà dans les anciens locaux de Maflow, un équipementier italien de premier plan, aujourd’hui en faillite après avoir été racheté par le groupe polonais Boryszew.

Depuis 2012, ses anciens travailleurs ont décidé de ne pas céder au désespoir vite rejoints par des militants associatifs milanais qui, ensemble, cherchent à réinventer le lieu. Dans un premier temps, les anciens travailleurs en cassa integrazione 1 ont joué le jeu de la reprise par Boryszew en cherchant à démarcher de nouveaux clients. Peine perdue dans l’Europe post-crise de 2009 où il y a bien longtemps que la production s’est décentrée dans les pays périphériques à plus bas salaires. Comment dès lors rebondir ? C’est ici que l’imagination doit reprendre le dessus pour repartir des besoins de la population.

Luca Federici, militant de RiMaflow, nous accueille à l’entrée du lieu ce samedi 31 octobre 2015. Un jour d’effervescence pour Rimaflow : l’ancienne usine accueille l’assemblée bi-anuelle de Genuino Clandestino, une association volontairement informelle de paysans qui refusent, à l’instar de Kokopelli en France, la normalisation obligatoire des semences et le retour à une authenticité des produits agricoles. Des paysans sur un site industriel ? Le lien avec la terre n’est pas une nouveauté pour RiMaflow. Dès le début de l’occupation du site, ils prenaient contact avec l’association Libera qui remet en culture les terres confisquées à la Maffia dans le sud de l’Italie. Avec les citrons du Mezzogiorno – en provenance des producteurs auto-organisés de SOS Rosarno, qui avaient appuyé la révolte des ouvriers agricoles africains en 2010 contre les propriétaires qui ne les payaient pas correctement – ils ont réalisé un limoncello 2 immédiatement baptisé Rimoncello : ça ne s’invente pas ! Très vite, le lieu a aussi accueilli des marchés paysans.

Une nouvelle coopérative est installée dans une partie des locaux :  des palettes en bois soigneusement rangées sur le côté et des morceaux au centre de l’atelier en attente de réassemblage. « La coopérative I.E.S., liée à Caritas est issue d’un partenariat avec l’association Libera qui combat la maffia nous indique fièrement Luca. Elle récupère et reconditionne les palettes dans un souci écologique. » Il est vrai que celles-ci sont devenues incontournables pour tout hangar ou centre logistique et sont probablement des produits à très bas prix. Comment dès lors envisager un recyclage de celles-ci tout en restant compétitif ? « C’est ici que la notion de prix juste qui rémunère correctement les travailleurs doit être défendue dans nos relations commerciales » explique Luca. La notion de commerce équitable réapparaît ici, sauf qu’elle tente de s’appliquer dans un contexte d’échanges dans un même pays du Nord.

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Palettes en cours de réfection de la coopérative I.E.S.

C’est que l’imagination ne manque pas parmi les protagonistes du projet RiMaflow. Plus surprenant encore, ces espaces fermés où des objets hétéroclites sont entassés. Dans un box, des vieux meubles, dans un autre, de l’outillage de construction, ailleurs des équipements électroniques. Gigi Malabarba, ancien sénateur de Rifondazione Comunista, aujourd’hui totalement impliqué dans ce projet, nous accueille dans ces immenses allées : « Nous fournissons ce service de stockage à prix modéré à toute une population en manque d’espace ou qui souhaite développer une activité économique. » RiMaflow a même décidé de conserver sur place les archives d’Antonio Caronia, militant politique, écrivain et artiste, récemment décédé. Un bâtiment plus loin, surprise : des dizaines de camping-cars sont parqués en attente du prochain été : « dans le même esprit, nous mettons au service la population cette formule de parking de longue durée à un prix raisonnable : une façon comme une autre de rendre utile un lieu abandonné »  nous confirme Gigi. Il y a quelques années, Rimlaflow avait lancé un espace « Fuori Mercato » 3 dans lesquels les artisans, les producteurs agricoles locaux pouvaient exposer et vendre leur production avec, au centre, une cafétéria-restaurant proposée par les anciens de Maflow. De vingt au départ, ils sont aujourd’hui une quarantaine de travailleurs, tous réguliers dans la Cooperative RiMaflow ou dans l’Association Fuorimercato : charpentier, tapissier, soudeur, artiste, réparateur d’ordinateurs et d’appareils électroniques, designers… Toutes les activités devant sortir du travail au noir, d’autres ateliers artisanaux sont en voie de régularisation.

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Un des halls servant d’espace de stockage

Mais la mairie PD 4 ne l’entendait pas ainsi et à fait fermer la cafétéria-restaurant du simple fait que les lieux sont industriels et ne peuvent servir à accueillir du public. Une posture pour dissuader les occupants du lieu afin de rendre possible une future opération spéculative immobilière ? « Le propriétaire du lieu, le géant bancaire italien Unicredit, semble plus pragmatique, commente Gigi. Après trois années d’occupation, peut-être qu’il sera prêt à signer un arrangement avec la médiation de la Préfecture de Milan ? » Car la Ndrangheta 5 s’est massivement réinvestie dans cette banlieue milanaise. « De somptueuses villas, des restaurants qui recyclaient l’argent sale ont été récemment saisis » précise Gigi. Inutile de dire que celle-ci est à l’affût de la moindre opération immobilière et saura se positionner le moment venu. Probablement ce qui explique le soutien affiché de Don Luigi Ciotti, le prêtre anti-mafia, président de l’association Libera, à l’expérience de RiMaflow, un soutien qui contraste avec l’attitude ambiguë de la mairie de Trezzano. En juillet 2015, il a fallu que 150 personnes mobilisées par RiMaflow assistent au conseil municipal, ouvert de droit à la population, pour que la mairie avalise les reprises d’activité… sauf celles de négoce et de restauration. C’est pourquoi le restaurant est désormais associatif et les quarante participants de « Fuori mercato » exposent désormais à l’extérieur de l’usine dans une place mise à disposition par la Commune.

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Un atelier en plein air de Genuino Clandestino

Parmi la vingtaine de personnes anciennement salariées de Maflow, Massimo est fier de nous présenter sa micro-malterie sur la base d’un ancien réfrigérateur : « Aux États-Unis, des petites malteries existent et produisent des bières de haute qualité. Pourquoi ne pas les démultiplier dans les villes pour relancer une production locale de malt plutôt que d’acheter notre bière aux multinationales ? » C’est la magie du lieu de permettre cette rencontre permanente entre ville et campagne. Une initiative qui s’inscrit totalement dans la logique de la réunion de Genuino Clandestino qui a lieu en ce moment.

En fin d’après-midi, se tient l’assemblée générale de Genuino Clandestino. À noter la présence de Mondeggi, un domaine agricole de 200 hectares dans la région de Florence que la région comptait privatiser pour y installer des terrains de golf et autres hôtels de prestige. Depuis 18 mois, treize ingénieurs agronomes renommés se sont installés sur les lieux et comptent, avec 7 anciennes exploitations, relancer l’agriculture dans une logique de bien commun. Réunion en cercle, sans hiérarchie aucune, chacun prenant sagement la parole à son tour. Est réaffirmé la volonté de rester ensemble dans un cadre non institutionnalisé. La prochaine réunion aura lieu cet été en Sardaigne.

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Assemblée pleinière de Genuino Clandestino

Le lendemain, effervescence du matin dans les dortoirs improvisés. Tout le monde se prépare à partir au parc du château Sforza au centre de Milan pour tenir un marché paysan, non autorisé bien sûr… Ainsi va la vie à RiMaflow, cette ancienne usine qui cherche en permanence à se réinventer et à nous montrer qu’il y a une vraie vie après la désindustrialisation.

 

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Cette entrée a été publiée le 18 octobre 2018 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, ITALIE, SOLIDARITES.