NPA Comité Orléans Loiret

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Tout ce qui bouge n’est pas rouge, mais bouge quand même….

Bonjour, vous trouverez ci-ci-joint une contribution au débat sur la question du 17 novembre. Elle n’a pas vocation à avoir LA réponse à ce qui se passe (y’en-a-t-il seulement une ?) mais tente de poser certains éléments. Forcément le sujet est complexe donc c’est long….

Une pétition de plus de 800.000 signatures, des tractages, des débuts de blocages à certains endroits de France, une tentative de récupération par la droite et l’ED qui n’y arrive pas vraiment…. Il se passe quelque chose en France.

Cette mobilisation qui n’entre pas dans les schémas traditionnels du mouvement ouvrier fait plus que nous interpeller, elle nous percute violemment. Tellement violemment que certain-es au sein des organisations syndicales préfèrent évacuer le sujet, faire comme s’il ne se passait rien, comme si c’était un non-évènement plutôt que s’y confronter. Pourquoi ?

Principalement parce que, en tant que syndicalistes de la CFDT à Solidaires, nous sommes convaincu-es de l’importance de s’organiser collectivement et de la négociation et de la grève comme moyen d’action avec une inclinaison pour l’un ou l’autre variable selon le syndicat, le courant de pensée…. Et qu’en l’occurrence, il s’agit d’un mouvement spontané, sans interlocuteurs-trices, où les « règles » dîtes ou tacites auxquelles nous sommes attaché-es n’existent pas. C’est donc un mouvement qui déconcerte, perturbe, que l’on méconnaît… donc certain-es on du mal à le penser et à en parler.

Et pourtant il est encore plus impossible d’évacuer la discussion quand ce spontanéisme pourrait poser la question même de l’utilité, voir de l’existence des forces syndicales et politiques de « gauche » s’il débouchait sur un recul du gouvernement (ce qui pourrait être une stratégie politique de Macron pour les achever mais c’est un autre débat). Contrairement à Nuit Debout, qui posait une question plus politique, celle de la démocratie, du pouvoir, ce mouvement parle principalement d’une chose élémentaire de notre champ d’action syndical : le pouvoir d’achat.

Il faut donc le qualifier, le confronter à la période politique que nous traversons pour tenter si ce n’est de tirer des conclusions, au moins d’essayer d’y voir plus clair.

 

1- Caractériser pour mieux comprendre.

 

Ce mouvement part d’une pétition dont beaucoup ignorent le contenu réel et originel. Mais dans ce cas l’origine ne vaut rien, la communication jouant son rôle de 2018 via les réseaux sociaux mais aussi les mass-médias. Aujourd’hui ce qui apparaît à échelle de masse c’est : Le mouvement du 17 novembre est un mouvement qui demande la baisse de la TICPE, qui a sensiblement augmenté notamment pour les véhicules diesel qui représentent 60 % du parc automobile français, pour récupérer du pouvoir d’achat. On peut difficilement nier le caractère social de cette revendication. C’est donc bien d’une lutte sociale qu’il s’agit en premier lieu. Ce n’est pas la forme de lutte que l’on connaît, maitrise et construit dans notre militantisme. Mais nier cet aspect serait une forme de mépris mortifère.

Les thèses pourtant anciennes de Hobsbawn, grand historien marxiste, dans son livre « les primitifs de la révolte » trouvent ici une validation formidable : refuser de limiter les luttes sociales au seul mouvement ouvrier « traditionnel » en opérant une synthèse entre ce qui serait « primitif » (le 17 novembre en l’espèce) et « moderne » c’est-à-dire organisé…. (1).

 

Cette lutte n’est pour autant pas un mouvement « chimiquement pur ». Cette revendication permet un agrégat composite de salarié-es ou non, de petit-es artisan-es, voir petit-es patron-nes que la hausse du prix des carburants impacte réellement par ailleurs. La nature « de classe » est donc très discutable. C’est pourquoi ce mouvement fait plus référence à celui des bonnets rouges qu’à celui parfois cité du LKP en Guadeloupe où la question de la hausse du carburant et de la vie chère en général revêt un caractère de classe par la construction historique des conditions socio-économiques actuelles de l’île où les richesses sont tenues par les béké-es descendant-es des colons. Cet aspect interclassiste est un élément essentiel du débat.

 

Par contre, une qualification à laquelle ce mouvement répond sans doute aucun est antifiscaliste. Il ne pose la question du pouvoir d’achat qu’à l’aune de l’augmentation d’une taxe sans que jamais ne soit questionné ni la légitimité de cette taxe (écologiquement par exemple), ni l’augmentation des salaires… Le problème c’est la taxe, les taxes mêmes et par voie de conséquence celui qui nous « fait les poches » : l’État.

 

Enfin, c’est un mouvement, en ce qui concerne les individus des « périphéries » au sens spatial du terme. Périphérie française vis-à-vis de Paris, du péri-urbain face à l’urbain, des campagnes face à la ville… Un mouvement de toutes celles pour qui la voiture est un outil à l’heure actuelle indispensable pour aller bosser, chercher un emploi, faire ses courses…. Et qui dit périphérie dit populations paupérisées, déclassées ou plus exactement comme le dit Sylvie Tissot dans sa note de lecture du livre « Le vote FN au village » (2) de personnes qui sont « dans une lutte symbolique de respectabilité » et redoutent de devenir des assisté-es tant méprisé-es : « Assurément on sort de sa lecture sans sympathie particulière pour ces « salariés modestes » qui, sans connaître le dénuement, détiennent peu de capitaux, et dont les efforts acharnés pour conquérir cette respectabilité tant désirée, notamment par la propriété, a pour corollaire le mépris des « assistés ». Les centres urbains gentrifiés n’étant plus accessibles aux classes populaires dans les grandes villes, ces dernières se trouvent en périphérie plus ou moins éloignée. Cette périphérie n’est pas toujours reliée aux centres par des transports en commun. Et les emplois, les soins, les services publics désertant de plus en plus cette périphérie, la voiture devient la seule alternative CQFD.

C’est bien parce que sentiment de relégation à tous les niveaux (sociaux évidemment, mais aussi décisionnels, culturels…) et qu’une lutte symbolique y est engagée, que cette périphérie est le cœur électoral de l’E.D. qui dès lors n’a évidemment qu’une envie : récolter les fruits de la colère. Sentiment de relégation que d’autres mesures récentes comme la limitation de la vitesse à 80 km/h ont renforcé car vécues comme vexatoires.

 

Et c’est bien aussi parce que c’est un mouvement de la « périphérie » que le refus des organisations est très présent : c’est aussi le territoire de l’abstention, du rejet de la politique au sens organisé, suite à des années de recul.

 

Une lutte sociale, antifiscale, des périphéries qui ne revêt pas seulement un caractère de classe…. voilà ce qui pourrait être le début d’une définition du 17 novembre. Ces 4 caractérisations permettent si ce n’est d’apporter des réponses, au moins de poser les débats

 

2- Poser les questions des légitimités

 

La première légitimité à interroger est celle de la hausse de la taxe. Tout d’abord, il serait faux de faire porter la hausse du prix à la pompe à cette seule taxe. La hausse du cours du brut (qui devrait se poursuivre) ainsi que les profits exorbitants des entreprises du secteur sont aussi la cause du prix élevé en bout de chaine. Cette hausse pourrait dans l’absolu être légitime : les revenus de la TICPE sont destinés à servir la transition énergétique dont nous sommes convaincu-es de l’urgence. Ce n’est pas le cas (3). Dès lors, la légitimité même de cette hausse, qui ne sert pas à financer une véritable politique écologique mais plutôt les cadeaux faits aux riches (ISF) et au patronat (CICE) interroge fortement.

 

L’autre légitimité à interroger est celle du pouvoir politique qui apparaît à l’initiative de cette hausse, celle du gouvernement. Affaire Benalla, démission de Hulot qui ne pouvait pas mener de « véritable politique écologique », la côte de popularité du pouvoir est au plus bas. La contribution climat énergie (CCE) a été adoptée en 2013 dans le cadre du PLF 2014. Elle est intégrée dans la TICPE depuis avril 2014. Globalement elle revient à « sanctionner » les produits énergétiques en fonction de leur émission de CO2. La tonne de carbone se voit attribuer une valeur sanction dont l’augmentation a été programmée, l’idée étant d’orienter les consommateurs vers des énergies plus vertes. C’est le gaz naturel qui a été dans le collimateur en premier et les ménages se chauffant au gaz ont vu leur facture augmenter en quelques années, les taxes prélevées étant de plus en plus importantes. Et bien que le gouvernement ne soit pas responsable de la hausse de cette taxe, cela apparaît néanmoins à la grande majorité comme une décision prise d’en haut par des gens éloignés de la « vraie vie » de l’ultra majorité de la population. C’est l’aspect politique de cette affaire. Et s’il n’est pas aussi central que le pouvoir d’achat, il n’est pas négligeable.
Simple question : Comment peut-être perçue l’augmentation d’une taxe, dont la responsabilité semble être celle d’un gouvernement, dont la population se sent éloignée, si l’objectif (lutter contre le changement climatique) n’est pas respecté ? Forcément mal. Il faut ajouter à cela qu’elle touche une population qui a déjà le sentiment d’être reléguée dans une période de stagnation de pouvoir d’achat…Quelque soit la subjectivité du sentiment confiscatoire d’une telle mesure, une personne gagnant 2500 euros par mois pouvant se sentir lésée bien qu’appartenant aux 10 % de français-es les plus riches, l’injustice semble réelle. Et donc la légitimité de la colère est indéniable. Comme le disent Delalande et Spire (4) dans leur histoire sociale de l’impôt : « On ne peut comprendre la place de l’État dans la société française, les rapports entre les groupes sociaux (…) si on ne tient pas compte de l’impôt. (…) l’impôt est un révélateur des relations entre l’État et les citoyens ». Et en l’occurence, les populations plus ou moins paupérisées n’admettent pas de voir la part de leurs revenus à consacrer aux transports augmenter quand on éloigne les services proximités, qu’on ferme les lignes ferroviaires… On ne saurait pas ne pas les comprendre.

 

3- Que répondre

 

Nous devons en premier lieu parler des politiques conduites ces cinquante dernières années. Energétiques avec l’asservissement au tout pétrole, les lobbys pétroliers, la sanctuarisation de la voiture (voire de la 2ème voiture), la politique en faveur du gazole, territoriales avec le développement des périphéries urbaines et des banlieues, la métropolisation, la gentrification des centre-villes, de l’emploi avec les mobilités et flexibilités imposées, des rythmes de travail décalés, etc, etc…

Nous connaissons ensuite entre nous les revendications écologiques que nous pourrions porter : développement des services publics partout, développement des moyens de transports écologiques sur tout le territoire, transports gratuits, fiscalité écologique très contraignante pour les pollueurs… Mais ces revendications ne répondent pas à la question du porte-monnaie de population où l’accès au transport, y compris dans la société dont nous pourrions rêver, reste plus qu’hypothétique.

Il faut articuler ces réponses, plus que nécessaires, à la question des salaires. Plus généralement, parce qu’il ne peut pas y avoir de capitalisme vert, écologie et répartition des richesses vont de pairs (5).

Mais cette réponse aurait-elle une prise sur ce type de mouvement ? Rien n’est moins sur.
Aussi juste sont-ils, les mots d’ordre ne vérifient leur validité qu’à l’épreuve du rapport de force. Néanmoins, il y a nécessité à « reprendre la main », retrouver du « pouvoir d’agir ».

 

4- Y être ?

 

Les mots d’ordre en cours et les « non-limites » de ce type de mouvement (présence certaine de l’E.D. par exemple) rendent notre présence en tant que participant-es très compliquée. Tenir tête à des discours anti-impôts, anti-écolo ou anti-Etat, débattre avec elles-eux passe encore, mais à l’instar du « jour de colère » être dans des mobilisations où des discours antisémites par exemple pourraient être tenus est plus que compliqué (6). Mais cette colère ne peut rester sans écho dans notre camp.

Il faudrait malgré tout écrire et tracter :

 

– Appeler à des AG et accepter de perdre en partie la main en laissant l’aspect organisationnel au second plan. A l’instar de Nuit Debout, n’apparaitre que comme des individu-es. Accepter que les organisations aient la même importance que n’importe quel-le présent-e, dans un cadre décisionnel de type AG. Ce qui n’interdit en rien de dire ouvertement que nous croyons à l’organisation, seule à-même de changer le cours des choses

– Proposer une mobilisation large sur la question du pouvoir d’achat, de la redistribution des richesses et de l’urgence climatique dans un cadre moins traditionnel.

 

 

1- https://www.lhistoire.fr/classique/«-les-primitifs-de-la-révolte-»-déric-j-hobsbawm

 

2- http://lmsi.net/Comprendre-pour-combattre

 

3-http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2018/11/06/29006-20181106ARTFIG00176-carburants-la-hausse-des-taxes-ne-finance-presque-pas-la-transition-energetique.php

 

4- https://www.cairn.info/histoire-sociale-de-l-impot–9782707157164.htm

 

5- A ce propos lire « l’impossible capitalisme vert de Daniel Tanuro »

 

6- https://www.huffingtonpost.fr/2014/01/27/jour-colere-quenelles-saluts-nazis-rues-paris_n_4671985.html

 

 

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Cette entrée a été publiée le 15 novembre 2018 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, DEBATS, ECOLOGIE, POUVOIR D'ACHAT, TAXES.