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Le gouvernement Trudeau dépose une loi pour criminaliser la grève à Postes Canada !

Par Keith Jones

23 novembre 2018

À l’instar du gouvernement conservateur précédent de Stephen Harper, le premier ministre Justin Trudeau et ses libéraux appuient sans réserve Postes Canada, propriété de l’État, et sa volonté de perpétuer et intensifier un régime de travail brutal et axé sur le profit. Les postiers doivent endurer des heures supplémentaires forcées, une hausse de la cadence de travail, et un taux d’accidents plus de cinq fois supérieur à la norme dans les industries sous réglementation fédérale. Leurs salaires réels ont été érodés par une série de contrats de concessions. En outre, les jeunes travailleurs et d’autres travailleurs de faible ancienneté sont confrontés à des salaires à plusieurs niveaux et à des emplois précaires.

Hier, le gouvernement a présenté au Parlement une «Loi pour la reprise et le maintien des services postaux» ou projet de loi C-89 et a fait adopter des motions pour suspendre la procédure normale de l’Assemblée législative afin d’assurer son adoption rapide.

En déposant le projet de loi C-89, la ministre du Travail, Patty Hajdu, a prétendu que le gouvernement libéral est un fervent partisan de la négociation collective et des droits des travailleurs, et qu’il n’avait recours à une loi spéciale qu’après avoir «épuisé toutes les autres options».

Elle a poursuivi en disant que le gouvernement n’allait pas immédiatement faire adopter son projet de loi d’urgence «parce que nous croyons toujours que Postes Canada et le STTP (Syndicat canadien des travailleurs et travailleuses des postes) peuvent parvenir à une entente.»

C’est de la foutaise. Les libéraux sont un gouvernement de la grande entreprise, pour la grande entreprise. Malgré leur rhétorique progressiste, ils ont poursuivi le même programme proaustérité et proguerre que leurs prédécesseurs conservateurs. Cela comprend la réduction de dizaines de milliards de dollars dans les soins de santé, la hausse des dépenses militaires de plus de 70 % d’ici 2026; et le rôle accru du Canada dans les offensives militaires et stratégiques de Washington contre la Russie et la Chine et dans le Moyen-Orient riche en pétrole.

Dans la «mise à jour économique» de mercredi, les libéraux ont récompensé la grande entreprise

avec 16,5 milliards de dollars de plus en baisses d’impôts et en subventions sous le prétexte de

renforcer la «compétitivité internationale» du pays.

Quant à l’affirmation de Hajdu que le gouvernement veut donner une «dernière chance» à la négociation collective alors même qu’il agite la matraque pour forcer un retour au travail des postiers, il s’agissait d’un effort peu convaincant pour camoufler le rôle des libéraux en tant que serviteurs de la grande entreprise. Le monde canadien des affaires voit la lutte des postiers pour des emplois sûrs et sécuritaires et une vie décente pour eux-mêmes et pour leur famille comme étant une atteinte intolérable aux profits et un exemple dangereux pour le reste de la classe ouvrière. Laissant échapper la vraie motivation du gouvernement, la ministre du Travail a déclaré au Parlement que les grèves tournantes ont «eu un sérieux impact négatif» sur «les entreprises, le commerce international (et) Postes Canada».

Le STTP a indiqué qu’il se conformera à la loi et ordonnera aux postiers d’annuler tout débrayage, dès que la loi reçoit l’assentiment royal.

Le syndicat a reçu depuis septembre un mandat massif des membres de la base pour une grève générale. Pourtant, en réponse au geste du gouvernement pour briser la grève, personne au sein de la direction du STTP n’a même suggéré que les postiers devraient transformer leurs grèves tournantes en une grève nationale, sans parler de faire appel à la classe ouvrière pour qu’elle vienne à la défense des postiers.

Au contraire, le président du STTP, Mike Palecek, qui était jusqu’à tout récemment un dirigeant du groupe de pseudo-gauche La Riposte, s’est précipité pour annoncer que le syndicat allait contester

la constitutionnalité de toute loi de retour au travail devant les tribunaux. Les travailleurs, y compris les postiers, ont vécu ce scénario plusieurs fois auparavant. À maintes reprises, les bureaucrates syndicaux ont appliqué les lois antigrèves, en soutenant que les travailleurs dont les luttes ont été criminalisées ne devraient pas se défendre par la lutte de classe, mais chercher plutôt à obtenir réparation devant les tribunaux. C’est-à-dire, par des appels lancés à une partie essentielle de la machine d’État répressive qui fait respecter la dictature de la grande entreprise et qui a joué un rôle clé dans l’offensive contre la classe ouvrière en défendant la constitutionnalité de nombreuses lois antigrèves et anti-ouvrières.

Pour tenter de tromper délibérément les travailleurs, l’appareil du STTP fait grand cas d’un jugement de la Cour supérieure de l’Ontario selon lequel la loi du gouvernement conservateur Harper mettant fin à la grève de 2011 était anticonstitutionnelle. Ce qu’il ne dit pas, c’est que cette décision n’a eu aucun impact en pratique. Les reculs massifs – y compris les coupes dans les pensions et une expansion considérable de l’emploi précaire et à deux niveaux – imposés dans les contrats dictés par

l’arbitre nommé par le gouvernement conservateur demeurent en vigueur.

Dans un autre signe évident que le STTP s’apprête à mettre fin au débrayage, Palecek a publié une déclaration commune avec le président du Congrès du travail du Canada (CTC) Hassan Yussuff pour «condamner» le geste du gouvernement.

Le CTC, avec le plein appui de Palecek et du STTP, a joué un rôle crucial pour aider les libéraux à prendre le pouvoir lors des élections de 2015 avec leur campagne «n’importe qui sauf les conservateurs» qui présentait Trudeau et les libéraux, le parti de gouvernement préféré de la grande entreprise canadienne depuis longtemps, sous un visage progressiste. Yussuff se vante régulièrement de l’accès au gouvernement libéral dont lui et d’autres hauts bureaucrates syndicaux bénéficient, et il a siégé au Conseil consultatif de l’ALÉNA mis en place par le gouvernement du Canada, aux côtés de représentants de premier plan de la grande entreprise.

Dans le communiqué de presse conjoint du STTP et du CTC, Palecek utilise une rhétorique enflammée,

accusant Trudeau d’avoir «révélé son vrai visage» et de partager «le programme antisyndical» de Harper. Mais tout cela n’est que du vent, étant donné que Palecek continue en acceptant servilement un contrat de concessions comme étant inévitable. «Une loi de retour au travail, ajoute-t-il, a de graves conséquences à long terme sur l’atmosphère et les relations de travail. Si on nous impose des conventions collectives qui ne répondent pas à nos principales préoccupations en matière de sécurité au travail, d’égalité pour les factrices et facteurs ruraux et d’accès à de bons emplois sûrs

à plein temps, cela ne fera que jeter de l’huile sur le feu de notre lutte pour regagner le terrain perdu.»

Avec l’appui total des dirigeants de droite du CTC, Palecek et l’appareil du STTP vont invoquer la menace d’amendes de 1000 $ par jour pour les travailleurs s’ils défient la loi libérale brisant la grève pour prétendre que la seule chose qui reste à faire est de se soumettre à la loi.

Mais il était évident dès le début des négociations qu’une loi de retour au travail était le pivot de la stratégie de Postes Canada et que les libéraux, s’il le fallait, répondraient à leur désir et à celui de la grande entreprise, comme ils l’ont fait en 1978, lorsque le père de Trudeau, le premier ministre Pierre Trudeau, a menacé de licencier en masse les postiers après qu’ils ont défié une loi de retour au travail; et en 1997, lorsque les libéraux ont encore privé les postiers de leur droit de grève et de négociation collective.

Mais au lieu de se préparer à une lutte politique contre le gouvernement, en luttant pour faire de la lutte des postiers le fer de lance d’une contre-offensive ouvrière contre le démantèlement des services publics et la violation des droits sociaux des travailleurs, la direction du STTP a tout fait pour les démobiliser et les isoler.

Non seulement le STTP a limité le débrayage à des grèves régionales d’un ou deux jours. Il n’a pas dit un mot sur la menace d’une intervention gouvernementale et il a persisté dans ce silence alors même que le gouvernement, à commencer par la déclaration de Trudeau du 8 novembre sur le fait qu’Ottawa était prêt à utiliser «toutes les options» pour expédier le courrier, brandissait ouvertement la menace d’une loi pour briser la grève.

Cette semaine, après que le gouvernement a signifié le préavis de 48 heures nécessaire pour déposer un projet de loi visant à interdire le débrayage des postiers, Palecek a soudainement déclaré que Postes Canada faisait «comme d’habitude en essayant de provoquer une loi de retour au travail… Ils créent une crise, en l’occurrence une fiction (de courrier non distribué), et attendent ensuite que le gouvernement les renfloue.»

Les mots de Palecek mettent à nu sa propre complicité et de celle de la direction du STTP. Si le gouvernement a tendu une embuscade aux travailleurs, c’est parce que le syndicat qui prétend les représenter a délibérément cherché à les aveugler face à la menace à laquelle ils font face, tout en les empêchant de mobiliser leurs forces pour fermer Postes Canada et faire appel à la classe ouvrière pour obtenir son appui.

Pour que les postiers ne subissent pas une autre défaite, ils doivent prendre la direction de leur lutte des mains de l’appareil du STTP en formant des comités de la base dans tous les lieux de travail pour déclencher immédiatement une grève nationale et se préparer à défier le projet de loi C-89. Pour vaincre l’assaut du gouvernement, il faudra une lutte politique de la classe ouvrière. Les postiers doivent lier leur lutte à l’opposition de masse, mais inarticulée pour l’instant, qui existe face à l’assaut acharné de la grande entreprise contre les droits sociaux et démocratiques des travailleurs et les inégalités sociales.

En défiant le projet de loi C-89, les postiers seraient la cible d’une contre-attaque sauvage de la part de la grande entreprise, de ses laquais politiques au sein du gouvernement libéral, et des tribunaux et de la police capitalistes.

Mais si les postiers font face à de puissants ennemis, leurs alliés potentiels parmi les travailleurs du Canada et du monde entier sont encore plus forts.

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Cette entrée a été publiée le 24 novembre 2018 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, CANADA, LA POSTE.