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Allemagne: Ford annonce des suppressions massives d’emplois dans son usine de Saarlouis !

Par Ulrich Rippert
15 décembre 2018

L’usine Ford de Sarrelouis (Allemagne), à la frontière de la Moselle, a annoncé une suppression de 1 600 postes sur 6 300. De nombreux Lorrains sont concernés.

L’offensive s’intensifie contre les travailleurs de l’automobile dans le monde. Pas une semaine ne se passe sans une nouvelle série de suppressions d’emplois. Suite à l’annonce par General Motors de la fermeture de cinq usines aux États-Unis et au Canada et de l’élimination de près de 15 000 travailleurs horaires et employés, Ford a annoncé ses propres plans de réduction massive des effectifs.

Lundi, lors d’une réunion du personnel à l’usine à Saarlouis, dans le Land de Sarre, la direction locale de Ford a annoncé l’arrêt de la production du modèle C-Max par cette usine. Un quart des 6 300 emplois de Ford-Saarlouis, soit environ 1 600 emplois, doivent partir avec la réduction de trois à deux des équipes. On ne sait toujours pas combien d’emplois seraient perdus, a dit une porte-parole de l’entreprise, ce qui laisse entendre que le total pourrait être plus élevé.

Le représentant du comité d’entreprise a immédiatement cherché à apaiser la colère des travailleurs. Rien n’avait finalement été décidé, a-t-il dit, soulignant que 400 travailleurs devaient quitter l’entreprise à la fin de cette année en raison de leur départ à la retraite. En outre, 500 contrats de travail temporaire expireraient à la mi-2019 et ne seraient pas prolongés, a-t-il dit avec mépris pour ces travailleurs. En outre, plusieurs centaines de travailleurs pourraient accepter un contrat de retraite anticipée.

Il souligna à plusieurs reprises qu’il souhaitait parvenir à une « solution socialement responsable » pour ceux qui perdent leur emploi. L’expression « réduction d’emploi socialement acceptable », constamment utilisée par les comités d’entreprise et les responsables syndicaux, est en fait une menace. Cela signifie que les soi-disant représentants des travailleurs collaboreront étroitement avec la direction de l’entreprise, mèneront des négociations secrètes dans le dos du personnel et accepteront d’aggraver la situation tout en supprimant toute lutte sérieuse pour défendre les emplois.

Malgré les assurances du comité d’entreprise, il est clair que les annonces de Ford-Saarlouis sont le premier volet d’un programme massif de réduction des coûts qui coûtera beaucoup plus d’emplois chez Ford.

Mardi, lors d’une réunion du personnel de l’usine principale de Cologne, l’ambiance était très tendue. Les travailleurs présents attendaient des informations concrètes sur l’avenir de leur emploi, mais ni la direction ni le comité d’entreprise n’ont fait de déclarations claires. Tous deux ont souligné que les négociations sur un programme de réduction des coûts n’étaient pas encore terminées.

Gunnar Herrmann, PDG de Ford Allemagne, également présent à Saarlouis, a parlé à Cologne de « mesures d’adaptation inévitables » résultant de « strictes mesures d’austérité » imposées par le siège de l’entreprise à Dearborn, Michigan.

  1. Herrmann a présenté un rapport détaillé sur la situation des faibles revenus de Ford Europe. Les chiffres étaient alarmants, a-t-il dit. Au deuxième trimestre de cette année, l’entreprise avait déjà perdu 73 millions de dollars en Europe. La situation s’était de nouveau détériorée de manière significative au cours de l’été et Ford a enregistré une perte de 245 millions d’euros pour le troisième trimestre.

Le journal Handelsblatt a rapporté que la direction du groupe américain avait stipulé un taux de profit minimum de six pour cent, considéré maintenant comme indispensable dans l’industrie automobile. Chez Ford à Cologne, où se trouvent les sièges sociaux des entreprises européennes et allemandes, personne ne pense qu’un redressement sera possible d’ici la fin de l’année: « Le groupe américain finira dans le rouge en Europe en 2018 », peut-on lire dans un communiqué.

Le programme d’austérité déjà mis en place pour l’usine de Saarlouis a déjà eu des conséquences dramatiques et les effets se feront bientôt sentir au siège de l’entreprise à Cologne avec ses 18.500 salariés.

Quand le comité de rédaction du WSWS a contacté le président du comité d’entreprise, Martin Hennig, après la réunion de Cologne, il a déclaré qu’il n’était pas en mesure de lui fournir plus d’informations. A la question de savoir s’il y avait des négociations au sein du Comité économique de l’entreprise ou dans d’autres comités, Hennig a répondu: « Bien sûr, il y a des discussions et des négociations, mais aucun résultat jusqu’ici. » Il pouvait seulement dire que l’usine de Cologne est l’une des usines les plus performantes avec un accord de protection de l’emploi jusqu’en 2021. Le comité d’entreprise reconnaissait la situation difficile de l’entreprise, a-t-il déclaré, mais exigerait que Ford respecte ses promesses de sécurité d’emploi.

De telles assurances sont sans valeur. Le comité d’entreprise et le syndicat IG Metall ont l’intention de maintenir les travailleurs dans l’ignorance le plus longtemps possible afin de prévenir toute résistance aux pertes d’emplois prévisibles.

Fin septembre, une réunion d’usine similaire a eu lieu, censée rassurer le personnel. Il y avait alors des rumeurs selon lesquelles toute la production de Ford en Allemagne était en danger après que l’entreprise eut annoncé des « coupes dures ». Le journal britannique Sunday Times avait rapporté que plus de 20 000 emplois étaient menacés de façon imminente.

Un ouvrier en route pour la réunion d’usine a dit alors: « Nous avons vu ce qui s’est passé à l’usine belge de Mondeo à Genk, il y a quatre ans. C’est un exemple de la rapidité avec laquelle ceux qui sont au sommet peuvent fermer une usine. Nous sommes encore sous le choc. »

Ford a déjà annoncé des réductions d’emplois en France et au Royaume-Uni. Le siège social des usines Ford britanniques à Brentwood doit être fermé et ses 1700 emplois perdus. Toutes les activités de la société au Royaume-Uni seront concentrées à l’usine Ford de Dagenham et à celle de Ford Dunton à Basildon. En France, Ford prévoit de fermer son usine de Blanquefort près de Bordeaux à la fin de l’année prochaine. L’usine emploie environ 900 personnes.

En même temps, Ford investit 200 millions d’euros à Craiova, en Roumanie, pour la production d’un autre modèle. Le nombre de travailleurs Ford en Roumanie doit être porté de 1 500 à 6 000. Les employés roumains de Ford travaillent dans des conditions proches de l’esclavage, certains d’entre eux ne gagnant que 300 euros par mois. Début 2018, 4 000 travailleurs de Craiova ont déclenché une grève pour empêcher l’imposition d’un nouveau contrat d’exploitation abusive. Depuis lors, leurs primes d’heures supplémentaires ont été réduites et ils ont été forcés d’accepter de nouveaux horaires de travail « flexibles ».

Ces dernières pertes d’emplois chez Ford font partie d’une attaque massive contre les travailleurs, les usines automobiles et les fournisseurs partout dans le monde. Chez Opel, anciennement propriété de GM, de nouvelles coupes et attaques ont lieu étape par étape depuis la reprise de l’entreprise par le groupe français PSA. L’entreprise allemande Volkswagen se prépare également à de nouvelles attaques contre son personnel. La direction de VW vient d’accepter de construire plus de voitures aux Etats-Unis pour éviter les barrières douanières américaines.

Actuellement, le groupe VW envisage un partenariat avec Ford pour utiliser les installations de production américaines de cette dernière. VW accélère également le développement de ses moteurs électriques, ce qui entraînera invariablement de nouvelles attaques contre les travailleurs de l’automobile.

Partout dans le monde, les directions syndicales et des comités d’entreprise travaillent en étroite collaboration avec la direction pour faire appliquer les réductions d’emplois de manière à réprimer toute résistance. Le recours aux moteurs électriques, les pratiques corrompues des entreprises révélées dans le scandale Diesel-gate, le Brexit, la guerre commerciale croissante et une crise économique générale montrent clairement que les travailleurs de l’automobile sont confrontés dans le monde aux mêmes problèmes et aux mêmes attaques. Dans ce contexte, la réunion organisée par le World Socialist Web Site Autoworker Newsletter (Bulletin des travailleurs automobiles du WSWS) dimanche dernier à Detroit, Michigan, est d’une grande importance. Les participants ont décidé d’organiser des comités de la base, indépendants des syndicats, pour s’opposer aux fermetures d’usines et aux licenciements de masse chez GM.

A la réunion, une travailleuse de Ford de Dearborn a décrit son expérience avec le syndicat UAW (United Autoworkers) qui a imposé un contrat pro-entreprise en 2015 en recourant au mensonge, à l’intimidation et à la fraude électorale. Cela avait « montré que notre syndicat n’est pas de notre côté. Il n’agit pas dans notre intérêt », a-t-elle dit. A partir de ce moment, les travailleurs s’étaient rencontrés à l’extérieur de l’usine et des réunions syndicales, pour discuter de comment défendre leurs propres intérêts, a-t-elle dit.

Les participants à la réunion de Detroit ont adopté une résolution appelant à la création de « comités de base, indépendants des syndicats UAW, d’Unifor [Canada] et d’autres syndicats, dans tous les lieux de travail et quartiers touchés, pour organiser l’opposition à la fermeture des usines ».

Ces comités agiraient pour « Etablir des lignes de communication et de collaboration avec tous les travailleurs, y compris ceux des sous-traitants automobiles, avec les enseignants, les travailleurs d’Amazone, ceux des services et d’autres secteurs, et lutteraient pour l’unité des travailleurs américains avec nos frères et sœurs de classe au Canada, au Mexique et partout dans le monde.

 

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