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Les gilets jaunes du Campanile à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne)

« On est au Campanile », cela veut dire qu’on occupe le rond-point très stratégique de la rocade de Villeneuve-sur-Lot au bord duquel se trouve l’hôtel-restaurant « Le Campanile ».  Ce rond-point dessert en effet les routes d’Agen, de Bergerac et de Périgueux ainsi que l’accès à Villeneuve-sur-Lot centre. Nous nous sommes décidés à y aller le 20 novembre, en gilet jaune, voir comment cela se passait. De nombreux gilets jaunes (environ une centaine en permanence mais certains s’en vont, d’autres arrivent, impossible de faire un comptage précis, cela fait du monde sur H24 !), beaucoup de femmes. Nous ne connaissions personne, nous ne les avions jamais vu.e.s dans des manifs, dans des meetings. Nous sommes dans un petit département de moins de 350.000 habitants (parmi les 16 départements les plus pauvres de France) et les militants de tous bords se connaissent. Un barrage filtrant a été mis en place.  La circulation est intense, de très nombreux poids lourds passent en klaxonnant bruyamment. Trois ou quatre policiers boivent le café avec les gilets jaunes auxquels ils laissent le soin de régler la circulation, sans intervenir. Nous faisons la connaissance d’Olivier, un ancien chauffeur routier, et de Carole, les porte-parole du rond-point.  Une réunion s’improvise autour du feu.  Il s’agit de savoir si tout le monde est d’accord pour la mise en œuvre de la destitution de Macron.  Tout le monde approuve à grands cris. 

Ce jour-là nous voyons un politique de l’UDI avec ses groupies qui tente de s’imposer comme chef.  Il essaiera quelque temps, par la suite, de mettre la division dans le groupe mais finalement, de plus en plus isolé, il sera contraint de se retirer : les gilets jaunes ne veulent pas d’homme politique dans leurs rangs.

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Très vite le rond-point s’est organisé : une cabane-cuisine, une cabane pour se tenir à l’abri, discuter et passer la nuit car les gilets jaunes sont sur le Campanile nuit et jour, un poulailler pour le fun, un grand feu autour duquel on se réchauffe et on discute beaucoup… et un Père Noël avec le visage de Macron, dressé dans un cercueil.  On se relaie pour tenir les barrages. On mange sur place. Durant la semaine, les policiers sont totalement absents.

Des bricoleurs construisent une Tour Eiffel avec des palettes, surmontée d’un drapeau bleu blanc rouge et d’un drapeau jaune : pas besoin d’aller à Paris, nous y sommes !

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Tous les samedis, des actions sont organisées, il y a beaucoup plus de gilets jaunes qu’en semaine, et nous allons faire des barrages devant la grande distribution : Leclerc, Auchan, Intermarché, Lidl : du coup, des parkings aux trois quarts vides avant les fêtes.  Des opérations escargot ont lieu dans la ville, des barrages filtrants à d’autres ronds-points de Villeneuve.

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Nous parlons beaucoup avec les un.e.s et les autres.  Nous entendons ce que Florence Aubenas raconte dans son article du Monde du 15 décembre dernier à propos de nos voisins,  les gilets jaunes de Marmande: les galères, le chômage, le manque d’argent. Des femmes seules à temps partiel des jeunes au RSA, des petits artisans, des retraités et des salariés à moins de 900 € par mois, des agriculteurs. On veut le rétablissement de l’ISF.  Quelques-uns pointent l’argent que nous coûtent les immigrés (mais ne boudent pas les plateaux de gâteaux apportés par des femmes en foulard !), un autre pense qu’il nous faut des militaires à la tête du pays, mais ces idées sont vraiment minoritaires sur le rond-point et nous avançons nos arguments. C’est sûr : des liens se sont créés, de la solidarité, de l’écoute.  On voit rarement des yeux collés au petit écran.  Le plaisir de se retrouver, de se parler, d’être ensemble, c’est un aspect important de ce mouvement.  On nous avait enfermé.e.s avec nos portables, nos ordinateurs (pas pour tout le monde !), nos télévisions ; nous ne nous parlions plus que par écrans interposés et, dans le meilleur des cas, nous militions en cliquant change.org et là, on se rend compte que nous sommes tou.te.s dans la même galère, que notre nombre et notre détermination font trembler Macron et les siens : nous sommes le peuple, c’est à nous de décider, le pouvoir appartient au peuple. On s’informe, on réfléchit, on comprend très bien les mécanismes qui nous maintiennent dans la pauvreté. Nous ne sommes plus les invisibles. Les violences policières sont une réponse bien faite pour attiser la colère.

Olivier circule dans le département pour aller à la rencontre des autres gilets jaunes : Marmande, Tonneins, Damazan, Agen, Fumel … une coordination s’organise, un tract circule avec les revendications des gilets jaunes du 47.

Ces deux dernières semaines, une revendication a pratiquement supplanté toutes les autres : le R.I.C. La semaine dernière, les antifas nous ont alarmés de la présence dans le département d’Etienne Chouard, proche d’Alain Soral, qui a fait une conférence à Agen, se présentant comme universitaire, blogueur et spécialiste du Référendum d’Initiative Citoyenne.

Les Insoumis sont relativement nombreux au Campanile mais discrets.  Pas de tracts, un auto-collant sans logo.

La semaine dernière, la décision de Castaner tombe : il faut évacuer les ronds-points.  Olivier et tous les gilets jaunes derrière lui décident d’obtempérer : on jouera au chat et à la souris en allant d’un rond-point à l’autre, par exemple.

Puis, jeudi dernier, le 20 décembre, la tragédie au barrage du Passage d’Agen : sous les yeux de Carole et d’autres gilets jaunes venus renforcer le barrage,  Olivier est délibérément renversé par un poids lourd et meurt.  L’après-midi même, environ 300 gilets jaunes de Villeneuve et de Fumel se rendent en cortège à la mairie de Villeneuve, très en colère mais sans débordement.

Vendredi après-midi, plus de 500 gilets jaunes venus de tout le département se dirigent silencieusement du Campanile vers le centre-ville de Villeneuve, précédés d’une trentaine de motards gilets jaunes.  Scandant des slogans dont surtout « on lâche rien ! » et la Marseillaise est chantée par deux fois.

La réaction de Castaner le soir a provoqué la colère de tout le monde : la mort d’Olivier ? C’est de la responsabilité des gilets jaunes, ils sont dans l’illégalité !

Samedi, le rond-point est démantelé par les gilets jaunes.  Tout le monde approuve une trêve jusqu’après le nouvel an mais la lutte reprendra.

Bien sûr, le mouvement des gilets jaunes du Campanile a été très affecté par la mort d’Olivier et l’émotion a pris le dessus.  Tout le monde a ressenti douloureusement la disparition de cet homme qui s’était attiré la sympathie de tou.te.s.

Que deviendra le mouvement des gilets jaunes ? la colère est toujours bien présente : on n’a rien obtenu de significatif et la détermination de continuer la lutte reste forte.

 Le rond-point de Fumel/Montayral

 

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