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Retirada 5 février 1939 L’armée républicaine espagnole passe les Pyrénées

Source : Jacques Serieys

 

1) Il y a 70 ans : La Retirada des républicains espagnols, un exode terrible

Depuis le 26 janvier 1939, les hyènes de l’armée franquiste ont pris Barcelone et y font régner la terreur. Dans de nombreux villages de Catalogne, ils fusillent des républicains sans la moindre procédure. Les viols se multiplient.

Celles et ceux qui s’étaient engagés avec les Républicains fuient en désordre, par un froid glacial, sans ravitaillement : c’est la retirada (retraite, repli).

De nombreuses familles tentent, à la nuit, de rejoindre la frontière par les bois sur 100, 200 kilomètres. En quinze jours, près de 500000 républicains fuient ainsi leur pays livré au fascisme franquiste.

Le 5e chapitre du film La Conquête démocratique en Espagne raconte cette fuite des Républicains espagnols vers la France peu de temps avant la victoire complète de Franco en 1939, leur internement dans des camps en particulier sur les plages proches de la frontière.

https://www.youtube.com/watch?v=TBi…

Le 27 janvier, le gouvernement français décide de rouvrir la frontière des Pyrénées. En trois jours 140 000 républicains posent ainsi le pied en terre française, laissant derrière eux leurs amis, leurs biens et leurs espérances.

Parmi les témoignages et documentaires sur ce sujet, nous conseillons le film « L’exode d’un peuple » de Louis Llech, accompagné par Virgile Goller :

https://www.youtube.com/watch?v=D-D…

2) Les autorités françaises et la « Retirada »

Le gouvernement français du radical Edouard Daladier ouvre plusieurs « camps de concentration » pour parquer et surveiller ces républicains espagnols dénoncés comme des « diables » à exterminer par toute la presse de droite et catholique française.

Le gouvernement français choisit la plage d’Argelès-sur-Mer pour « accueillir » les réfugiés venus de Catalogne. Un camp d’internement est ouvert à la hâte. Plus de 200 000 républicains y séjourneront dans des conditions extrêmes (aucun baraquement, aucun lit, aucune latrine, aucune cuisine, aucune infirmerie, par un froid glacial) avant d’être transférés dans les camps de Saint-Cyprien, du Barcarès, de Bram et du Vernet.

Les conditions de vie y sont tellement inhumaines que 15000 personnes décèderont en moins de 6 mois.

Présentation officielle du Camp de Gurs (Béarn)

https://www.youtube.com/watch?v=wOP…

Les Basques au camp de Gurs : Conférence de JC Larronde

https://www.youtube.com/watch?v=SSj…

Camp de concentration du Vernet d’Ariège :

https://www.youtube.com/watch?v=u0g…

Globalement, l’attitude des autorités française (du gouvernement aux préfets et forces de l’ordre) et leur concrétisation sur place vis à vis des réfugiés espagnols peut être caractérisée comme humiliante, non respectueuse des droits de l’homme, parfaitement indigne.

3) La défaite des républicains espagnols, pourquoi ?

3a) La principale cause de cette défaite, c’est la puissance du fascisme européen de 1936 à 1939 et la grande faiblesse des « pays occidentaux » pour y faire face.

Qui a permis à l’armée de Franco de passer d’Afrique sur le sol d’Andalousie ?

d’une part l’argent du grand capital comme dans toutes les initiatives fascistes en Europe. En Espagne, il s’agit surtout de l’homme le plus riche du pays : Joan March Ordinas

d’autre part des riches d’Europe, particulièrement de l’Allemagne nazie.

A qui Franco a-t-il pu acheter les avions qui ont permis ce pont aérien décisif ? A l’Italie de Mussolini.

► La France du Front Populaire se trouve parfaitement isolée en Europe occidentale face aux soutiens fascistes de Franco (Italie, Allemagne, Portugal) et les dirigeants du pays autour du « radical » Daladier, refusent l’aide militaire massive aux « républicains ». Seuls des militants, autour du PCF, organisent une solidarité financière et avec des volontaires : Les fameuses « Brigades Internationales ». La France fait même parti du groupe des non-interventionnistes !

►  Franco reçoit l’aide directe des italiens avec des armes mais aussi des escadrilles et des brigades de volontaires fascistes. Il en va de même avec Hitler qui envoie la « Légion Condor »  qui fera ses classes en bombardant Guernica préfiguration des horreurs nazis durant la guerre suivante !

20 janvier 1936 Edouard VIII, roi fasciste, monte sur le trône du Royaume-Uni

3b) Les Dirigeants Républicains (bourgeois) espagnols se sont trouvés pris dans une contradiction.

Ils avaient besoin de rompre leur isolement international et pour cela ne pas trop pousser aux réformes sociales afin de rester fréquentables par les bourgeoisies « républicaines » occidentales

Ils avaient besoin de prendre des mesures sociales pour renforcer le soutien populaire durant la guerre civile mais risquaient ainsi de rester isolés au niveau international

3c) Les aléas du soutien russe. Le seul soutien réel aux républicains espagnols leur a été apporté par l’URSS mais dans des conditions qui les ont autant affaiblis que renforcés….Comme la corde soutien le pendu !

Le film de Ken Loach, « Land and Freedom », a permis de briser un peu le mur du silence entourant un épisode occulté de la guerre d’Espagne : la liquidation violente, non par les fascistes mais par le camp « républicain » lui-même avec le Parti Communiste Espagnol en fer de lance, d’une des expériences les plus avancées de pouvoir populaire

En juillet 1936, la riposte au coup d’État de Franco, général fasciste allié à Hitler et Mussolini, ne fut pas tellement le fait du gouvernement républicain de Front populaire mais, pour l’essentiel, celui des masses ouvrières et paysannes influencées par l’organisation syndicale anarchiste, la Confédération Nationale du Travail (CNT) et le POUM d’obédience trotskyste. Elles se soulevèrent, notamment en Catalogne, et mirent en échec les putschistes sur une partie du territoire. Pour conduire la guerre antifranquiste, des représentants de la CNT entrèrent au gouvernement républicain. En Catalogne, la CNT, mais aussi le Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (Poum, communiste antistalinien, trotskiste) entrèrent au gouvernement régional, la Generalidad.

Pour autant, malgré les consignes d’ordre et de modération des pouvoirs publics républicains, les travailleurs mirent spontanément en œuvre de très importantes mesures de collectivisation des terres, des transports et de l’industrie. Ce mouvement fut particulièrement massif en Catalogne, la principale région industrielle, avec la création d’une pyramide de comités d’usine, comités locaux et régionaux, qui assuraient, de fait, la gestion de l’économie et de la société, ainsi que les tâches de défense grâce à l’organisation de milices ouvrières. Grâce à son implantation militante et à son influence, la CNT et le POUM y détenaient de fait le pouvoir.

Pourtant, les vieilles institutions légales continuaient d’exister et de se reconstruire, avec l’aide du Parti Communiste espagnol, qui utilisait l’aide soviétique pour asseoir son emprise sur l’État. Son orientation était de « gagner la guerre d’abord, faire la révolution ensuite ». Mais, selon lui, pour « gagner la guerre », il fallait éviter d’effrayer, par des mesures révolutionnaires, les petits propriétaires et de perdre l’appui (très limité) de la France et de l’Angleterre. Il déploya donc tous ses efforts – y compris la répression contre les anarchistes et les poumistes – pour revenir en arrière sur la collectivisation, restaurer la discipline et dissoudre les milices au profit de l’armée et de la police « régulières ».

Défaite

Le 3 mai 1937, les gardes d’assaut – dirigées par les staliniens du Parti Communiste- tentèrent de s’emparer du central téléphonique de Barcelone, alors contrôlé par les travailleurs et la CNT, qui pouvaient ainsi écouter les conversations téléphoniques gouvernementales. Les forces du Parti Communiste furent repoussées ; les travailleurs alertés se rendirent alors dans les locaux de la CNT et du Poum pour s’armer, et ils dressèrent de nombreuses barricades. À partir de ce moment-là, alors que les travailleurs armés étaient maîtres de la ville, les dirigeants de la CNT (suivis par ceux du Poum) recherchèrent le compromis : retrait des barricades, libération des prisonniers, mise en place d’un nouveau gouvernement régional. Le gouvernement accepta le « compromis », sans évidemment la moindre intention de le respecter. Puis, il fit venir des renforts d’autres provinces, alors même que la CNT refusait les offres de service des milices anarchistes désireuses de se porter au secours des travailleurs de Barcelone. Résultat : ces derniers finirent par quitter les barricades, se démobilisèrent et devinrent rapidement victimes de la sévère répression gouvernementale.

De nombreux militants anarchistes et poumistes furent emprisonnés.

Andrès Nin, principal dirigeant du Poum, fut séquestré, torturé, puis assassiné par les services secrets soviétiques.

Andrès Nin kidnappé, torturé et assassiné par les sbires de Staline (16 au 20 juin 1937)

Le Poum fut mis hors la loi. Le gouvernement central espagnol abrogea les mesures de collectivisation et prit directement en main la police et la défense en Catalogne. De fait, les journées de mai, à Barcelone, scellèrent la défaite de la Révolution espagnole, mais aussi la déroute du camp républicain face à Franco. Contrairement à la stratégie revendiquée par le Parti communiste, le refus de la révolution signait aussi la défaite dans la guerre contre les fascistes.

Conciliation

La lutte contre le franquisme et pour la révolution sociale, menée par les masses espagnoles à partir de juillet 1936, constitue une expérience très riche, notamment parce que les différentes stratégies y ont été soumises à l’épreuve de la pratique. Parmi bien d’autres possibles, on en retiendra essentiellement deux leçons. La première concerne l’attitude des courants réformistes. En principe, ils prétendent parvenir aux mêmes objectifs que les révolutionnaires, mais sans rupture et par d’autres moyens : légaux, parlementaires, pacifiques. En fait, ils craignent par-dessus tout la mobilisation et l’activité autonome des couches populaires. En période de calme social, ils se gardent bien de construire la mobilisation.

Mais lorsque la mobilisation, malgré eux, s’est développée et pose des questions politiques de fond, ils font tout pour un « retour à l’ordre » aussi rapide que possible, gâchant ainsi même la possibilité de réformes ambitieuses. Ainsi, en France : Juin 36, la Libération, Mai 68. L’issue est parfois tragique, comme le coup d’État de Pinochet contre l’Unité populaire chilienne. Mais il arrive aussi que les réformistes eux-mêmes organisent la contre-révolution et écrasent dans le sang le mouvement révolutionnaire. Ainsi, les sociaux-démocrates allemands, au lendemain de la Première Guerre mondiale, réprimèrent les ouvriers et assassinèrent Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. Ainsi, les staliniens à Barcelone, en 1937.

Deuxième leçon : l’importance de la capacité d’initiative des révolutionnaires et, à l’opposé, le coût extrêmement lourd auquel se paient toute hésitation et toute tergiversation lorsque la situation politique pose effectivement la question de la prise du pouvoir. L’immense majorité des militants du Poum et de la CNT étaient d’authentiques révolutionnaires. En première ligne contre les fascistes, organisant la mobilisation populaire contre les possédants dans les villes et les campagnes, ils se battaient consciemment pour la révolution et pour une autre société ; pour les uns, elle avait le visage du communisme démocratique débarrassé des monstruosités du stalinisme et, pour les autres, celle du communisme libertaire, de la libre association des travailleurs sans patrons et sans État. Il n’empêche : au moment décisif, tant la direction de la CNT que celle du Poum – qui s’étaient liées les mains en participant à des gouvernements de coalition avec des forces dont l’objectif principal était le rétablissement de l’ordre ancien – furent incapables de mener les travailleurs en armes à la victoire. Elles cherchèrent jusqu’au bout la conciliation, refusèrent d’organiser l’affrontement et contribuèrent même au désarmement des combattants. Avec le résultat tragique que l’on sait. Comme les autres révolutions défaites, la Catalogne rouge et noire de 1937 rappelle qu’une révolution qui s’arrête au milieu du gué creuse sa tombe.

 

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Cette entrée a été publiée le 6 février 2019 par dans anticapitalisme, COMEMORATION, DEBATS, DEVOIR DE MEMOIRE, ESPAGNE, FRANCE.