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Un rapport révèle que les défenseurs du droit du travail en Égypte font face à la « pire répression depuis des décennies »

22 janvier 2019 par Front Line Defenders syndicalisme

Selon un nouveau rapport publié aujourd’hui à Paris par Front Line Defenders, les syndicalistes, les avocats experts en droit du travail et les ouvriers qui organisent des grèves en Égypte sont victimes de torture, de licenciements collectifs et de procès militaires.

Ce rapport présente une enquête spéciale sur la détention et les procès militaires actuellement intentés contre 26 ouvriers civils d’Alexandria Shipyard, où l’entreprise française Naval Group (en majorité détenue par l’État français), est actuellement présente en raison d’un contrat de plus d’un milliard d’euros signé avec le ministère égyptien de la Défense. Télécharger le rapport

La pauvreté touchant de plus en plus d’Égyptiens de la classe ouvrière dans un contexte économique difficile, l’activisme revendiquant des conditions de travail sûres, un salaire minimum et la liberté de rassemblement, est essentiel. Le régime du président Abdel Fattah Al-Sissi punit les défenseurs du droit du travail par des arrestations, des disparitions, des passages à tabac en prison, des actes d’intimidation de la part des forces de sécurité, des licenciements collectifs, des retenues de salaires et d’indemnités, et des procès devant des tribunaux militaires. Plusieurs militants qui participent à des grèves ouvrières depuis les années 1960 ont dit à Front Line Defenders que dans leur vie, ils n’ont jamais fait face à un tel niveau de violence et de représailles contre leur activisme en faveur du droit du travail.

Au moment où le ministère de la Défense, qui contrôlerait plus de la moitié de l’économie du pays, rachète plus de terres, d’usines, d’hôpitaux et d’hôtels, les défenseurs du droit du travail occupent une place particulièrement dangereuse dans une économie égyptienne de plus en plus militarisée. Organiser des mouvements dans des entreprises ou des secteurs gérés par l’armée expose les DDH à un risque accru et direct de poursuites militaires.

L’entreprise française Naval Group, majoritairement détenue par l’État français, est engagée dans des contrats de construction navale avec l’Égypte pour un montant de plus d’un milliard d’euros, dans une usine d’Alexandrie détenue et gérée par l’armée. Des ouvriers du chantier naval, des organisateurs de grève et des militants d’Alexandria Shipyard sont jugés par un tribunal militaire depuis juin 2016, après une grève pacifique lors de laquelle ils réclamaient un salaire minimum, du matériel de sécurité et des primes.

Des employés de l’entreprise française étaient présents sur le chantier naval durant la grève, le blocage, les licenciements collectifs et les procès intentés contre les DDH et les ouvriers. Pendant que les procès militaires se déroulaient, les contrats de défense français passés avec l’Égypte ont augmenté, pour atteindre trois milliards d’euros.

Front Line Defenders a mené une enquête approfondie pendant neuf mois sur la présence de Naval Group dans les locaux d’Alexandria Shipyard. Le chantier naval appartenant au gouvernement égyptien, Naval Group a une responsabilité claire, en vertu de son propre code de conduite, des normes de l’OIT, des Principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’Homme, et potentiellement en vertu de la loi française récemment adoptée sur le devoir de vigilance, de respecter les droits humains dans le cadre de toutes ses opérations, y compris lorsqu’elle opère par le biais de sous-traitants.

Lors du lancement du rapport ce matin, au siège de la CDFT à Paris, le coordinateur de protection de Front Line Defenders pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Moataz El Fegiery, a déclaré : « Le droit du travail est devenu l’un des sujets les plus dangereux dans le pays pour les DDH qui veulent effectuer des recherches, dresser des rapports et s’organiser dans ce domaine. Pendant des décennies, cela a été le plus grand rassembleur social en Égypte et il est clair que le régime Al-Sisi est terrifié par la force collective des ouvriers, des syndicats et des militants. Rien que la semaine dernière, nous avons reçu plusieurs informations à propos de défenseurs du droit du travail convoqués à des interrogatoires et menacés d’être arrêtés.

 

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