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A la SNCF, les syndicats ont appelé à la grève pour dénoncer les conséquences de la réforme ferroviaire

Y a-t-il un syndrome France Télécom à la SNCF ? Un an après l’adoption de la réforme ferroviaire qui s’apprête à transformer en profondeur, à partir du 1er janvier 2020, la compagnie nationale des chemins de fer, les syndicats de cheminots tirent le signal d’alarme sur des conditions de travail fortement dégradées, une hausse des risques psychosociaux, et un climat social de plus en plus lourd.

Les cheminots prennent de plein fouet un choc culturel et une adaptation au pas de course de l’entreprise. La réforme prévoit que, dans un peu plus de six mois, les établissements publics constituant la SNCF soient transformés en sociétés anonymes, que l’embauche des cheminots au statut s’arrête, le tout sur fond de concurrence ferroviaire en préparation.

Dans ce contexte, et face aux incertitudes qui demeurent sur l’application de la réforme ferroviaire, les quatre syndicats de cheminots représentatifs du groupe public ferroviaire (CGT, UNSA, SUD et CFDT) appellent à une manifestation nationale unitaire mardi 4 juin à Paris, la première depuis les grandes grèves du printemps dernier contre la réforme. Des préavis de grève en ordre dispersé (plus de 200 au total) ont également été déposés. La SNCF prévoit des perturbations de circulation limitées sur l’ensemble du réseau mardi. Le trafic devrait être normal à l’exception des TER dans les Hauts-de-France (un train sur deux) et dans le Centre-Val-de-Loire (un train sur cinq).

De nombreux suicides

« Nous avons la confirmation que la réforme est basée sur un mensonge », assène Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, premier syndicat du groupe ferroviaire.

« Ce qui était annoncé n’a pas été tenu. Des petites lignes ferment, la convention collective de haut niveau promise ne verra pas le jour, les régions baissent leurs contributions. Le système ferroviaire est pris dans un étau et la seule variable d’ajustement est la productivité. »

« Le malaise social est profond, ajoute M. Brun. On sabre dans les effectifs des gares où 1 000 emplois d’agents ont été supprimés en neuf mois. On raye d’un trait de plume des postes de vendeurs, de contrôleurs. » Selon lui, 4 000 cheminots sont inscrits en attente d’une affectation dans les Espaces Initiatives Mobilité (EIM), sortes de Pôle emploi interne à l’entreprise. « Ils sont peut-être même un peu plus de 5 000, dont beaucoup de cadres, ajoute Roger Dillenseger, secrétaire général de l’UNSA-Ferroviaire. Les changements sont rapides et très importants – nous allons par exemple passer de 480 métiers ferroviaires à 80 – et la direction a tendance à en sous-estimer les conséquences. »

« La direction m’informe d’un suicide par semaine en moyenne »

Chez SUD-Rail, le discours est plus rude encore et on n’hésite pas à faire le lien entre la « violence managériale de l’entreprise » et un nombre élevé de suicides dans l’entreprise que le syndicat contestataire estime à une vingtaine depuis le début de l’année. « La direction m’informe d’un suicide par semaine en moyenne », confirme Laurent Brun. Cela donnerait, en extrapolant, une cinquantaine de suicides sur un an, ce qui constituerait un doublement du taux de suicide à la SNCF par rapport à la moyenne nationale (9 000 suicides en France, soit 0,015 % de la population).

Du côté de la direction, on refuse de valider ces chiffres, les services des ressources humaines se contentant d’indiquer que huit suicides depuis 2013 ont été classés par la Commission spéciale des accidents du travail et des maladies professionnelles (CSAT) comme liés au travail avec un maximum de deux par an et aucun en 2018.

Mise en place d’une politique de vigilance

« Il y a une minimisation liée au fait que la CSAT est aussi l’organisme indemnisateur, affirme Bruno Poncet, secrétaire fédéral de SUD-Rail. Nous avons l’exemple d’un jeune cheminot de 20 ans qui s’est jeté sous un train l’an dernier. Il souffrait de problèmes familiaux et demandait un aménagement horaire qui lui a été refusé. Conclusion : il n’a pas été fait de lien avec son travail, contre toute évidence. »

« On prend les choses très au sérieux. Il n’y a aucune sous-estimation, aucun déni »,répond Guillaume Pepy, le président de la SNCF. Et précise :

« La situation sociale est en réalité très contrastée selon les métiers : à SNCF Réseau ou dans les trains d’Ile-de-France, on embauche à tour de bras. De l’autre côté du spectre, dans les TER, qui sont soumis à des contraintes fortes de productivité, il peut y avoir du malaise. Et dans ces situations, nous traitons ces sujets de la façon la plus ambitieuse possible. »

Anticipation des situations délicates, accompagnement par des cabinets spécialisés, réinternalisation de certains métiers comme la relation clientèle, maintien des collectifs de travail, recours aux 2 800 soignants de la médecine d’entreprise… La SNCF assure mettre en place une politique de vigilance face aux effets de la réforme.

Signe de cette volonté, et aussi peut-être d’une certaine inquiétude, la direction va mettre en place, à partir du 24 juin, un « atelier de la transformation sociale ». Cet organisme aura la latitude de faire une analyse critique de la politique de la SNCF. Parmi les quatre membres indépendants, on trouve Bruno Mettling, ancien DRH d’Orange, celui qui fut le pompier social de l’entreprise après la crise dite « des suicides ».

Le Monde

 

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Cette entrée a été publiée le 5 juin 2019 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, CHEMINOTS, FRANCE, SNCF.