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Age pivot et espérance de vie : ce que l’exécutif préfère taire !

Par Lilian Alemagna — 15 décembre 2019

 

C’était «la ligne rouge» de la CFDT : un «âge d’équilibre» à 64 ans pour partir avec une retraite à taux plein. Et le gouvernement se garde bien de préciser que ce seuil est censé être repoussé pour les jeunes générations.

Et si le futur «âge d’équilibre», mis sur la table la semaine dernière par Edouard Philippe pour «inciter les Français à travailler plus longtemps», ne restait pas à 64 ans ? Et si, pour les générations nées en 1980, 1990 et au-delà, il était finalement de plus de 65, 66 ou 67 ans ? Vu la crise provoquée par la mesure – qui a conduit la CFDT à rejoindre la mobilisation -, le gouvernement se garde bien d’expliquer le fonctionnement concret de cette «mesure d’âge» assortie d’un bonus-malus, pour laquelle plaidait Matignon afin de maintenir l’équilibre (d’où son nom) des caisses de retraite. Et pour cause, cela viendrait ruiner un argument majeur de la majorité : en faisant passer de 67 ans à 64 ans l’âge d’annulation de la décote, les personnes qui n’ont pas assez cotisé – car elles ont eu notamment des difficultés personnelles et professionnelles – pourront partir plus tôt à la retraite avec une pension complète. «Un progrès social majeur», a défendu le Premier ministre dans son discours, mercredi. «Je rappelle que 80 000 femmes chaque année sont contraintes d’attendre 67 ans pour liquider leur retraite parce qu’elles n’ont pas assez de trimestres travaillés, a-t-il souligné à la tribune du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Ces femmes pourront à terme toucher leur pension deux à trois ans plus tôt qu’aujourd’hui.»

En réalité, cela ne fonctionne pas forcément pour celles qui ont aujourd’hui entre 20 et 30 ans. Car dans une interview à Libération, le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, a confirmé vendredi qu’il serait «logique», comme il l’avait proposé en juillet dans son rapport, que cet «âge d’équilibre» (qu’il appelait alors «âge du taux plein») évolue en fonction de l’espérance de vie. «C’est un âge d’équilibre, il doit prendre en compte la situation économique, par rapport à la situation démographique, admettait-il. Mais ce sera aux partenaires sociaux, dans le cadre de la gouvernance, d’en décider.» Dans son rapport, Delevoye expliquait ainsi que le futur «pilotage de l’âge du taux plein» devrait «tenir compte de l’évolution de l’espérance de vie et de l’allongement de la durée passée en retraite». Cela donnait un âge pivot à 64 ans, certes, mais pour la génération née en… 1963. Pour la génération 1980 c’était, sous sa plume, 65,4 ans puis 66,25 ans pour la génération 1990. Et on peut facilement extrapoler que les générations 2000 et 2010 iront jusqu’à 67 ans… Difficile, donc, d’imaginer que cet âge d’équilibre détaillé mercredi par Philippe reste longtemps à 64 ans.

«Règle d’or».
La raison en est simple : le gouvernement tient à ce que ressources et dépenses de retraites s’équilibrent et que la future gouvernance paritaire, composée de représentants des syndicats et du patronat, garantisse cette «règle d’or». Or, il a exclu tous les autres leviers qui permettraient de garantir cet équilibre dans un contexte de vieillissement de la population et de faible croissance : pas de report de l’âge légal (promesse du candidat Macron), ni de hausse de cotisations sociales (pour cause de «compétitivité») et interdiction de toucher aux pensions des retraités (le gouvernement Philippe s’y est déjà essayé et a dégusté). Pour maintenir l’équilibre, l’exécutif ne laisse donc pas d’autre choix aux partenaires sociaux que de jouer sur cet âge d’équilibre. Dans son rapport de juillet, Delevoye prévoyait qu’à chaque année d’espérance de vie en plus pour une génération, l’âge d’équilibre puisse augmenter de huit mois.

Pour ne pas ajouter d’inquiétudes supplémentaires, Matignon refuse d’évoquer le sujet et renvoie les futurs arbitrages aux partenaires sociaux qui intégreront la gouvernance. «Elle devra prendre ses responsabilités», répondent les conseillers du Premier ministre, insistant sur l’importance de ce «dialogue social renforcé». Refus net de la CFDT. «C’est très simple, explique Laurent Berger, son secrétaire général, dans le Journal du dimanche. Pour que la CFDT porte un autre regard sur ce projet de loi, le gouvernement doit accepter de retirer l’âge d’équilibre. Un point, c’est tout.»

Pour l’instant, Matignon se concentre sur la seule solution préconisée par le chef du gouvernement pour combler le déficit actuel du régime de retraite si les partenaires sociaux ne lui proposent pas autre chose dans le courant de l’année 2021 : instaurer dès le 1er janvier 2022 cet âge d’équilibre. Pas «d’un coup d’un seul» à 64 ans, a promis le chef du gouvernement mais de façon progressive : les actifs partant en retraite en 2022 ne pourraient pas bénéficier de leur pension à taux plein (même s’ils ont tous leurs trimestres de cotisation) avant l’âge de 62 ans et 4 mois. Cette nouvelle borne augmenterait ensuite de quatre mois par an «pour atteindre progressivement l’âge d’équilibre du futur système, soit 64 ans en 2027», précise le dossier de presse du futur projet de loi, attendu le 22 janvier en Conseil des ministres.

Salle des fêtes.
S’ils partent avant ces nouvelles bornes, les actifs verront s’appliquer un «malus» de 5 % par an sur leurs pensions. S’ils vont au-delà et qu’ils ont tous leurs trimestres (168 à 172 trimestres selon leur année de naissance), ils auraient droit à 5 % de «bonus» par an. Un mécanisme complexe que les responsables de la majorité ont beaucoup de mal à expliquer. La semaine dernière, plusieurs d’entre eux se sont emmêlé les micros. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a par exemple expliqué (avant de se corriger) qu’en cas de départ à la retraite avant l’âge d’équilibre, «on paie [rait] un malus pendant deux ans et à partir de 64 ans, on revien[drait] à taux plein». Cette proche de Macron confondait donc les règles du jeu dans le régime général actuel (si on part avec une décote sur sa pension, on la garde jusqu’à sa mort) qui s’appliqueront au futur système universel avec celle des régimes complémentaires Agirc-Arrco (dans lequel un éventuel «malus» disparaît à 63 ans).

On peut comprendre que même les macronistes historiques aient du mal à suivre. Cet «âge d’équilibre» n’a jamais été mentionné dans la campagne présidentielle en 2017 et le président de la République avait souligné, fin août, sa «préférence» pour une autre solution, «plus juste» pour ceux qui ont commencé à travailler tôt : l’allongement de la durée de cotisation. Mais ce serait un peu vite oublier que celui qui, le premier, a mis cette question sur la table est le même Emmanuel Macron. C’était le 25 avril à l’Elysée. Devant les journalistes réunis dans la salle des fêtes pour la première grande conférence de presse du quinquennat, le chef de l’Etat évoque sa solution pour «travailler davantage» et fait remarquer, citant Delevoye, que «le point d’équilibre de notre régime de retraites, il est autour de 64 ans» : «Et donc, ce sur quoi peut travailler le gouvernement avec le Parlement, c’est de regarder si on peut allonger la période de référence […] pour avoir un système de décote qui incite à travailler davantage mais sans forcer tout le monde.» Mercredi, le Premier ministre n’a donc fait que préciser ce que le Président, huit mois plus tôt, avait versé au débat.

 

 

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Cette entrée a été publiée le 19 décembre 2019 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, ETAT POLICIER, FRANCE, RESISTANCES, retraites.