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A Blois, un Ehpad public va céder sa place à un hôtel de luxe ! La casse du service public continue !

Un Ehpad en bord de Loire va être vendu et remplacé par un hôtel 5 étoiles. Une fermeture de 77 lits qui irrite une partie du personnel soignant, en grève depuis l’été.

Par Jordan Pouille Publié le 24 décembre 2019 à 09h26

C’est un bâtiment offert aux Blésois par le frère du roi Louis XIII en 1657, devenu hospice au XIXe siècle puis Ehpad, avec une unité Alzheimer et un portail électrique antifugue. Les lits médicalisés sont neufs, mais les derniers travaux remontent à la fin des années 1970. « Je n’oserais même pas mettre ma mère là-dedans », confie Olivier Servaire-Lorenzet, le directeur du centre hospitalier Simone-Veil de Blois, dont dépendent cinq grandes maisons de retraite y compris celle-ci.

Ce dernier vient de signer un compromis de vente avec un promoteur désireux d’en faire un hôtel 5 étoiles, avec spa et restaurant gastronomique, et digère mal les critiques à son égard : « On me traite de directeur-vendeur mais les chambres n’ont pas de douche, certaines mesurent à peine 9 m2 et nous n’y mettions plus personne. Il aurait fallu des millions pour tout rénover et nous ne les avions pas ! »

Le porteur du nouveau projet, Yvan Saumet, actuel président de la chambre de commerce et d’industrie du Loir-et-Cher et ex-dirigeant actionnaire d’une clinique privée revendue récemment, avait d’abord envisagé le rachat de l’Hôtel-Dieu, sur le quai d’en face. Mais l’Ehpad Gaston-d’Orléans, aux allures de château, au bord d’une route peu fréquentée, face à la Loire et avec vue imprenable sur le centre ancien et la cathédrale Saint-Louis, était manifestement plus séduisant. Lorsque l’acte notarié sera signé, les 62 résidents, dont trois couples, le personnel et les visiteurs bénévoles, auront quatre mois pour quitter les lieux. Ils rejoindront, pour la plupart, les structures existantes.

« Trente minutes de soins toutes les vingt-quatre heures »

Irène [le prénom a été changé], aide-soignante dans cet Ehpad depuis vingt-huit ans, n’attendra pas sa nouvelle affectation. « J’ai commencé le métier à 16 ans, alors je prendrai ma retraite à 60 ans, au 1er juillet, quoi qu’il arrive, car je n’aime pas le flou », dit-elle en servant le repas à Agnès, 91 ans, qu’elle côtoie depuis onze ans. « J’espère juste que mon frère continuera de venir me voir dans ma prochaine maison, où qu’elle soit », répète cette résidente en préparant ses cartes de vœux.

Cette vente intervient dans un contexte social difficile. Depuis juin, le personnel de trois des cinq Ehpad dépendants du centre hospitalier multiplie les grèves pour dénoncer un manque d’effectifs chronique. « Actuellement, les résidents de nos Ehpad reçoivent trente minutes de soins toutes les vingt-quatre heures, a calculé Katia, infirmière et déléguée CGT. Là, ce sont 77 lits qui vont disparaître du parc public dans quelques mois, dans un département à la population vieillissante. »

Pour pallier la disparition de l’Ehpad Gaston-d’Orléans, l’agence régionale de santé met en avant trois solutions alternatives : un nouvel établissement de 15 places, mais pas avant 2021, la création de 30 places « hors les murs », soit une prise en charge à domicile, et l’ouverture d’une nouvelle unité Alzheimer de 15 lits dans un Ehpad existant. « Donc on sera perdants », déplore Katia, qui rappelle qu’un autre bâtiment – l’Ehpad La Pinçonnière 2 – souffre lui aussi de vétusté : son projet de rénovation a été suspendu et laisserait craindre, là encore, une fermeture.

Quant au promoteur, son permis de construire vient de lui être accordé et les premiers entrepreneurs appelés à transformer les lieux ont été désignés. Sauf retard pour cause de fouilles archéologiques – un sanctuaire gallo-romain a été découvert à proximité en 2013 –, les premiers clients du palace sont attendus en mars 2021. « J’espère qu’ils n’auront pas le tableau de notre cher duc », déclare Agnès, en admirant l’immense portrait de Gaston d’Orléans qui domine la salle à manger.

Jordan Pouille (Blois, correspondant)

 

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Cette entrée a été publiée le 26 décembre 2019 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, EHPAD, FRANCE, PERSONNES AGEES, PRIVATISATIONS, santé.