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Les femmes, premières victimes des inégalités, dénonce Oxfam !

Le creusement des inégalités s’est accentué en 2019, atteignant désormais un niveau insupportable, selon le nouveau rapport d’Oxfam. L’accumulation des richesses entre les mains de milliardaires qui sont essentiellement des hommes se poursuit à un rythme effréné. À l’autre bout de l’échelle, les femmes sont les plus exposées à la pauvreté et à la précarité.

La multiplication des crises sociales et politiques à travers le monde tout au long de l’année 2019 en aura été un signal fort. Le nouveau rapport d’Oxfam sur les inégalités dans le monde, publié ce 20 janvier, en apporte confirmation : l’accumulation des richesses et des patrimoines entre quelques mains, produit d’un capitalisme financier autocentré et totalement déconnecté de l’économie réelle, a désormais atteint des proportions vertigineuses. Insoutenables.

Depuis cinq ans, Oxfam a pris l’habitude de faire un état des lieux des inégalités dans le monde, avant le sommet de Davos qui réunit les puissants de ce même monde. Face aux beaux discours des responsables financiers et politiques sur « un capitalisme responsable », sur « une croissance écologique et inclusive », l’ONG déroule la réalité brutale des chiffres pour donner à voir le dérèglement du monde.

Chaque année, le constat est un peu plus accablant. « Les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus de deux fois la richesse de 90 % de la population (6,9 milliards de personnes) », assène le rapport d’Oxfam. Avant de poursuivre : « Les milliardaires du monde entier, c’est-à-dire seulement 2 153 personnes, possèdent plus de richesses que 4,6 milliards de personnes, soit 60 % de la population mondiale. »

Ces chiffres viennent confirmer la grande déformation économique à laquelle nous assistons depuis plusieurs décennies. L’abaissement continu de la fiscalité sur les grandes fortunes et sur le capital, l’évasion fiscale institutionnalisée (Reprenant les études de l’économiste Gabril Zucman, le rapport rappelle que les grandes fortunes soustraient environ 30% de leur richesse à l’impôt) , la chute de la fiscalité sur les sociétés, décidée afin de maximiser les profits et la rentabilité du capital, sont pour Oxfam à l’origine de l’enrichissement sans fin des plus grandes fortunes.

À cela, il convient d’ajouter les politiques monétaires non conventionnelles des grandes banques centrales, menées en soutien continu du monde financier. Les quelque 7 000 milliards de dollars qu’elles ont distribués tout au long de la décennie ont été captés dans leur quasi-intégralité par la sphère financière, créant des surprofits injustifiés et un creusement des inégalités sans précédent, dont un jour les banques centrales devront rendre compte.

Le fossé entre capital et travail, assumé par le monde financier et politique, ne cesse de s’élargir. « Entre 2011 et 2017, les salaires moyens dans les pays du G7 ont augmenté de 3 %, alors que les dividendes des riches actionnaires ont bondi de 31 % », rappelle l’ONG. Des chiffres qui permettent de comprendre l’origine du malaise démocratique qui traverse tout l’Occident.

La déconnexion des grandes fortunes mondiales avec le reste du monde n’a jamais été aussi affirmée. Les milliardaires ont fait sécession. Ils vivent désormais dans un monde à part. À titre d’illustration, le rapport d’Oxfam revient sur le cas de Bernard Arnault, non par jalousie ou par haine des riches, mais parce qu’il permet de prendre la mesure du dérèglement.

En six mois, le patron de LVMH a vu sa fortune augmenter de quelque 30 milliards d’euros. Le 16 décembre dernier, il est même devenu pendant un moment l’homme le plus riche du monde avec 110 milliards de dollars d’actifs, devant Jeff Bezos, le patron d’Amazon. Derrière cette augmentation spectaculaire de sa fortune, qu’y a-t-il ? Pas de vrai changement économique, pas de nouvelle création de valeur. Juste le jeu des indices boursiers, de la simple spéculation financière et boursière.

Oxfam s’est livré à un petit calcul économique idiot mais qui traduit bien l’absurdité du système actuel, les inégalités et les dysfonctionnements qu’il génère. « Si quelqu’un avait pu économiser l’équivalent de 8 000 euros par jour depuis la prise de la Bastille (14 juillet 1789), il n’arriverait aujourd’hui qu’à 1 % de la fortune de Bernard Arnault », dit le rapport.

Loin d’être une exception, Bernard Arnault n’est que l’exemple le plus emblématique du capitalisme tel qu’il prospère en France. Alors que tous les thuriféraires d’une orthodoxie néolibérale ne cessent de dénoncer toutes les entraves mises à la « libéralisation des énergies », de fulminer contre « l’égalitarisme » qui sévit dans ce pays, c’est une tout autre image que renvoient les chiffres d’Oxfam. Selon ses calculs, la France compte aujourd’hui 41 milliardaires, soit quatre fois plus qu’avant la crise financière de 2008. « Les milliardaires français ne se sont jamais aussi bien portés. En 2018, leur fortune a augmenté plus vite que [celle d]es autres milliardaires dans le monde : la fortune des 14 premiers milliardaires français a augmenté de 34,8 % depuis le 31 décembre 2018, soit 68,8 milliards d’euros, c’est deux fois plus que les milliardaires chinois (17 %) et américains (15 %) », relève le rapport. À eux seuls, toujours selon Oxfam, les sept premiers milliardaires français possèdent autant que les 30 % les plus pauvres. Parmi eux, il n’y a qu’une femme : Françoise Bettencourt Meyers, héritière du groupe L’Oréal.

La fortune, une affaire d’hommes

C’est un des autres constats du rapport d’Oxfam : la fortune, c’est d’abord une affaire d’hommes. « Notre système économique a été bâti par des hommes riches et puissants qui continuent de définir les règles et de se garder la part du lion », insiste le rapport. Ainsi, selon l’ONG, les hommes détiennent 50 % de richesses de plus que les femmes dans le monde. Ce sont aussi eux qui cumulent le pouvoir économique et politique. Seulement 18 % des ministres et 24 % des parlementaires dans le monde sont des femmes. Dans l’entreprise, les postes de responsabilité et de direction sont d’abord occupés par les hommes. Quant à l’égalité salariale, en dépit des belles promesses réitérées, elle reste fictive.

Sans surprise, les femmes sont celles qui subissent le plus les inégalités, qui se retrouvent au bas de l’échelle. Dans le capitalisme financier, comme l’a relevé l’universitaire David Graeber, les métiers qui ont une utilité sociale (infirmières, enseignants, éboueurs, etc.) sont considérés comme de peu de valeur, bien moins en tout cas que la profession de trader, de banquier d’affaires et d’auditeur. Ce sont aujourd’hui les métiers les plus mal payés, les plus dévalués. Or, ce sont ces métiers à forte dimension d’utilité sociale que les femmes assurent en priorité.

Aujourd’hui, ces postes sont les premières cibles des programmes d’austérité et d’économie, les grandes institutions internationales comme le FMI les considérant comme un luxe que nombre de pays ne peuvent plus se permettre. « Plutôt que d’étoffer les programmes sociaux et les dépenses pour investir dans les services de soin et lutter contre les inégalités, les pays augmentent les impôts de la frange pauvre de la population, réduisent les dépenses publiques et privatisent l’éducation et la santé », s’indigne Oxfam, en citant les exemples de la Tunisie, de l’Égypte ou de la Jordanie.

Les femmes s’en trouvent doublement pénalisées, d’abord dans leur travail et leur autonomie financière, mais aussi parce qu’elles sont les premières bénéficiaires des programmes sociaux et des aides. Car ce sont elles qui assument majoritairement la charge du travail domestique, de l’éducation des enfants, de la prise en charge des personnes âgées de la famille. Des charges qui représentent des temps de travail importants, jamais rémunérés et même jamais évalués.

Alors que les inégalités ne cessent de se creuser, renvoyant les femmes au plus bas de l’échelle, Oxfam redoute que ce ne soit encore elles qui aient à supporter en premier les dérèglements du changement climatique. « À l’horizon 2025, jusqu’à 2,4 milliards de personnes pourraient vivre dans des zones où les réserves d’eau sont insuffisantes. Les filles et les femmes devront donc parcourir à pied des distances toujours plus longues pour collecter de l’eau. Le changement climatique réduira également la quantité de denrées alimentaires produites et les maladies seront plus nombreuses, ce qui accentuera la pression et la somme de temps demandée aux filles et aux femmes, qui devront assurer la charge de travail supplémentaire et y consacrer encore plus d’heures dans leur journée. » Mais de cela comme de tout le reste, les 1 % les plus riches n’ont pas grand-chose à faire. Ils prospèrent.

 

MEDIAPART 20 janvier 2020 Par Martine Orange

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