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Syndicats «réformistes» vs «contestataires», une lutte qui sert Macron, le patronat et la CFDT ?

Les différents gouvernements, les politiques et une partie de la presse opposent les syndicats dits «réformistes», à ceux qui contestent les réformes gouvernementales. Mais par cette sémantique caricaturale, l’opinion n’est-elle pas manipulée ?

La réforme des retraites cristallise le monde syndical dans une opposition entre d’un côté la CFDT, la CFTC ou l’UNSA – plutôt favorables au nouveau système à points et au projet gouvernemental – et la CGT, FO ou SUD, fortement opposés à l’actuel plan gouvernemental.

Dans la pensée collective s’est donc installée une opposition entre des syndicats qui seraient vus comme sérieux, définis comme «réformistes», et les autres, «contestataires», qui seraient uniquement vus comme «radicaux». Une partie de la presse, à travers les éditorialistes, profite de cette dualité pour simplifier les débats. Dans le dictionnaire Larousse, la réforme signifie «le changement de caractère profond, radical apporté à quelque chose, en particulier à une institution, et visant à améliorer son fonctionnement». La réforme est donc vue comme positive, dans le langage courant les «réformistes» aussi. Cela est-il néanmoins justifié ?

La sémantique est un enjeu de communication. Les premiers (CFDT ou UNSA) bénéficient effectivement d’épithètes positifs. Le patron de l’UNSA, Laurent Escure, est par exemple qualifié par le JDD de «réformiste combatif». Les organisations de la deuxième catégorie (Solidaires ou CGT) sont, pour leur part, régulièrement qualifiés par les éditorialistes dans des termes à connotation négative, les considérant comme forcément archaïques, désuets ou substrat de la radicalité contestataire. Bref extrémistes. Les différents politiques – particulièrement ceux qui ont participé aux gouvernements – qu’ils soient de droite ou plus marqués dans le social-libéralisme jouent aussi de cette opposition.

La CFDT, l’UNSA et la CFTC approuvent cette différenciation, même si Laurent Escure (UNSA) avoue qu’il n’aime pas le terme «réformiste». «Cela supposerait que l’on soutient toutes les réformes», confie-t-il au JDD le 13 janvier. En face, le leader de la CGT, Philippe Martinez, réfute de se voir déposséder du terme «réformiste». En mai 2019 lors du congrès de la CGT, il se décrit ainsi lui-même comme «réformiste» et «contestataire».

En fait, Philippe Martinez pointe ici du doigt – à juste titre – les limites du terme «réformiste» imposé par certains pour légitimer tel ou tel syndicat. Le fait de diviser le front syndical entre réformistes et ceux qui ne le sont pas (donc extrémistes) induirait que ceux-ci ne proposent pas de réformes. Or, sur la réforme ferroviaire ou sur les retraites, la CGT, FO ou Solidaires suggèrent bel et bien des contre-réformes. Philippe Martinez l’assure d’ailleurs : «Par essence, le syndicalisme est réformiste, à condition qu’on se mette d’accord sur ce qu’est une réforme. La casse du code du travail, ce n’est pas une réforme. La semaine de 32 heures, c’est une réforme.»  Solidaires, pour sa part, se définit comme un «syndicat de lutte».

Il y a aussi les originaux que les médias arrivent difficilement à étiqueter, tels que la CFE-CGC (syndicat de l’encadrement). Alors qu’elle a eu jadis les honneurs de faire partie du groupe des syndicats «réformistes», la CFE-CGC a peu à peu basculé pour se définir davantage dans une recherche de troisième voie, critiquant de fait fermement les réformistes de la CFDT ou de la CFTC. Son président, François Hommeril, affirme ainsi le 1er octobre 2019 : «Le réformisme est un gros mot, c’est une assignation à résidence. [Il suppose que] quoi qu’il arrive, on s’enlève une capacité à critiquer tel ou tel projet de réforme, ce qui ne nous paraît pas aller dans le bon sens.»

Le constat de la CFE-CGC est révélateur de l’opposition syndicale sur l’actuel projet de réforme des retraites. Les dits «réformistes» n’ont jamais caché leurs positions favorables à la réforme des retraites à points,  ayant pour principale – voire seule – ligne rouge l’âge pivot. Les autres syndicats comme la CGT, Solidaires, FO ou la CFE-CGC souhaitent, quant à eux, un retrait du projet avant toute remise en cause de mouvement social, estimant que le gouvernement n’a proposé aucune réelle négociation sur le texte.

🔴 – Communiqué de presse- #retraites#Grève11Janvier

Personne n’est dupe. Rien ne change dans l’architecture du projet. La mécanique infernale se met en place.

La CFE-CGC reste dans l’intersyndicale et demande au gouvernement le retrait du projet de #ReformeDesRetraitespic.twitter.com/KMl9ucDg0G

— CFE-CGC (@CFECGC) January 11, 2020

Les syndicats «réformistes», des syndicats pro-gouvernement ?

Si les premiers ont ainsi l’avantage d’être largement décrits en des termes plus flatteurs, cela peut également les classer comme des potentiels alliés pour les différents gouvernements. Particulièrement utiles pour ceux-ci, les «réformistes» ne sont-ils pas des marionnettes pour l’exécutif afin d’enclencher la fin du match social et la fin des concessions ? Aussi, les syndicats «réformistes» ont-ils intérêt à rechercher coûte que coûte l’alliance avec le pouvoir ? Le conflit social autour de la réforme du système des retraites semble illustrer la manière dont des syndicats «réformistes» peuvent être perçus.

Explicite, le chef de file des députés de La République en marche (LREM), Gilles Le Gendre, ne cache pas son intention sur LCI le 6 janvier : «[Cette réforme], nous la portons depuis le premier jour de la campagne présidentielle. […] Nous voulons qu’elle réussisse et dans cette réussite, nous souhaitons embarquer les syndicats réformistes […] notamment la CFDT qui se disent favorables à cette réforme.»

🗣 @GillesLeGendre, sur les #retraites :

« Cette réforme, nous la portons depuis le premier jour de la campagne présidentielle. Nous voulons qu’elle réussisse et dans cette réussite, nous souhaitons embarquer les syndicats réformistes ».

📺 @EliMartichoux#LaMatinaleLCI. pic.twitter.com/jfm7q8izPl

— LCI (@LCI) January 6, 2020

Pareillement, comment peut-on percevoir autrement le jeu d’alliance qui s’est installé entre les proclamés «réformistes» et le gouvernement, après l’annonce le 11 janvier du Premier ministre sur le retrait provisoire de l’âge pivot pour 2027 ? Alors qu’au même moment Edouard Philippe confirme le maintien d’un âge d’équilibre (l’autre appellation de l’âge pivot) pour les générations suivantes, la CFDT, la CFTC et l’UNSA ne masquent pas une forme de réjouissance. Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, par exemple, salue un «retrait qui marque la volonté de compromis du gouvernement». «Une victoire», ajoute-t-il en outre lors de son interview sur RTL le 13 janvier, quand le président de la CFTC Cyril Chabanier sur LCI considère qu’«aujourd’hui on a geste du gouvernement important avec le retrait de l’âge pivot». Laurent Escure (UNSA), pour sa part, y voit une stratégie «100% efficace».

#reformedesretraites Communiqué de presse #UNSA : retrait de l’âge pivot. UNSA 100% efficace !!!https://t.co/nxU9kCY0IW

— UNSA (@UNSA_officiel) January 11, 2020

Le gouvernement et l’exécutif ne peuvent que se délecter de la satisfaction exprimée par les «réformistes». A titre d’illustration, la ministre des Transports Elisabeth Borne déclare le 12 janvier  : «Je suis fière d’être dans un gouvernement qui sait trouver des compromis avec les syndicats réformistes.»

« Je suis fière d’être dans un gouvernement qui sait trouver des compromis avec les syndicats réformistes », a assuré @Elisabeth_Borne#BFMPolitique

📺 https://t.co/qd2mugPKCQpic.twitter.com/BduPBMnvkG

— BFMTV (@BFMTV) January 12, 2020

La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye affirme aussi, le 13 janvier sur Europe 1 : «Il y a un bon compromis qui a été posé sur la table par le gouvernement et les syndicats réformistes.»

Sibeth Ndiaye : « Il y a un bon compromis qui a été posé sur la table par le gouvernement et les syndicats réformistes » #reformedesretraites#Europe1pic.twitter.com/50ehA8x8Sj

— Europe 1 📻 (@Europe1) January 13, 2020

Emmanuel Macron s’est lui satisfait d’un «compromis constructif et de responsabilité». Les syndicats réformistes sont donc également vus comme «responsables». Le 11 janvier, François Bayrou (président du MoDem, allié de la majorité) va dans le même sens : «L’accord négocié entre le gouvernement, les centrales syndicales réformistes et les organisations patronales, dont le texte vient d’être rendu public, mérite d’être salué. Les points en débat sont arbitrés dans un esprit de responsabilité. La France en a besoin !»

Par son centrisme, la CFDT apparaît comme une interlocutrice de choix et appréciée

Les organisations patronales semblent aussi trouver dans ces syndicats des interlocuteurs de confiance : le 12 décembre sur France inter, le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, nomme d’ailleurs la CFDT, CFTC et UNSA comme «des syndicats réformistes [avec qui] on doit pouvoir trouver une solution».

S’ils se disent indépendants des partis, les syndicats «réformistes» pourraient être davantage décrits comme centristes, sociaux-libéraux pour certains (CFDT), démocrates-chrétiens pour d’autres (CFTC). Au choix. Avec un peu plus de 600 000 adhérents, la CFDT est la centrale qui mène le front des «réformistes». L’ex-Premier ministre, devenu macroniste, Manuel Valls est un ancien de la CFDT. En 2014, pour les 50 ans de la confédération interprofessionnelle, il saluait le «courage» réformiste de la CFDT, celui «de proposer», «de nouer des compromis».

En 2016, l’AFP rappellait par ailleurs que la CFDT avait signé toutes les réformes du quinquennat Hollande (marché de l’emploi, retraite, pacte de responsabilité, formation professionnelle, compte personnel d’activité). La CFDT se rallie même à l’un des plus controversés projets du quinquennat, la loi travail El Khomri de 2016… au risque d’être taxée par ses accusateurs de syndicat gouvernemental. Certes, la CFDT obtient des concessions sur celle-ci, comme la suppression du plafonnement des indemnisations prud’homales (finalement mis en place par Emmanuel Macron par les ordonnances travail en 2017), la généralisation de la garantie jeunes (des missions rémunérées pour les décrocheurs de moins de 25 ans) ou la création d’un compte épargne-temps.

La CFDT est ainsi une interlocutrice de choix pour désamorcer une crise. Les différents gouvernements ont compris qu’ils pouvaient se servir des syndicats «réformistes» pour casser la dynamique de la contestation sociale, comme sur la loi El Khomri. Une stratégie gagnant/gagnant puisque le fait de promouvoir ce type de syndicalisme permet à ces syndicats – longtemps minoritaires face à la toute puissante CGT – de devenir des structures bénéficiant d’une reconnaissance du pouvoir. Mieux considérés par une bonne partie de la presse et des gouvernants, les «réformistes» peuvent ainsi s’asseoir sur cette image pour grappiller des voix aux syndicats plus revendicatifs.

En cela, la stratégie de la CFDT semble payante électoralement. En 2018, elle ravit à la CGT la place de numéro un en terme de représentativité. Certaines analyses mesurent cette victoire : la CFDT a certainement bénéficié d’une participation moindre des salariés par rapport aux précédentes élections professionnelles – la traduction aussi d’une défiance générale et ancrée des Français vis-à-vis de leurs représentants qu’ils soient politiques ou syndicaux. En parallèle, la CGT pâtit de l’image globale de la structure, considérée par une partie du monde médiatique et politique comme une organisation «radicale» voire «caricaturale». «La CGT est dans une posture radicale, contestée par une majorité de Français», assure par exemple sans ambages le 23 mai 2016 l’éditorialiste de BFM TV Thierry Arnaud, en réponse aux blocages de raffineries à l’appel de la CGT, protestant contre la loi travail El Khomri.

Derrière ce vocable [de réformiste] se cache en fait un projet d’accompagnement social des politiques néolibérales

Durant cette réforme sous François Hollande, le patron du Medef Pierre Gattaz compare même la CGT à «des voyous et des terroristes» et qualifie l’organe de «syndicat à la dérive en décalage avec les attentes des salariés» : «On ne peut pas laisser une minorité agissante, révolutionnaire, paralyser l’économie. C’est la capacité de la France à se réformer qui est en jeu. Pour moi, le sigle CGT est égal à chômage.» Le Medef vient ainsi en soutien à la réforme du marché du travail menée par le président François Hollande. Les salariés électeurs font aussi payer à la CGT des sentiments de régression au sein de leur entreprise, une résignation sociale qui mêle abstention ou désir de changement.

En face, la CFDT apparaît comme le syndicat mesuré. Durant le débat sur la loi travail, le député européen Les Républicains Philippe Juvin ne dissimulait pas, par exemple, sa prise de position en faveur de la CFDT face à la «caricature» CGT.

.@philippejuvin: « La CGT a pris en otage les usagers. Au lieu d’ouvrir le dialogue comme la CFDT, elle se caricature elle-même » #Greves#CVR

— Ça vous regarde (@CaVousRegarde) June 8, 2016

La CFDT est souvent mise sur un piédestal face aux syndicats plus revendicatifs, bien aidée par le patronat, les politiques – de l’aile droitière du Parti socialiste à la droite radicale – et de nombreux médias. Ce trio opère de concert pour se faire les chantres de l’anti-syndicalisme lorsque les organisations proposent des luttes par des projets anti-néolibéraux et exigent la protection des acquis – notamment lorsque ceux-ci ont été obtenus dans le passé par les batailles sociales. La CGT et Solidaires sont donc généralement les premiers visés par l’entente de cette troïka. Pas étonnant que Le Point, de tendance droite libérale et plutôt prévenant à l’égard du chef d’Etat, consacre une une caricaturale le 16 janvier sur «Comment la CGT ruine la France». Dans son édito, Franz-Olivier Giesbert est sans surprise bienveillant vis-à-vis de la CFDT ou de la CFTC, qualifiant d’ailleurs la CGT de «syndicat anti-pauvres»…

Cela dévoile d’autant plus, au sein du monde syndical, les différences idéologiques entre ceux qui pourraient être nommés «les réformistes centristes» (CFDT, UNSA, CFTC) et les «réformistes moins mous» (CGT, Solidaires, FO).

La bataille est idéologique entre les syndicats

Dans cette logique, l’UNSA avait appelé en 2009, par la voie de son secrétaire général Alain Olive, à la création d’un pôle réformiste qui comprendrait son syndicat avec la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC. En face, le secrétaire confédéral de la CGT, Michel Doneddu avait répondu : «Pourquoi ressortir une ligne de démarcation entre syndicat réformiste et syndicat contestataire ?» Pierre Khalfa de Solidaires s’était révélé plus direct : «Derrière ce vocable [de réformiste] se cache en fait un projet d’accompagnement social des politiques néolibérales.»

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, n’hésite pas à révéler le sens des «réformistes» en 2013, qui serait l’acceptation de la «mutation économique et du monde du travail qui nécessite de s’adapter par le compromis et la négociation». A l’opposé, Solidaires (composé majoritairement d’organisations SUD) prend clairement position en faveur d’une «transformation profonde de la société» par «les luttes collectives», contre le «capitalisme».

L’opposition idéologique se remarque franchement lors des différentes réformes. L’un des faits les plus marquants fut le hiatus entre la majeure partie des syndicats et la CFDT lors du mouvement de 1995 contre le plan Juppé. La patronne de la CFDT Nicole Notat, avait d’ailleurs été violemment prise à partie par ses propres militants au cours de la mobilisation des fonctionnaires, ses troupes lui reprochant son soutien à la réforme de la Sécurité sociale.

En 2003, la CFDT avait là aussi traversé une grave crise interne, après avoir soutenu une réforme controversée des retraites, menées par le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin et le ministre des Affaires sociales François Fillon. La CFDT obtient de maigres concessions (comme l’ouverture à des retraites anticipées pour les actifs ayant travaillé 43 ans et débuté jeunes) sur un projet qui allonge la durée de cotisation pour les fonctionnaires, et incite les séniors à travailler plus longtemps (système de surcote/décote).

Les syndicats dits «réformistes» s’accommodent donc très bien des différentes couleurs politiques, puisqu’ayant accepté et assumé l’évolution progressive du travail et de la société vers une économie de marché. La recherche du compromis étant l’un de ses cœurs idéologiques, cela entraîne, par conséquent, une ambiguïté sur le cap souhaité. Dernièrement, sur la réforme des retraites, Laurent Berger confesse ainsi le 16 décembre sur France Info : «[Avec les autres syndicats] nous ne sommes pas sur les mêmes positions». Il précise : «Ça ne fait de nous ni des ennemis ni des partenaires de la réforme des retraites». Cette position du «en même temps», très à la mode, ne clarifie rien.

Le syndicalisme façon CFDT tranche singulièrement avec le syndicalisme plus bruyant, plus conflictuel contre les gouvernements successifs. Le syndicalisme plus revendicatif est cohérent idéologiquement puisque la CGT, SUD ou FSU ont une vision des rapports sociaux, notamment au travail, qui seraient le fruit de relations conflictuelles, avec l’idée marxiste d’une société divisée en classes sociales.

#GréveGénérale Une tribune rédigée avec l’ami Alessandro Stella sur la question essentielle du temps. La lutte de classe est une lutte pour la maîtrise du temps. Les maîtres du temps sont les maîtres du monde. Reprenons le contrôle de nos temps! https://t.co/kB8f95y7BQ

— Eric Beynel (@EricBeynel) January 6, 2020

Par voie de conséquence l’état d’esprit de la CGT, SUD ou FSU ne peut coller avec les orientations gouvernementales où les acquis sociaux et le modèle social sont peu à peu remis en cause, y compris par la gauche au pouvoir.

La logique de la grève est inévitable pour ces organisations lorsque le gouvernant tente d’imposer une réforme libérale, que celui-ci légitime par son élection à la tête de l’Etat. Il n’en demeure pas moins que l’idéologie de ces syndicats, la CGT entre autres, repose moins sur le grand soir et la révolution qu’à une préservation des acquis.

Le terme «réformiste» ne fait plus sens

Du reste, les syndicats les plus puissants en termes d’adhérents et de représentation au sein des entreprises, qu’ils soient décrits comme «réformistes» ou non, sont moins dans le discours révolutionnaire que dans le dialogue social. Preuve en est donné avec les accords d’entreprise. Les derniers chiffres du ministère du Travail, publiés en 2019, montrent que les syndicats signent en réalité une très large majorité des accords d’entreprises lorsqu’ils participent aux négociations. Les chiffres sont d’ailleurs stables d’une année sur l’autre. A titre d’exemple, la CGT a signé 84% des accords collectifs ou avenants. Souvent considérés comme l’une des organisations les plus revendicatives, Solidaires affiche une propension à signer, elle aussi, très forte (70%).

Si la majeure partie des syndicats a raison de se définir comme «réformiste», est-ce honnête de considérer que seules les structures centristes auraient droit médiatiquement à ce qualificatif ?

Le fait de diviser par facilité et abus de langage, les syndicats surnommés réformistes ou contestataires, c’est faire l’impasse sur les zones grises, à l’image de Force ouvrière (FO). Selon les périodes, elle serait mise soit dans le camp des réformistes – à l’image de la bière partagée entre son secrétaire général Jean-Claude Mailly et Emmanuel Macron le 3 mars 2016, en plein conflit sur la loi El Khomri – soit dans le camp des contestataires. Les commentateurs et monde politique ont aussi du mal à ranger dans une case la CFE-CGC, qui fut un temps cataloguée dans le camp des «réformistes» alors qu’elle se situe désormais dans la contestation aux réformes.

Plutôt que de trouver un adjectif afin de définir deux camps, sans prendre en considération les subtilités de chaque centrale, le mieux n’est-il pas d’oublier la simplification à outrance ?

Bastien Gouly  22-01-2020

 

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Cette entrée a été publiée le 30 janvier 2020 par dans Actualités des luttes, anticapitalisme, FRANCE, retraites, syndicats.