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Les incinérateurs de déchets de Paris et de 84 communes d’Ile-de-France à l’arrêt !

Dans la salle de commandes de l’incinérateur de déchets ménagers d’Ivry-sur-Seine, une douzaine de salariés en grève arborant casques de sécurité et gilets fluorescents discutent, dos à leurs écrans de contrôle figés. Au sommet d’une fosse gigantesque aux parois tapissées de falaises de détritus pend un énorme grappin, ses crocs d’acier vides.

Depuis le 23 janvier, à l’appel de la CGT Energie-Mines, les fours de l’Unité de valorisation énergétique (UVE) du Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères (Syctom) – située à cheval sur la commune du Val-de-marne et le 13e arrondissement de Paris – sont à l’arrêt, tout comme ceux des usines d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) et de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).

Qualifiée d’« historique » par la CGT, mais largement occultée jusqu’ici par la grève dans les transports, l’action coordonnée de ces trois sites pour obtenir le retrait par le gouvernement du projet de réforme des retraites pourrait rapidement semer une zizanie inédite.

« Ecologiquement catastrophique »

A elles trois, d’ordinaire, ces usines traitent en effet quotidiennement 6 000 tonnes de déchets ménagers de Paris et des 84 autres communes d’Ile-de-France. Et la « valorisation » du rebut des six millions de personnes qu’elles abritent permet notamment d’alimenter à plus de 45 % la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU) qui distribue chauffage et eau chaude dans 500 000 équivalents logements de Paris (soit 70 mètres carrés occupés par trois personnes) et de seize communes de la petite couronne…

Dès le 24 janvier au matin, le mouvement de ses UVE a contraint le Syctom à réorienter la noria des camions-bennes de collecte vers une quinzaine de centres de transferts, unités de valorisation énergétique publiques ou privées, et de centres d’enfouissement souvent situés à plusieurs dizaines de kilomètres. Une alternative dont le Syctom estime le surcoût à 700 000 euros par jour, soit 5 millions d’euros depuis une semaine, et que les parties s’accordent à qualifier d’« écologiquement catastrophique », puisque 5 000 des 6 000 tonnes de déchets qui se retrouvent enfouies quotidiennement ne sont donc plus valorisées. Et que le CPCU doit avoir recours à l’achat d’énergies fossiles…

Craignant la saturation de ces exutoires de substitution qui risque d’aboutir à la suspension de la collecte des déchets déjà largement perturbée, la direction du Syctom a mis les exploitants des trois sites d’incinération en demeure de reprendre un « fonctionnement normal » par un courriel daté du 28 janvier.

Face « aux risques » du blocage « en termes de salubrité et de sécurité publique », la direction de l’agence métropolitaine des déchets ménagers y indique avoir sollicité du préfet de Police, du préfet de région et des préfets des départements concernés, la « réquisition des personnels nécessaires au redémarrage des usines », quitte à recourir à l’intervention des forces de l’ordre. Jacques Gautier, président du Syctom, a aussi demandé par mail, jeudi 30 janvier, au premier ministre Edouard Philippe, de « donner les ordres permettant cette réquisition ».

« Le gouvernement est à l’origine de cette crise »

« Jamais les trois usines n’avaient été arrêtées en même temps et c’est le gouvernement qui est à l’origine de cette crise », répond Julien Lambert, membre du bureau de la Fédération Mines et Energie de la CGT, tout en déployant pour la façade de l’usine d’Ivry un calicot flambant neuf de quatre mètres par un qui clame « Usine en grève, retrait de la réforme des retraites, augmentation des pensions, reconnaissance de la pénibilité ».

Mobilisés depuis le 5 décembre 2019, les trois UVE du Syctom ont d’abord conduit des actions ponctuelles en réduisant le volume des déchets traités, avant de durcir le ton. Voté en assemblée générale pour la période du 23 au 27 janvier, l’arrêt des fours a été reconduit au moins jusqu’au 3 février, date du début de l’examen du projet de loi sur les retraites en commission à l’Assemblée nationale.

Le 27 janvier, une rencontre avec la ministre de la transition écologique Elisabeth Borne a laissé sur leur faim les représentants des 140 000 salariés des industries électriques et gazières (EDF, Engie, Enedis, RTE, GRDF…) qui bénéficient d’un régime spécifique, avec un calcul de leur retraite sur les six derniers mois de leur carrière, des départs anticipés pour les services dits « actifs » et un âge moyen de départ actuel de 58,9 ans.

Philippe Bouyssou, maire communiste d’Ivry-sur-Seine, qui soutient « pleinement » la mobilisation des salariés des incinérateurs, a fait part au Syctom par un courriel de son « opposition totale » aux procédures engagées par ce dernier. Infirmier de formation, l’édile estime que « la réquisition pour risque sanitaire s’applique dans les hôpitaux, quand des vies humaines sont en danger immédiat, pas lorsque des exutoires sont saturés ».

La collecte des ordures ménagères se complique

« Une intervention policière dans l’usine serait une atteinte inadmissible au droit de grève, prévient-il. Mais je ne vois pas comment on pourrait imposer la reprise du travail dans des UVE où ne peuvent intervenir que des techniciens très qualifiés. »

Pour l’heure, la CGT Eboueurs n’a pas rallié le mouvement de la CGT Energie-Mines, mais la collecte des ordures ménagères se complique dans la capitale.

« Nos priorités sont la sécurité et le suivi sanitaire, explique Paul Simondon, adjoint chargé de la propreté et de la gestion des déchets à la mairie de Paris. Pour combler les retards, nous mobilisons des équipes qui remplissent d’ordinaire d’autres missions afin d’assurer des tournées supplémentaires en soirée et même la nuit. »

Le Monde

 

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