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Réforme des retraites : regain de la mobilisation face « au mépris insondable du gouvernement »

Alors que l’Assemblée nationale a entamé cette semaine l’examen de la réforme, les manifestants étaient légèrement plus nombreux dans les rues, soit 121 000 dans toute la France.

Par Cécile Bouanchaud et Ulysse Bellier

Fatigués mais déterminés. Alors que l’Assemblée nationale a entamé cette semaine l’examen de la réforme des retraites, les manifestants ont réfuté tout essoufflement, mobilisant jeudi 6 février davantage de manifestants que lors du précédent rassemblement interprofessionnel.

Quelque 121 000 personnes ont manifesté jeudi en France, dont 15 000 à Paris, pour cette neuvième journée, selon des chiffres du ministère de l’intérieur. La CGT, à l’origine de l’appel avec Force ouvrière, Solidaires, la FSU et des organisations de jeunesse (UNEF, MNL, UNL), a de son côté comptabilisé 130 000 manifestants à Paris. La semaine précédente, plus de 108 000 personnes avaient défilé en France, dont 13 000 à Paris, soit plus de deux fois moins de manifestants que lors des sept précédentes journées.

Peu avant le départ du cortège parisien, prévu à 13 h 30 à gare de l’Est, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a refusé tout défaitisme. « La mobilisation est là. Ceux qui refusent de la voir doivent ouvrir les yeux, a commenté l’ancien métallo. On est loin d’être à la fin du mouvement. »

Dans le défilé allant jusqu’à la place de la Nation, les manifestants témoignent à l’unisson de cette même détermination. « Et on ira, et on ira, et on ira jusqu’au retrait ! », entonnent-ils avec force dans les différents cortèges. « Ça ne s’essouffle pas », insiste Maryse, ancienne employée de la RATP aujourd’hui à la retraite. « Je sens les gens dégoûtés par l’inflexibilité du gouvernement, mais tous semblent déterminés à ce que ça dure », remarque Stéphane, 55 ans, technicien d’orchestre à l’Opéra de Paris, qui a perdu 500 euros de salaire en janvier.

« Une certaine fatigue »

Pour tous, cette mobilisation débutée deux mois plus tôt commence à se faire sentir financièrement. « J’ai dû perdre environ 1 500 euros, la banque nous appelle tous les jours ! », confie Jessica, agent commercial à la SNCF, qui s’apprête à rejoindre ses collègues de SUD-Rail, boulevard Magenta. Hayate, agent de surveillance pour la ville de Paris, a perdu 500 euros de salaire en janvier. Non pas à cause du décompte des journées de grève — en tant que déléguée syndicale, elle bénéficie de jours pour manifester — mais parce qu’elle a décidé de reverser cet argent à la caisse de grève.

C’est grâce à ces dons que Marianne, assistante d’éducation dans un collège du 20arrondissement, a pu compenser la perte de 400 euros sur son maigre salaire de 1 260 euros. « Je n’ai pas de sous de côté, alors ce qui me sauve, c’est la solidarité », commente-t-elle, précisant que « cela n’empêche pas une certaine fatigue ».

 « Pour certains collègues, ça commence à être difficile de se mobiliser si souvent », abonde Alexandra, 46 ans, bibliothécaire à La Sorbonne, précisant qu’elle a perdu un mois de salaire depuis le début de la mobilisation le 5 décembre. « Ce n’est pas très dynamique », reconnaît Francis, professeur des écoles dans l’Essonne, qui évoque lui-même « une manifestation d’enseignants gnangnans ».

Non loin de son cortège FSU, les étudiants en tête du rassemblement semblent moins éprouvés par ces semaines de manifestation. « C’est une mobilisation historique », préfère rappeler Homa, 19 ans, qui a notamment participé aux blocages des dépôts de bus de la RATP. « Nous sommes une jeunesse qui n’a plus rien à perdre et tout à gagner. Cela fait peur au gouvernement, on le voit avec la répression policière dont on est victime », estime l’étudiante à Paris 1, qui a été délogée le matin même, à grand renfort de gaz lacrymogène, du site universitaire de Tolbiac où un blocage était organisé.

Des manifestants lors de la manifestation interprofessionnelle pour dénoncer la réforme des retraites, à Paris, le jeudi 6 février 2020. Thibault Camus / AP

Appel du pied au privé

Dans le cortège de tête, principalement composé de militants antifascistes, de « gilets jaunes », de lycéens et d’étudiants, les manifestants ironisent sur l’important dispositif des forces de l’ordre, qui les encadre de toutes parts. « RIO [référentiel des identités et de l’organisation] visible, merci ! », lance un lycéen bravache à un policier. « Si t’es fier d’être CRS tape ton voisin », chante un cortège interfacs. « Tout le monde veut la retraite des flics », poursuit la foule.

« Nous sommes une jeunesse qui n’a plus rien à perdre et tout à gagner. »

Des slogans facétieux qui ne supplantent pas le fameux « On est là, on est là, même si Macron ne veut pas nous, on est là ».

Tous dénoncent « la posture inflexible », « le mépris insondable », « le cynisme impensable » du gouvernement face à cette mobilisation d’une durée inédite, débutée le 5 décembre. « La demande reste intacte, le soutien de l’opinion publique est là, mais le gouvernement ne bouge pas », résume Stéphane avec amertume. Pour ce technicien de l’Opéra de Paris, les négociations entamées avec l’exécutif sont « une hypocrisie ». « La posture de Macron est inaudible, il appelle à trouver des compromis, mais ne nous écoute pas réellement lors des négociations », déplore le quinquagénaire qui aimerait « une grande mobilisation nationale à Paris ».

 « Ceux qui manquent, ce sont les employés du privé », regrette Fred, postier à Paris, se réjouissant toutefois que « de nouveaux secteurs se mobilisent, comme les éboueurs ». Alors que l’UNSA-RATP, premier syndicat de la régie des transports parisiens, a appelé à un « lundi noir » dans le métro et le RER le 17 février, jour de l’examen du projet de réforme des retraites à l’Assemblée nationale, l’intersyndicale a annoncé une nouvelle journée d’actions interprofessionnelle le 20 février.

 

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