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Grande-Bretagne. «Si vous voulez arrêter le coronavirus, répondez aux exigences du personnel hospitalier»

Entretien avec Helen O’Connor conduit par David Broder

Le coronavirus dans l’Union européenne fait de plus en plus de victimes, et les nettoyeurs sont en première ligne pour contenir sa propagation – notamment dans nos hôpitaux. Pourtant, à l’hôpital Lewisham, le premier de Londres à traiter un patient atteint de coronavirus, ces travailleurs sont peu récompensés pour leurs efforts. Non seulement leur salaire n’est que de 8,21 livres sterling de l’heure [9,53 CHF], mais certains ne reçoivent pas de salaire depuis des semaines, ce qui les empêche de payer les factures, alors même que leur travail devient encore plus stressant.

GMB

Le jeudi 12 mars, ils en ont eu assez d’un nouveau paiement manquant et ont quitté leur emploi. L’entreprise de nettoyage privée ISS [leader mondial des services de nettoyage, d’entretien, employant quelque 500’000 salarié·e·s] connue pour ses pratiques d’emploi de mauvaise qualité a promis de résoudre le problème dans la nuit. Le personnel est retourné au travail le vendredi matin, 13 mars. Pourtant, l’entreprise n’a pas tenu sa promesse, ce qui signifie que ces travailleurs / travailleuses déjà mal payés attendent toujours leur salaire.

Les salarié·e·s sont organisés au sein du syndicat GMB (syndicat généraliste organisant quelque 630’000 salarié·e·s en Grande-Bretagne). Helen O’Connor, du GMB, a expliqué à Jacobin pourquoi les nettoyeurs / nettoyeuses se sont mis en grève, comment l’externalisation nuit aux conditions de travail et pourquoi les droits et les indemnités de maladie des salarié·e·s sont également une question de sécurité des patients.

 

Tout d’abord, pouvez-vous nous dire comment la grève s’est déroulée?

Helen O’Connor: Certains employé·e·s de nettoyage de l’hôpital de Lewisham n’ont plus de salaire depuis le 27 février. La goutte qui a fait déborder le vase, c’est le jeudi 12 mars, où ils n’ont de nouveau pas été payés – et ils ont quitté le travail. Lorsque je me suis précipitée à l’hôpital, les salarié·e·s faisaient la queue devant les bureaux de l’ISS, et l’entreprise s’empressait d’imprimer les fiches de paie. L’ISS a proposé de rencontrer les travailleurs en tête à tête et a promis que l’argent serait sur leurs comptes le vendredi 13 mars.

Les salarié·e·s ont pointé pour travailler le vendredi, mais il n’y avait toujours pas d’argent. A l’heure du déjeuner, ils ont donc organisé une manifestation devant l’hôpital. Le directeur de l’ISS, Nick Clarke, m’a téléphoné et a accepté de me rencontrer. Mais lorsque nous avons demandé 100 livres de compensation pour chaque travailleur, il nous a accusés de le soumettre à une «rançon». Il a déclaré que la question pourrait prendre une semaine pour trouver une solution, mais a promis, à titre de «concession», que les salaires pourraient monter jusqu’à 10,55 livres sterling de l’heure en avril [12,25 CHF]. Or, c’était quelque chose que l’ISS s’était déjà engagé à faire. J’ai dit que les salarié·e·s verraient clair dans tout cela et qu’il essayait juste d’arrêter les protestations.

 

Il semblait que l’ISS n’appréciait pas ce qui se passait. Les salarié·e·s ne peuvent pas se passer de leurs salaires et cela signifie qu’ils ne peuvent pas payer les factures et que leurs prélèvements automatiques sont sans provision. Un nettoyeur doit se rendre au travail à pied, de Woolwich à Lewisham [environ 8 km], car il ne peut pas se permettre de payer le prix d’un billet de transport public. Si ce problème n’est pas réglé, il pourrait y avoir d’autres départs la semaine prochaine.

 

Face aux coronavirus, nous voyons à quel point nous dépendons de salarié·e·s comme les nettoyeurs/nettoyeuses et le personnel soignant âgé. Ils sont en première ligne pour faire face à la crise, mais ils font partie des travailleurs les moins bien payés de la société…

 

C’est exact. Nos membres sont engagés dans leur travail. Ils veulent donner la priorité à la sécurité des personnes. Mais la direction de l’ISS ne leur a fait que des promesses non tenues et des menaces.

Nous soulignons que la santé publique est directement liée à la privatisation et à la manière dont les salarié·e·s sont traités. Prenez la question des indemnités de maladie. En travaillant dans un hôpital, vous êtes particulièrement susceptible de tomber malade. Mais les indemnités légales de maladie sont si faibles [seulement 94,25 £ par semaine, 109,34 CHF] que les nettoyeurs/nettoyeuses se sentiront toujours obligés de venir travailler, même s’il serait préférable qu’ils ne le fassent pas.

Il est donc important d’allouer aux salarié·e·s une indemnité de maladie appropriée, dès le premier jour de leur absence, afin de protéger à la fois les nettoyeurs/nettoyeuses et les patients eux-mêmes. C’est pourquoi nous voulons que tous ces services soient repris en interne par le NHS (National Health Service) dans des conditions et des avantages appropriés.

 

Certains membres du personnel médical se sont exprimés sur Internet pour dire qu’ils travaillent plus longtemps et, évidemment, dans le contexte de la pandémie, ils sont encore plus stressés. Le coronavirus représente-t-il une charge supplémentaire pour le personnel de nettoyage?

Oui, parce qu’il n’a même pas été précisé qui est responsable du nettoyage du service en cas d’infection, ni si le NHS fera venir quelqu’un. Il y a également toute la question des équipements de protection: les travailleurs reçoivent des instructions sur ce qu’ils doivent mettre, mais le matériel est-il là? Certains membres du personnel qui déplacent les patients s’inquiètent de la quantité de gants et de désinfectant disponible – et certains d’entre eux se sentent sans protection. Et encore, il y a la question des indemnités de maladie. L’ISS a accepté de verser deux semaines de salaire complet si les travailleurs doivent s’isoler (confinement), mais le fait que l’ISS n’a pas encore versé les salaires ébranle notre conviction que cette firme appliquera ce à quoi elle s’est engagée.

 

Vous avez souligné l’externalisation du personnel de nettoyage, mais aussi une question plus large de mauvaise affectation des ressources. Le GMB a demandé au gouvernement de réquisitionner des lits d’hôpitaux privés pour aider à lutter contre les coronavirus, et le Parti travailliste a maintenant répondu à cet appel…

Le NHS est comme un arbre de Noël à l’envers. Au sommet, il y a une bureaucratie qui administre des contrats privés et les responsables du NHS qui gèrent le déclin, avec des salaires très importants. Et il y a des couches et des couches, avant même de descendre au niveau des services, du directeur au nettoyeur.

 

Je suis une ancienne infirmière du NHS et j’ai fait l’objet de deux «restructurations», chacune d’entre elles signifiait rendre le service de santé «plus maigre», c’est-à-dire avec moins de personnel. Chaque salarié de la santé fait le travail de deux ou trois personnes. Ils sont débordés, mais ils sont aussi empêchés de parler du stress qu’ils subissent.

 

Les deux plus grandes menaces qui pèsent sur le NHS sont les réductions de personnel et la privatisation. Nous ne voyons pas d’investissements dans les salaires et dans l’amélioration des conditions de travail. Les structures de gestion hospitalières sont tenues de procéder à des «améliorations des coûts» (abaissement des coûts), ce qui les prive de financement, avec des transferts vers le Trésor. Au même moment les entreprises privées opérant au sein du NHS font baisser les normes. Des sociétés comme l’ISS traînent les pieds pour concéder des augmentations de salaire, même de quelques centimes (pence), des augmentations justes nécessaires pour faire face à la hausse des prix. C’est pourquoi nous exigeons que tous les services soient ramenés en interne.

 

Le coronavirus est une menace énorme pour le NHS. Le chancelier de l’Echiquier [ministre des Finances: actuellement Rishi Sunak, après la démission de Sajid Javid, le 13 février 2020] a déclaré que le NHS obtiendra tout ce dont il a besoin pour faire face au coronavirus. Pourtant les nettoyeurs de Lewisham ne sont même pas payés correctement. Nous devons concentrer les investissements en première ligne, en direction de toutes les personnes qui fournissent les services et soins, car la qualité des soins aux patients est également liée au bien-être du personnel. Il y a une crise de recrutement au sein du NHS. Elle ne sera pas résolue si l’on ne rend pas le lieu de travail plus attrayant. (Entretien publié sur le site Jacobin, le 15 mars 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

David Broder est le rédacteur en chef de Jacobin Europe.

 

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