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La bataille pour l’Ordre des médecins, 1944-1950 : Une institution obsolète au service du Capital !

 

1La guerre de 1939-1940, la défaite française, la formation du gouvernement de Vichy et l’occupation allemande engendrent l’apparition en France d’une nouvelle force, la Résistance. Celle-ci est aussi une force nouvelle dans les professions libérales [1][1]G. Sapiro (dir.), L’organisation des professions…, en particulier la médecine : le Comité médical de la Résistance (CMR) est ainsi créé en octobre 1943 pour unifier les différentes tendances politiques, droite gaulliste, gauche et extrême gauche, qui coexistent en son sein [2][2]La Résistance existait dans d’autres professions libérales,…. L’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon déclare même que « le CMR s’impose à la Libération comme le successeur de l’Ordre [des médecins], dissous en août 1944, et prend la direction de la médecine française » [3][3]B. Vergez-Chaignon, « Comité Médical de la Résistance », in F.…. Mais ce que Jean-Pierre Rioux appelle « le grand parti de la Résistance » ne prend jamais forme ; de même, dans la profession médicale la Résistance ne se substitue pas à l’Ordre des médecins qui, bien que dissous, est réinstallé par l’ordonnance du 24 septembre 1945. La Résistance se trouve immédiatement en lutte pour le contrôle de l’Ordre, contre les syndicats médicaux traditionnels d’avant-guerre dissous par Vichy mais reconstitués à la Libération. Cette concurrence dure jusqu’en 1946, et finit par tourner à l’avantage des syndicats. Comment et pourquoi ? L’objet de cet article est d’analyser les raisons qui ont contribué à ce que la Résistance, réputée novatrice, perde le contrôle de cet organisme médical nouveau et important, au profit de syndicats qui représentent la continuité dans les traditions de l’exercice médical. Comme pour la pérennisation d’autres mouvements issus de la Résistance, déjà étudiée historiquement, la pérennisation de la Résistance médicale est un échec.

Les origines de l’Ordre

2L’idée d’un Ordre des médecins n’est pas nouvelle. Le terme d’Ordre apparaît avec la naissance même du syndicalisme médical, dans les années 1880 [4][4]F. Gazier, « L’Ordre des médecins », in L’exercice médical dans… ; des projets continuent ensuite d’être élaborés et discutés jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Mais on ne sait pas pourquoi le gouvernement de Vichy décide de créer l’Ordre des médecins. La loi du 7 octobre 1940, rédigée par le ministre de la Santé Serge Huard, paraît dans le Journal Officiel sans exposé des motifs [5][5]Journal Officiel (JO), 26 octobre 1940, p. 5430-5431.. Les archives sont elles aussi muettes. Les historiens font des conjectures. François Gazier note que la notion d’Ordre professionnel s’inscrit dans la philosophie politique de l’époque, la résurrection du corporatisme étant au programme de la Révolution nationale du maréchal Pétain de même que le refus du syndicalisme mis en place sous la IIIe République [6][6]F. Gazier, « L’Ordre… », art. cit., note 6, p. 286.. Pierre Guillaume dit qu’avec la création de l’Ordre, les médecins ont « bénéficié d’un tour de faveur, sans doute parce que le nouveau gouvernement les considérait comme globalement acquis à ses thèses » [7][7]P. Guillaume, Le rôle social du médecin depuis deux siècles…. Les seuls à protester sont les syndicats médicaux, qui toutefois ne critiquent pas le principe même de l’Ordre mais leur propre dissolution, décrétée par la loi qui fonde l’Ordre ; leur position déjà ancienne est qu’Ordre et syndicats peuvent et doivent coexister [8][8]« Le coup de massue », Médecin de France, juillet-août 1945,….

3L’Ordre créé par Serge Huard est dirigé par un Conseil supérieur restreint de douze membres, nommés par Huard lui-même. Ce Conseil élabore une première version d’un code de déontologie, s’engage dans la réglementation des titres et des spécialités, participe à l’établissement de la nomenclature générale des actes médicaux et chirurgicaux, jette les bases d’un projet de Caisse professionnelle de retraite. Mais ces initiatives sont très critiquées et en avril 1942, avec le retour de Pierre Laval au pouvoir, Huard est remplacé comme ministre de la Santé par Raymond Grasset, ancien syndicaliste, qui réorganise l’Ordre par la loi du 10 septembre 1942.

4Dans cette seconde version, la principale innovation se trouve dans les conseils de l’Ordre, désormais élus par les médecins eux-mêmes. L’élection des membres des conseils représente une victoire pour les syndicats, officiellement interdits mais officieusement présents dans les conseils de l’Ordre. Ils prônent depuis toujours des conseils élus car, comme dit en 1929 leur secrétaire général Paul Cibrie : « Si vous voulez que les syndicats aient la direction de l’Ordre des médecins, il faut la baser sur l’élection. Si l’élection des membres du Conseil de l’Ordre est fondée sur le suffrage universel des médecins, comme les syndiqués possèdent partout, sauf peut-être à Paris, la majorité des votants, il n’est pas douteux que si nous avons une discipline syndicale suffisante, ce sont les syndicats médicaux qui décideront de la marche de l’Ordre des médecins » [9][9]Médecin de France, 15 juin 1929, p. 386. Un bon résumé des deux….

5Après l’effondrement du gouvernement de Vichy, l’Ordre est dissous puis réorganisé. Les bases du nouvel Ordre sont jetées par le Gouvernement provisoire de la République française à Alger en 1943. Par un décret du 18 octobre, les lois des 7 octobre 1940 et 10 septembre 1942 sont abrogées, supprimant ainsi l’Ordre ; mais par une ordonnance de la même date, il est rétabli [10][10]JO de la République Française (Alger), 21 octobre 1943,…. Cette ordonnance est complétée par un décret du 25 janvier 1944, qui reconstitue les syndicats médicaux dissous en 1940 [11][11]JO de la République Française (Alger), 29 janvier 1944,….

6Mais cette ordonnance ne sera jamais appliquée, le gouvernement éprouvant le besoin, après la Libération, de faire de nouvelles consultations sur le sujet. Celles-ci, notamment chez les communistes, s’avèrent favorables au rétablissement de l’Ordre [12][12]P. Milliez, Ce que je crois, Paris, Grasset, 1986, p. 91. : l’Ordre de Vichy, malgré les circonstances de sa naissance, avait quand même gagné respect et légitimité grâce à quelques-unes de ses actions. J. Garrigue, de la Résistance médicale, écrit ainsi en décembre 1944 dans Le Médecin français, journal médical issu de la Résistance, à propos de l’Ordre de Vichy qui, dans l’esprit de ses instigateurs, devait être un instrument complaisant vis-à-vis de la dictature nazie : « Très rapidement beaucoup de médecins, parmi ces membres, n’acceptèrent pas le rôle pour lequel ils avaient été choisis, et ainsi s’organisa la résistance au sein même d’un organisme qui avait été conçu pour être entièrement soumis à son créateur. Je ne cite que […] le refus de dénoncer aux Allemands les blessés du maquis » [13][13]J. Garrigue, « Ordre d’hier et de demain », Le Médecin….

7Une nouvelle ordonnance relative à l’organisation de la profession médicale paraît le 24 septembre 1945 [14][14]JO, 28 septembre 1945, p. 6083-6088.. Une fois encore, sa structure montre un retour à l’Ordre de 1942 ; les conseils régionaux et le Conseil national sont rétablis et leur composition ressemble beaucoup à celle de 1942. François Gazier note : « Il s’agissait d’un Ordre appelé à coexister avec les syndicats. De ce fait il n’avait pas le monopole de la défense des intérêts professionnels et de la représentation de la profession vis-à-vis des pouvoirs publics, pas plus que l’entraide et des œuvres d’assistance et de secours. En revanche, à lui seul incombait le contrôle de la moralité dans la profession et la mise en œuvre de la discipline » [15][15]F. Gazier, « L’Ordre… », art. cit., p. 294-297..

Les syndicats médicaux

8Le syndicalisme médical prend son essor sous l’impulsion donnée par un nouvel hebdomadaire, Le Concours médical, créé en juillet 1879 par le docteur Cézilly ; l’expression « syndicats de médecine » est lancée dans ses colonnes en 1880. L’idée fait école : on compte treize syndicats déclarés fin 1881, 31 fin 1882, 51 fin 1883, 74 fin 1884. Les syndicats médicaux essuient un revers quand la loi du 11 mars 1884, qui en principe légalise les syndicats, les ignore. Mais ce revers est de brève durée : le droit des médecins, dentistes et sages-femmes de se constituer en association syndicale pour la défense de leurs intérêts professionnels est pleinement reconnu par la loi fondamentale du 30 novembre 1892, qui réforme et réorganise la profession médicale. Un an plus tard, le 19 novembre 1893, l’Union des syndicats médicaux de France (USMF) se constitue ; sa mission fondamentale est la défense de la médecine comme profession libérale. L’USMF combat donc toute tentative d’intervention de l’extérieur, qu’elle vienne de l’État mais aussi des sociétés de secours mutuels, du monde des affaires ou même des formes nouvelles d’action caritative. Il a aussi pour but de contrôler le recrutement et la formation des généralistes et des spécialistes, et de proposer des règles de déontologie médicale. Sur ce dernier point toutefois les opinions sont loin d’être consensuelles, et c’est ainsi que va surgir l’idée de créer un Ordre des médecins.

9En 1927, l’USMF fusionne avec la Fédération nationale des syndicats médicaux de France, fondée en 1926, pour créer la Confédération générale des syndicats médicaux de France. La Fédération s’était détachée de l’USMF à cause de désaccords internes sur les projets de loi sur les assurances sociales. Une fraction majoritaire de l’USMF cherche à prendre le contrôle des assurances sociales et à devenir ainsi la force principale dans la promotion de la médecine sociale, tandis qu’une fraction minoritaire s’oppose au principe même des assurances, les trouvant incompatibles avec le libre exercice de la médecine. Pour cette dernière fraction, l’adoption des lois sur les assurances sociales sonnerait la fin du médecin de famille traditionnel. Ce sont ces dissidents qui se regroupent au sein de la Fédération. Mais avec le temps, il devient clair que les lois seront votées et les syndicats comprennent qu’ils doivent se montrer unis ; en résulte la Confédération. La composition de son bureau traduit une volonté de conciliation : le président est Victor Balthazard, universitaire et membre de l’Académie de médecine ; les vice-présidents sont Pierre Dibos et Julien Vanverts, ex-présidents de l’USMF et de la Fédération ; le secrétaire général est Paul Cibrie, ancien président du Syndicat des médecins de la Seine [16][16]On retrouvera l’histoire de la naissance des syndicats médicaux….

10Cette question des assurances sociales est discutée durant toutes les années 1920. Le débat est stimulé par le retour à la France de l’Alsace et de la Lorraine, auparavant soumises à la législation allemande ; ce retour montre combien la législation française en la matière reste très en retrait des lois allemandes, qui datent de Bismarck, et même de celles de la Grande-Bretagne, qui datent de 1911.

11Le premier projet sur les assurances sociales, celui de Cahen-Salvador, est déposé à la Chambre des députés le 22 mars 1921 ; il propose une couverture des risques maladie, invalidité, vieillesse et décès. Il est précisé que la gestion tout entière des assurances sociales est confiée aux intéressés, sans intervention de l’État. Le libre choix du médecin sera proclamé et organisé, et le patient devra s’acquitter d’une part du coût de la consultation.

12Après de longues discussions et des amendements, deux lois créant un système d’assurances sociales sont votées en 1928 et 1930. Elles se sont élargies : la couverture comprend les risques maladie, maternité, invalidité, vieillesse, décès, charges de famille. La Confédération donne son soutien, mais sous condition de respect absolu de ce qu’elle appelle la « charte de la médecine libérale » ; cette charte contient quatre points : 1) libre choix du médecin par le malade ; 2) liberté de prescription ; 3) respect absolu du secret professionnel ; 4) entente directe du malade et du praticien pour les honoraires, c’est-à-dire droit pour le médecin de fixer le montant des honoraires qu’il demande à ses clients. Les deux premiers de ces points sont même inscrits dans la loi de 1930 [17][17]JO du 1er mai 1930, p. 4820-4824. Sur l’entente directe, cf. H.…. Cette charte, cohérente et concrète, devient le programme principal et immuable des syndicats médicaux.

13Après la Libération, les syndicats, reconstitués en décembre 1944, sont prêts à reprendre le fil de l’Ordre des médecins. Mais ils ne sont pas seuls sur les rangs, car il leur faut compter avec la Résistance médicale pour tenir le premier rôle et façonner le nouvel Ordre.

La Résistance médicale

14La Résistance médicale met du temps à s’organiser, sans doute parce qu’initialement nombre de médecins sont solidaires du gouvernement de Vichy. Mais une fois organisée, elle s’illustre avec son Service de santé dont le rôle est, au moment de l’insurrection, d’assurer les services de la Défense passive, le fonctionnement de la Croix-Rouge, l’envoi d’équipes chirurgicales mobiles ; de s’occuper aussi des problèmes d’hygiène publique, de dépister des dépôts de médicaments existants et de former des stocks clandestins.

15La Résistance médicale diffère en bien des points des syndicats et de leur mode traditionnel de direction. Ses membres sont le plus souvent jeunes : un groupe est même créé par des internes, le Front national des internes des hôpitaux de Paris, animé par Georges Bilki-Pasquier et Yves Cachin [18][18]Témoignage du Dr Bilki-Pasquier, (AN), 72 AJ 80 ; entretien…. Au contraire des bureaux des syndicats, des juifs y figurent, attirés par la Résistance en réaction à la discrimination de Vichy et à la politique des Allemands [19][19]Pour des exemples, voir P. Cahen, Les médecins malgré eux,….

16L’image de la Résistance médicale est de gauche. Sa toute première manifestation est un journal clandestin, Le Médecin français, dont le premier numéro paraît en mars 1941. Il est créé par deux médecins juifs communistes, Maurice Tenine et Jean-Claude Bauer. Après leur arrestation, le poste de rédacteur en chef est repris par un autre médecin juif communiste, Raymond Leibovici, qui y reste jusqu’à la Libération. L’historien de la médecine Henri Nahum constate au sujet de ce journal : « Ses positions politiques sont celles du Parti communiste : attaque de l’impérialisme, glorification de l’Union soviétique, appel à la lutte patriotique armée et à l’union entre toutes les fractions de la Résistance » [20][20]H. Nahum, La Médecine française et les Juifs 1930-1945, Paris,…. Après la guerre, bien que le comité de rédaction du journal comprenne désormais deux membres de l’Académie de Médecine, un membre de l’Académie Française et sept professeurs, il reste attaché à ses racines de gauche.

17La Résistance médicale comprend en fait plusieurs tendances politiques. À l’extrême gauche se trouvent les FTP (Francs-Tireurs et Partisans), d’obédience strictement communiste. Le Front national est lui aussi d’origine communiste, mais il fait un effort pour s’ouvrir à d’autres tendances et comprend des médecins non communistes. La droite gaulliste est représentée par le Service de santé, qui provient de l’Organisation civile et militaire (OCM). Enfin, Libération-Nord regroupe des syndicalistes et des socialistes.

18Malgré son image de force, la Résistance ne représente jamais plus qu’une minorité au sein de la profession médicale, surtout au sein de la très importante élite médicale parisienne. Des 32 professeurs à la Faculté de médecine de Paris dont les noms paraissent dans le Guide Rosenwald de 1943, seulement 3 sont des Résistants. On en compte sept parmi les 41 professeurs agrégés et quinze seulement parmi les 427 médecins des hôpitaux. Le fait que des 228 médaillés de la Résistance parisienne, 20 % soient des juifs n’arrange rien, puisque, comme démontrera l’élection de Raymond Tournay, ancien secrétaire général de la xénophobe et antisémite Fédération des associations amicales des médecins du Front au conseil départemental de la Seine, l’antisémitisme continue bien à exister dans la profession.

19De plus, résister aux Allemands ne signifie pas nécessairement résister à Vichy. Le résistant communiste Hector Descomps se plaint ainsi amèrement des divisions politiques entre des médecins résistants à tendance de droite et le Front national médical de gauche, les premiers étant souvent réticents à abandonner Vichy [21][21]Témoignage Descomps, AN, 72 AJ 80.. Par ailleurs, comme le démontreront les élections du conseil départemental de la Seine en 1946, bon nombre de résistants embrassent les positions des traditionalistes médicaux exprimées dans la charte de la médecine libérale. On trouve même quelques résistants à tendance de droite qui acceptent et perpétuent la xénophobie de Vichy, xénophobie qui est elle-même la continuation du sentiment hostile aux étrangers traditionnellement répandu au sein de la profession médicale française et de ses syndicats d’avant-guerre. Un des candidats aux élections de 1946, médaillé de la Résistance, inscrit ainsi dans son programme l’« interdiction d’exercer pour les médecins étrangers » [22][22]Dans ses trois lignes d’auto-présentation, le résistant Paul…. De tels résistants auront tendance à se fondre dans les syndicats, unis dans une défense stricte d’intérêts professionnels étroits.

20En octobre 1943 néanmoins, les mouvements de Résistance s’unifient sous la direction du CMR, encouragé et soutenu par le Gouvernement provisoire de la République française. Le rôle du CMR est de maintenir des relations avec d’autres services de la Résistance et, surtout, de créer ce Service de santé uni de la Résistance qui aidera non seulement les combattants mais aussi la population civile au moment des luttes pour la libération de la France. Le CMR crée aussi un Comité médical départemental (CMD) à Paris dont le rôle est, entre autres, de préparer la rénovation médicale française après la Libération ; il est composé de neuf membres appartenant au Service de santé Nord, au Front national des médecins et à Libération. Le professeur Lucien de Gennes, du Service de santé, estime qu’avant la Libération environ 15 000 médecins répartis dans toute la France y sont affiliés [23][23]Témoignages de Robert Merle d’Aubigné, Maurice Mayer, Paul….

21Bien que la Résistance attire très peu de membres de l’élite médicale, ceux-ci se retrouvent au conseil d’administration du CMR pour apporter du prestige à l’entreprise. Le président et le vice-président sont respectivement le professeur Louis Pasteur Vallery-Radot, connu familièrement sous le sigle PVR, membre de l’Académie de médecine et représentant le Service de santé, et le professeur Robert Debré, lui aussi membre de l’Académie de médecine, représentant le Front national. On trouve aussi parmi les membres du premier conseil d’administration Paul Milliez, ancien élève et bras droit de PVR, Robert Merle d’Aubigné, chirurgien des hôpitaux, Clovis Vincent, professeur connu de neurologie, Raymond Leibovici, chirurgien des hôpitaux, et Maurice Mayer, accoucheur des hôpitaux [24][24]B. Vergez, Internes et anciens internes des hôpitaux de Paris….

22Ces sept membres de l’élite médicale ne sont cependant pas des représentants typiques de l’establishment médical. Trois d’entre eux, Debré, Leibovici et Mayer, sont juifs ; Leibovici est aussi communiste. Leibovici et Mayer avaient, en tant que juifs, été interdits d’exercer la médecine par Vichy. À titre de dérogation exceptionnelle (onze universitaires au total en bénéficient), Robert Debré avait reçu l’autorisation rarissime de garder son poste de professeur par un décret signé du Maréchal Pétain, « considérant que le docteur Robert Debré est, en matière de pédiatrie, un maître dont la réputation est universelle ; que ses travaux sur les maladies de l’enfance, notamment la méningite cérébro-spinale, la rougeole, la diphtérie et la tuberculose, sont à l’origine de progrès capitaux dans la connaissance et le traitement de ces maladies… » [25][25]AN, AJ 40 555, dossier 2. Voir aussi A. Simonin, « Le Comité….

23Vallery-Radot est choisi par le général de Gaulle lui-même comme président du CMR. Gaulliste, il est aussi petit-fils de Louis Pasteur, donc héritier d’une grande tradition scientifique française. Ayant des contacts partout en France, il est mieux préparé à une fonction d’organisateur que Debré qui, en plus du handicap de sa condition juive, est un scientifique qui préfère la rigueur à la séduction [26][26]P. Milliez, Ce que je crois, op. cit., p. 52 et 84. Voir aussi…. Le 1er août 1944, il est nommé ministre de la Santé mais ne le reste que six semaines ; pour des raisons politiques, il est remplacé le 10 septembre par un communiste bon teint, François Billoux, premier ministre de la Santé à ne pas être médecin. Il quitte le ministère sans regret. Son action la plus marquante est d’avoir suspendu de ses fonctions le Dr Alexis Carrel, régent de la Fondation française pour l’étude des problèmes humains, accusé de collaboration avec les Allemands [27][27]P. Milliez, Ce que je crois, op. cit., p. 74 ; L. Pasteur….

La montée de la Résistance

24L’organisation, la hiérarchie de la Résistance médicale et les rôles de ses organismes dirigeants après la Libération sont évoqués en octobre 1944 par Jean Mignon dans Le Concours médical. Au sommet, animateur de l’ensemble, se trouve le Comité médical de la Résistance, dont le rôle principal est désormais de rallier la profession au nouveau régime. Il nomme aussi par cooptation les membres du nouveau Conseil national et du Conseil disciplinaire de l’Ordre. Au-dessous se trouve dans chaque département un organisme politique, le Comité médical départemental, dont le principal rôle est de nommer un Conseil départemental des médecins [28][28]J. Mignon, « La Médecine à la recherche d’un statut », Concours….

25Avant la fin octobre, le CMR choisit un Conseil départemental des médecins de la Seine [29][29]« Clartés nécessaires », Le Médecin français, n° 27, 25 octobre…. Son apparition précoce annonce l’importance que Paris et son conseil prendront durant les mois à venir. Dans ce Conseil, dix-sept membres sur vingt-cinq sont nouveaux, n’ayant pas appartenu aux conseils de l’Ordre sous Vichy ; et au moins neuf d’entre eux sont des résistants [30][30]Il n’existe pas de liste complète des médecins qui étaient dans…. Les vieux syndicalistes brillent par leur absence : un seul membre, Paul Tissier-Guy, avait été un syndicaliste actif en 1939, soit juste avant la guerre, comme membre de la commission de l’enseignement de la Confédération des Syndicats Médicaux [31][31]Médecin de France, 1er janvier 1939, p. 10.. Ce déséquilibre entre Résistance et syndicats dans le nouvel Ordre alimente les inquiétudes. On écrit dans les « Échos et commentaires » du Concours médical : « La Résistance médicale a en effet ses projets. Assez peu respectueuse de la légalité républicaine, elle paraît avant tout redouter ce qui pourrait faire croire à un retour pur et simple au régime d’avant-guerre. C’est pourquoi le rétablissement des syndicats de 1939 ne leur semble pas actuellement opportun » [32][32]Concours médical, octobre 1944, p. 489..

26Le CMR choisit aussi un Conseil supérieur de l’Ordre, nommé officiellement par le ministre de la Santé François Billoux par décret le 8 janvier 1945. Les résistants forment la majorité au sein du Conseil supérieur. Des 25 membres, quinze sont des résistants connus ; deux d’entre eux sont communistes : Hector Descomps, nommé administrateur provisoire du Conseil supérieur en août 1944, et Joseph Ducuing, professeur à la Faculté de Médecine de Toulouse, révoqué de ses fonctions sous Vichy.

27Quatre des hommes qui avaient été membres du Conseil supérieur de Vichy figurent aussi dans le nouveau Conseil ; trois d’entre eux sont des résistants. Jean Roux-Berger, le seul qui ne soit pas connu comme résistant, avait, dans une session du Conseil supérieur du 21-25 mai 1941, pris la défense du professeur Ducuing de Toulouse : « Il est inadmissible, parce qu’il est communiste, de faire sauter quelqu’un d’un poste de Faculté » – et de demander sa réintégration dans toutes ses fonctions universitaires [33][33]Archives de l’Ordre des médecins (AOM), Comptes rendus, 7e…. Charles Gernez-Rieux, qui avait organisé les Comités départementaux de la Résistance dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, avait, lui, protesté en Conseil contre le fait de devoir juger ses confrères juifs pour décider lesquels pourraient continuer à exercer la médecine sous le numerus clausus instauré par Vichy : « Je trouve que c’est très pénible, très injuste, et que ce n’est pas notre rôle » [34][34]AOM, Comptes rendus, 13e session, 24-28 janvier 1942, p. 25.. Les deux autres membres de l’ancien Conseil supérieur qui reviennent sont de gauche, Marc Nédélec et Armand Vincent. Nédélec est démocrate-chrétien, farouchement antifasciste pendant la guerre ; il s’occupe au Conseil supérieur de la réglementation de la spécialisation médicale, et présente en 1941 au Conseil un rapport sur l’organisation de la chirurgie, sa spécialité [35][35]AOM, Comptes rendus, 10e session, 27 septembre au 1er octobre…. Vincent est holiste, associé à la revue chrétienne Esprit[36][36]V. Caron, L’asile incertain. Les réfugiés juifs en France… et membre fondateur d’un syndicat médical de gauche, Médecine et Travail, affilié à la CGT ; il s’intéresse dans ce cadre à la médecine sociale et à l’hygiène publique ; comme membre du Conseil supérieur en 1942, il avait ajouté sa voix aux protestations contre le jugement des juifs [37][37]« Médecine et Travail », Programme d’action immédiate, 1933.….

28Par rapport au Conseil national de Vichy de 1943, auquel il ressemble par sa taille, ce Conseil nommé (et non élu) comprend beaucoup moins de syndicalistes – 4 sur 25 (16 %) seulement, contre 43 % en 1943.

La Résistance et les syndicats

29Malgré la désignation de ce Conseil supérieur transitoire, dominé par la Résistance et qui comprend très peu de syndicalistes, et malgré les inquiétudes exprimées par Le Concours médical concernant les projets de la Résistance, la reconstitution des syndicats suit son cours. Dans son assemblée générale des 14 et 15 janvier 1945, le CMR déclare qu’il n’avait jamais eu l’intention de se substituer aux syndicats médicaux et insiste pour que le ministre de la Santé publique et les préfets hâtent leur reconstitution [38][38]Le Médecin français, n° 33, 25 janvier 1945, p. 5.. Une commission nationale de reconstitution des syndicats avaient déjà été nommée le 13 janvier, avec pour membres les Drs Pierre Arsonneau, Jean-François Gaye, Paul Milliez et Pierre Uhry, généralistes ; Xavier Gellé, chirurgien ; et Pierre Mallet-Guy, de Lyon, médecin des hôpitaux. Milliez et Gaye sont des résistants, respectivement de droite et de gauche ; Uhry est juif et a été déporté. Arsonneau et Mallet-Guy deviendront des militants syndicalistes après la reconstitution [39][39]Le Médecin français, n° 29, 25 novembre 1944, p. 11, et n° 33,….

30Le 31 janvier 1945 paraît le décret d’application de l’ordonnance du 15 décembre 1944 qui rétablit les syndicats. Paul Cibrie, ancien secrétaire général de la Confédération générale des syndicats médicaux et toujours chef du mouvement syndical médical, est optimiste ; après avoir eu des conversations avec des représentants autorisés de la Résistance médicale, il déclare : « Je crois, et je le dis nettement, que les dirigeants des mouvements de résistance souhaitent la fin du régime transitoire et le retour aux syndicats : que “résistants” et “syndicalistes”, dont beaucoup, d’ailleurs, peuvent exciper la double qualité, désirent l’union entière du Corps médical » [40][40]P. Cibrie, « Syndicats, Ordre et Résistance », Le Médecin…. Jean Garipuy, secrétaire général du CMR et du Syndicat des médecins de la Haute-Garonne, confirme l’opinion de Cibrie : « Le CMR considère les syndicats comme des organismes absolument indispensables et essentiels dont le rôle est capital. Il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour hâter leur constitution ; il regrette qu’elle ne soit pas encore un fait accompli » [41][41]J. Garipuy, « Le C.M.R. et les Syndicats », Le Médecin….

31La Résistance elle-même est en transition et tente d’élargir sa base. Le conseil d’administration du Front national des médecins, qui s’appelle désormais le Comité national des médecins français (CNMF), constate qu’il faut unir dans un seul mouvement toutes les organisations qui, jusqu’à présent, étaient restées indépendantes. Les raisons de cette démarche sont données par le président du CNMF, Robert Debré, lors du premier congrès national tenu à Paris les 13 et 14 janvier : « Pour que la Résistance médicale ne soit pas un peu à l’écart de la masse des médecins, pour qu’elle puisse bien pénétrer parmi eux, il faut qu’elle se présente unie, mieux qu’unie : unique » [42][42]R. Debré, « Rapport sur l’union du corps médical », Le Médecin…. Le CNMF annonce que cette force unique s’appellera « Union nationale des médecins » et continuera, sur le plan patriotique, l’œuvre de la Résistance, en devenant l’organisation de la renaissance médicale française [43][43]« Vers l’Unité », Le Médecin français, n° 33, 25 janvier 1945,…. Le but du conseil d’administration du CNMF est de créer un groupe indépendant et des syndicats et de l’Ordre des médecins, et d’agir pour que ce groupe ne devienne pas associé aux partis politiques – ce qu’on craint si les mouvements de Résistance, avec leurs idées politiques différentes, subsistent. Quand ce groupe est enfin créé, en mai, sous le nom d’Union des médecins français, il se déclare à caractère essentiellement apolitique [44][44]Témoignage du docteur P. Milliez, AN, 72 AJ 80 ; « À tous les….

32Robert Debré avait clairement délimité les rôles respectifs des syndicats, de l’Ordre et de la nouvelle Résistance unie. Celui des syndicats est de défendre les intérêts professionnels, de lutter légitimement lorsqu’ils ont à discuter avec l’État, de se battre avec les mutuelles, ou d’établir un contrat avec une municipalité ou un département. Celui de l’Ordre est de faire respecter les règles professionnelles d’honneur. Quant à la nouvelle Résistance unie, dégagée de la lutte quotidienne pour les intérêts immédiats et matériels, elle doit étudier les grands problèmes de santé publique, être promotrice et réalisatrice des améliorations dans l’exercice de la médecine et les soins donnés aux Français [45][45]« Un Mouvement Unique », Le Médecin français, n° 32, 10 janvier…. Paul Cibrie réagit positivement à ce développement au sein de la Résistance [46][46]P. Cibrie, « Syndicats, Ordre et Résistance », art. cit..

33Le 6 mai, le conseil d’administration de la Confédération, élu le 18 décembre 1938, se réunit pour la première fois depuis la dissolution des syndicats par Vichy [47][47]La liste complète de ceux qui sont élus à ce moment se trouve…. Une semaine plus tard, la Chambre syndicale des médecins de la Seine tient son assemblée générale constitutive au siège de la Confédération. L’assemblée élit un conseil provisoire de 41 membres, dont le rôle est de préparer les élections et de défendre les principes de la charte de la médecine libérale « qui conditionnent l’exercice d’une médecine saine et de qualité, et nullement incompatible avec la pratique d’une médecine sociale » [48][48]S. Chenet, « Renaissance du syndicalisme parisien », Le Médecin…. La référence à la médecine sociale est sans doute une concession pour amadouer la Résistance.

34Si la Chambre syndicale affirme qu’elle veut un syndicalisme représentant véritablement le corps médical, le conseil provisoire, dans sa composition, n’atteint guère ce but. L’équilibre est certes bon entre médecins d’hôpitaux, professeurs agrégés et spécialistes d’un côté et généralistes de l’autre, mais il n’en va pas de même entre résistants et syndicalistes d’avant-guerre. En utilisant le nombre des médaillés de la Résistance pour mesurer la présence de la Résistance dans ce conseil, on en trouve sept : Hector Descomps, Paul Funck-Brentano et Jean-François Gaye, représentant la gauche ; Lucien de Gennes, Paul Milliez, Bernard Lafay et Louis Guyot pour la droite. On compte en revanche treize syndicalistes des années 1930 [49][49]AN, 72 AJ 80, Comité médical de la Résistance ; Guide… ; l’un d’entre eux, J. Fanton d’Andon, avait été membre avant-guerre du conseil d’administration de la Fédération corporative des médecins de la Région parisienne, proche de l’extrême droite, et avait écrit plusieurs articles parus dans son bulletin mensuel, Le Médecin corporatif[50][50]Le Médecin corporatif, mars, avril et mai 1939 ; Guide…. Serge Chenet, membre du conseil provisoire, écrivant dans Le Médecin français, critique la portion congrue réservée à la Résistance [51][51]S. Chenet, « L’avenir du syndicalisme », Le Médecin français,….

35Pourquoi la Résistance est-elle si facilement mise à l’écart par les syndicalistes ? Au manque d’expérience évident des guerres de la politique médicale qui caractérise ses membres s’ajoute une absence de doctrine claire. Les résistants avaient publié un programme assez flou en mars 1941 dans le premier numéro du Médecin français[52][52]« Nous voulons une réorganisation de la médecine faite par les…. Ce programme, même flou, qui parle de la France édifiant le socialisme et des médecins français luttant aux côtés du peuple, paraît en 1944 beaucoup trop radical à la profession médicale, traditionaliste dans son ensemble.

36La Résistance, dans son premier programme d’après-guerre, omet pourtant de telles phrases « gauchistes » et offre simplement de vastes généralités ou des réformes fragmentaires ; ainsi le premier numéro du Médecin français paru après la Libération, en octobre 1944, constate : « Il nous reste le combat pour l’ORGANISATION D’UNE MÉDECINE MEILLEURE, au service de la nation tout entière. Une médecine qui devra assurer à chaque Français, quelles que soient sa situation et sa fortune, les soins les plus éclairés » [53][53]Le Médecin français, n° 27, 25 octobre 1944, p. 1.. Plusieurs résistants proposent des réformes spécifiques et limitées. Yves Cachin, du Front national des internes, souhaite une réforme de l’internat [54][54]Y. Cachin, « Justes revendications des internes », Le Médecin…. Paul Milliez, catholique pratiquant, veut lutter contre l’alcoolisme et le fléau « effroyable et peut-être mortel » de la dénatalité [55][55]« La première manifestation de l’Union des médecins français…. Pierre Rouquès, communiste, souhaite créer une grande « Assurance-Nationale-Santé » qui fusionnerait les assurances existantes, publiques et privées, et créer des Centres de diagnostic – idée qui n’est pas faite pour plaire aux syndicalistes [56][56]Ibid., « Allocution du docteur Rouquès ». Dans sa profession de…. Mais deux des initiatives retiennent surtout l’attention : la réforme des études médicales et la médecine de groupe.

37La réforme des études médicales est poussée par Robert Debré. Celui-ci propose de substituer au système actuel, où les chefs de service passent leurs matinées à l’hôpital et l’abandonnent l’après-midi pour l’exercice libre de la profession, un changement de centre de gravité pour le corps enseignant, avec la plus grande partie du temps consacrée à l’hôpital. Les professeurs prendraient l’engagement d’honneur de consacrer à leur enseignement et à leurs études la plus belle partie de leurs heures et de leurs efforts [57][57]R. Debré, « Les Facultés de médecine et leur avenir », Le….

38Cette réforme de l’enseignement médical n’a rien à voir avec l’Ordre. Ce n’est pas le cas de la médecine de groupe, c’est-à-dire des centres équipés et outillés pour qu’un certain nombre de médecins y reçoivent la clientèle, et dont les principaux partisans sont deux anciens membres du Conseil supérieur de l’Ordre de Vichy, Armand Vincent et surtout Marc Nédélec. Vincent, que Nédélec saluera comme « pionnier », avait parlé de cette forme d’exercice de la médecine dès 1936-1937 [58][58]A. Vincent, « L’ordre des Médecins, Non. De l’ordre dans la… ; mais c’est Nédélec qui porte l’idée devant l’Ordre, en 1941, au cours de discussions sur la réglementation de la spécialisation. Dans des sessions du Conseil supérieur, Nédélec présente un rapport où il parle d’une « spécialisation préférentielle » avec des équipes de chirurgiens, une répartition des fonctions selon une idéologie technique. Il veut supprimer aussi rapidement que possible la « chirurgie individualiste ». Robert Hollier, le seul syndicaliste dans ce Conseil supérieur, réagit à ces idées d’un ton méprisant : « Pensez-vous une seconde à ce que sera la réaction du corps médical français quand viendra un ukase leur disant : tous les médecins de la région de Juvisy iront exercer à telle heure à tel endroit sous la direction d’Untel ? ». René Leriche, chirurgien très connu et président du Conseil, a le dernier mot : « Il ne faut pas soutenir l’équipe fermée et indissoluble » [59][59]AOM, Comptes rendus, 5e session, 15-21 mars 1941, p. 38 ; 10e…. Les autres membres du Conseil supérieur n’acceptent donc pas cette médecine de groupe chère à Nédélec, mais il n’y renonce pas. Il en reparlera en 1944 dans son livre Essai sur la réforme de la médecine, puis dans deux articles parus dans Le Médecin français en 1947 [60][60]M. Nédélec, Essai sur la réforme de la médecine, Paris,….

39Devant cette collection disparate de réformes individuelles de la Résistance médicale, les syndicats possèdent un grand avantage. Leur doctrine est et concrète et bien connue, n’ayant jamais varié depuis l’avant-guerre : défense de la charte de la médecine libérale, libre choix du médecin par le malade, liberté de prescription, respect absolu du secret professionnel, entente directe du malade et du praticien pour les honoraires. Et les syndicats n’ont pas le moindre scrupule à s’engager dans la politique ; ils le disent très clairement en parlant de leurs rapports avec le futur Ordre des médecins à l’assemblée générale de la Confédération, le 5 octobre 1945 : « L’Assemblée est unanimement d’avis que ces rapports doivent représenter une symbiose parfaite, et estime que pour ce faire, le mieux est, incontestablement, d’envoyer siéger dans les Conseils de l’Ordre une grande majorité de membres ou d’anciens membres des conseils d’administration syndicaux » [61][61]P. Cibrie, « Ordre et Syndicats ? ou Ordre tout seul ? »,…. La position des syndicats est inchangée depuis 1929.

Les élections des Conseils

40C’est dans cette ambiance que la profession médicale française aborde les élections décrétées par l’ordonnance du 24 septembre pour élire les premiers conseils départementaux, qui à leur tour éliront les conseils régionaux et national de l’Ordre.

41En décembre 1945, l’élection est marquée par un abstentionnisme important. Seuls 2 890 des 7 188 médecins inscrits votent. On compte néanmoins les suffrages exprimés. Mais tout de suite Paul Cibrie, avec ses qualités connues de débatteur, fait adopter à l’unanimité une motion demandant la démission du conseil élu dans des conditions aussi anormales, en lui donnant quand même, avant que cette démission n’entre en vigueur, la mission d’organiser dans le délai d’un mois des élections définitives et claires [62][62]Concours Médical, 20 décembre 1945, p. 1031 ; « Des élections…Médecin de France ne parle même pas de ces élections éphémères, dirigeant plutôt son attention vers la nouvelle ordonnance sur les assurances sociales du 19 octobre 1945.

42Ce texte est le point culminant d’une grande réforme des assurances sociales en plusieurs étapes (ordonnances des 3 mars et 4 octobre 1945) [63][63]Pour une mise en perspective historique, cf. M. Dreyfus et alii…. Elle procède à une amélioration de la couverture sociale, notamment avec la création d’une assurance longue maladie, mais cherche aussi à maîtriser les tarifs pratiqués par les médecins. L’ordonnance prévoit des modalités de fixation des tarifs dans son article 12. Ces tarifs sont bien établis par les syndicats pour chaque département, mais l’État conserve un rôle régulateur. Ils doivent être approuvés par les ministres du Travail, de la Santé publique et de l’Économie nationale. Passé un délai de deux mois, ils sont considérés comme homologués.

43Les syndicats voient dans cette ordonnance une attaque contre l’un des points de la charte de la médecine libérale, celui qui concerne l’entente directe. Les articles 10, 11, 12, et 13 de l’ordonnance, déclare Paul Cibrie, « substituent à l’entente directe […] une entente directe “collective” ou surveillée. C’est en effet l’institution d’un tarif opposable… ». Après des discussions, les syndicats finissent par accepter, le 23 février 1946, l’ordonnance du 19 octobre, mais avec des réserves : « conscient[s] […] de la nécessité d’apporter à des malades dont la situation l’exige une couverture effective de risque maladie, [ils]déclare[nt] accepter une collaboration loyale à l’application de l’ordonnance du 19 octobre sous les réservations [sic] suivantes : un secteur libre sera délimité dans le cadre des dérogations légales, secteur dans lequel fonctionnera effectivement l’entente directe, sauf abus manifestes ». L’historien de la Sécurité sociale Bruno Valat constate toutefois que des médecins refusent très vite de s’engager dans la voie contractuelle qu’implique l’ordonnance du 19 octobre. L’État les laisse faire [64][64]B. Valat, Histoire de la Sécurité sociale (1945-1967), Paris,….

44On peut se demander pourquoi Pierre Laroque, le « père » de la Sécurité sociale et résistant lui-même, n’intervient pas pour lutter contre cet obstructionnisme des syndicats. En lisant ses mémoires publiés en 1993, on a l’impression que Laroque croyait qu’avec les conventions passées entre les caisses et les syndicats, tout était réglé. En outre, Laroque avoue qu’il répugnait à user de ses pouvoirs de tutelle par voie d’autorité [65][65]P. Laroque, Au service de l’Homme et du Droit. Souvenirs et…. Enfin, la Sécurité sociale est un des objectifs de la Résistance et le programme adopté par le CNR le 15 mars 1944 en prévoit un plan complet. Mais la Résistance intérieure, comme la France Libre, accorde la priorité à la lutte contre l’occupant et la Sécurité sociale ne fait finalement l’objet d’aucun projet détaillé. Quand Pierre Laroque est nommé directeur général des Assurances sociales le 5 octobre 1944, il ne dispose donc d’aucun texte susceptible de servir de base concrète à son travail [66][66]B. Valat, « Résistance et Sécurité sociale (1941-1944) », Revue…. La Résistance arrive ainsi mal préparée et pour la Sécurité Sociale et pour les élections ; en revanche, les syndicats sont, eux, bien préparés pour ces deux batailles.

Les élections du 3 mars 1946

45Pour les élections du 3 mars, la liste complète des 116 candidats, avec leur présentation, est donnée par les Échos de la Médecine et les Archives hospitalières[67][67]Échos de la Médecine, 15 février 1946, p. 2 ; Archives…. Les deux traits les plus frappants sont le nombre de candidats qui font mention de leurs attaches syndicales, et qui défendent en tout ou partie la charte de la médecine libérale, respectivement 32 (27 %) et 33 (28 %). Par contre, seuls 9 candidats indiquent leur participation dans la Résistance, dont 4 juifs ; six autres auraient pu l’indiquer mais choisissent de ne pas le faire, et quatre de ces six préfèrent défendre la charte de la médecine libérale. Les élections se déroulent cette fois sans problème. 4 200 des 7 200 médecins inscrits votent (soit 58 %) [68][68]Concours Médical, 20 mars 1946, p. 251..

46Un incident marque les élections de mars. Raymond Tournay, secrétaire général de la xénophobe et antisémite Fédération des associations amicales de médecins du Front, qui est en train d’être épurée pour cause de collaboration, arrive en cinquième position, avec 2 135 suffrages [69][69]Journal des Praticiens, vol. 60, n° 8, 20 mars 1946,…. Il est immédiatement déclaré inéligible, mais le fait même qu’un xénophobe et antisémite déclaré, officiellement discrédité, puisse atteindre un tel score est la preuve que les attitudes antisémites présentes dans une partie de la profession médicale n’ont pas disparu.

47Pour le reste, les résultats sont prévisibles. Il s’agit d’une victoire des forces favorables à l’exercice traditionnel de la médecine : au total, cette tendance comprend 18 des 33 membres, soit la majorité. La Résistance perd du terrain : la participation à la Résistance ne fait plus recette, puisque seuls deux membres du conseil nouvellement élu avaient trouvé bon d’en faire mention dans leur présentation ; et le pourcentage total des résistants est aussi en baisse, 8 sur 33 membres contre 11 sur 25 dans le conseil élu le 23 décembre.

48Les conseils départementaux élisent les 26 membres du Conseil national de l’Ordre. 17 des 26 membres ont des attaches syndicales. Le vœu des syndicats d’avoir une forte majorité de confrères appréciant l’activité syndicale est donc exaucé.

49Un autre trait important du Conseil national de 1946 est la présence d’un grand nombre d’anciens des conseils de Vichy, surtout des conseils élus de 1943. Neuf de ses membres avaient été membres du Conseil national de 1943, y compris le président de ce Conseil, Louis Portes ; dix autres avaient été membres des conseils départementaux ; soit un total de 76 %. Ce retour en force des membres des conseils de Vichy reflète la pratique des conseils départementaux : presque la moitié des membres des conseils départementaux de 1946 (48,6 %) avaient déjà été membres des conseils de Vichy de 1943, et dans 31 départements ruraux, le total est de 50 % et plus.

50La Résistance n’est représentée que par 6 membres, une chute précipitée par rapport aux 53 % qu’elle avait eus dans le Conseil supérieur nommé en 1945. Cinq de ces six membres sont des syndicalistes et trois d’entre eux, Marc Bodson, Robert de Vernejoul et Bernard Lafay, avaient été membres des conseils départementaux en 1943.

51Ce conseil s’occupe des questions toujours non résolues sous le régime de Vichy, surtout la rédaction d’un code de déontologie. Ce code est rédigé par le nouveau Conseil national : il paraît au Journal Officiel du 27 juin 1947. La charte de la médecine libérale y figure en bonne place, dans le chapitre sur les devoirs généraux du médecin [70][70]Journal Officiel, 28 juin 1947, p. 5993..

L’Union des médecins français

52Avant même que les résultats des élections aux conseils de l’Ordre soient connus, des résistants comprennent que cette institution, avec son cadre rigide et son mandat limité, n’encouragera jamais un esprit novateur. Mais la Résistance n’est pas prête à renoncer à la lutte pour rénover la médecine française. Pour échapper au carcan de l’Ordre, et mettre en valeur leurs idées nouvelles et réformatrices, des résistants mettent leurs espoirs dans la nouvelle Union des médecins français fondée en mai. Ses buts, proclamés fermement par son secrétaire général Paul Funck-Brentano en décembre 1945, font miroiter des espérances aux « hommes ayant participé à la Résistance et qui désirent faire du neuf et du raisonnable », pour citer Le Médecin français. Selon Funck-Brentano, « si les questions de règlement intérieur professionnel appartiennent aux syndicats, si les questions élevées de moralité appartiennent à l’Ordre, les questions nouvelles concernant la réorganisation de l’enseignement, l’amélioration des soins hospitaliers, la création des centres de recherche dans les hôpitaux, sont plus particulièrement celles qui ressortissent de l’UMF, à charge pour elle de les étudier, et d’en soumettre la solution aux pouvoirs publics ». Funck-Brentano ajoute que l’UMF ne se contentera pas de remettre les conclusions de ses commissions aux ministres, elle suivra aussi l’exécution des réformes qu’elle préconise [71][71]P. Funck-Brentano, « Union des médecins français : but et…. Au moment où il fait cette déclaration, des rapports détaillés ont déjà été soumis sur la réforme de l’enseignement, des centres de recherche dans les hôpitaux, et l’hôpital toutes classes.

53C’est un grand pari de la part de la Résistance. Mais l’Union des médecins français, si prometteuse au début, ne tient pas ses promesses. Le Médecin français, qui donne des comptes rendus de ses activités, en publie de moins en moins au fil du temps. En 1946, l’UMF organise des conférences sur la médecine du travail avec le professeur Desoille, et sur la médecine des mines avec les Drs Descomps et Coste, tous trois résistants bien connus, ainsi que des journées médicales à Nantes le 30 novembre et le 1er décembre où, entre autres, les Drs Nédélec et Descomps font des exposés sur la médecine de groupe. En 1946, l’UMF constitue aussi, à Vichy, un comité du « Thermalisme populaire » pour apporter aux ouvriers les bienfaits de la thérapeutique thermale et hydrominérale. En 1947, l’UMF organise, par deux fois, de grandes journées médicales, l’une à Paris sur la psychiatrie, l’autre à Nice sur les maladies infectieuses. Et puis plus rien. Après 1947, toute mention de l’Union des médecins français disparaît des pages du Médecin français[72][72]Voir Le Médecin français, n° 7 (10 avril 1946), n° 8 (25 avril….

54Le Médecin français lui-même disparaît en janvier 1952. Il a été suggéré que son ancrage politique à gauche avait pu être la cause de son isolement toujours plus grand et de sa disparition [73][73]D. Beurier, Contribution, op cit., p. 65.. Si l’on regarde la nature des questions qu’il étudie et l’identité politique de certains de ses membres les plus importants, on peut conclure que l’UMF aurait pu connaître le même sort pour la même raison. Robert Milliez avait pressenti le problème dès le commencement, observant dans son discours prononcé à la première réunion de l’Union des médecins français, le 27 mai 1945 : « On nous reprochera sans doute la largeur de notre union. Chacun lançant d’ailleurs des exclusives différentes. On nous dira que des éléments si divers ne seront pas susceptibles d’agir : nous ferons des plans hardis qui satisferont les gens dits de gauche, nous ne pourrons pas les appliquer, ce qui satisferait les gens dits de droite » [74][74]« La première manifestation de l’Union des médecins…. Il fut bon prophète.

55Malgré la Libération, la fin du gouvernement de Vichy et la réorganisation de l’Ordre des médecins, très peu de changements ont lieu au sein de cet Ordre, et dans la profession médicale française en général. Comme on peut le voir dans les résultats des élections du conseil départemental de la Seine, la forme traditionnelle de l’exercice de la médecine est toujours fermement enracinée. Il n’y a pas eu de répudiation de l’Ordre de Vichy, dont tant d’hommes, en particulier ceux des conseils élus de 1943, reviennent en 1946. Les syndicats reconstitués, en harmonie avec la base de la profession, reviennent rapidement à leur puissance d’avant-guerre. Seule la Résistance est sur le déclin.

Conclusion

56Mais la Résistance, surtout de gauche, n’a pas dit son dernier mot. Ses idées continuent. Comme l’a noté Anne Simonin, « les ordonnances qui, les 11 et 30 décembre 1958, imposeront une réforme hospitalo-universitaire de grande ampleur reprennent l’essentiel des propositions élaborées dans le cadre du Front National des médecins en 1943 ». En effet, le père de cette réforme est justement un ancien du FN, Robert Debré [75][75]A. Simonin, « Le Comité Médical de la Résistance … », art.…. La médecine de groupe chère à Armand Vincent et Marc Nédélec a elle aussi un bel avenir devant elle. Cette forme d’exercice devient après-guerre, surtout pour les jeunes médecins qui s’installent, une façon de faire face aux nouvelles charges en personnel et en équipement suscitées par les progrès de la médecine et la généralisation de la Sécurité sociale. Les syndicats ne s’opposent pas à la médecine de groupe parce qu’ils ne veulent pas la laisser dans les mains de la Sécurité sociale. Par contre, l’Ordre la combat avec acharnement, la considérant comme une menace à la charte de la médecine libérale, au libre choix du médecin par le malade et à l’entente directe, puisque les médecins de groupe mettent en commun leurs honoraires ; au-delà, ils voient en elle l’occasion providentielle pour faire « quelques révolutions et réduire le bastion de libéralisme » que l’Ordre représente. Mais la médecine de groupe est en marche. Malgré les efforts faits par l’Ordre durant plusieurs années pour retarder ou empêcher son extension, le 29 novembre 1966 une loi relative aux sociétés civiles professionnelles est promulguée qui introduit la notion de l’exercice de la profession médicale par une personne morale [76][76]Journal Officiel, 30 novembre 1966, p. 10451-10453. Pour les….

57Les ordonnances sur la réforme des études médicales et la loi sur la médecine de groupe sont des victoires pour les idées de la Résistance progressiste. Mais ce sont des victoires individuelles, à l’image de la Résistance elle-même. Fragmentée, elle n’a jamais su, malgré plusieurs tentatives, s’unir en tant que force cohérente, avec un programme commun. Dès lors, elle n’a pu faire face à la concurrence des syndicats dans la lutte pour le contrôle de la profession médicale française. Elle n’en laisse pas moins ces réformes progressistes à titre d’héritage.

Notes

  1. Sapiro(dir.), L’organisation des professions intellectuelles, Le Mouvement Social, janvier-mars 2006.

La Résistance existait dans d’autres professions libérales, mais dans une moindre mesure. Il y avait ainsi un Front national des juristes, d’origine communiste, fondé par Joë Nordmann en mai 1941. Nordmann en a eu l’idée de Jean-Claude Bauer, communiste et médecin à Saint-Ouen, lui-même un des fondateurs du journal clandestin Le Médecin français (voir L. Israël, Robes noires, années sombres, Paris, Fayard 2005, p. 249-278). Nous n’avons en revanche pas trouvé de résistances organisées parmi les architectes, les dentistes, etc.

  1. Vergez-Chaignon, « Comité Médical de la Résistance », in F. Marcot(dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Paris, Robert Laffont, 2006, p. 179-180. Comme le constate l’historienne Anne Simonin, l’histoire de la résistance médicale dans son ensemble reste à écrire. On peut néanmoins consulter A. Simonin, « Le Comité Médical de la Résistance : un succès différé », Le Mouvement Social, juillet-septembre 1997, p. 159-178 ; P. Canlorbe, Le Service de Santé de la Résistance, Paris, A. Legrand et J. Bertrand, 1945 ; P. Milliez, Médecin de la Liberté, Paris, Le Seuil, 1980. On trouve également des idées sur la réorganisation des études médicales formulées par le mouvement de Résistance Organisation civile et militaire dans M. Blocq-Mascart, Chroniques de la Résistance, Paris, Éditions Corrêa, 1945, p. 230-232.
  1. Gazier, « L’Ordre des médecins », in L’exercice médical dans la société. Hier, aujourd’hui, demain, Colloque organisé par l’Ordre national des médecins les 29 et 30 septembre 1995 à Paris, Paris, Masson, 1995, p. 285-297. Sur l’histoire de l’Ordre des médecins, voir aussi P. Cibrie, L’Ordre des médecins, Paris, Laboratoires Midy, 1935 ; A. Braun, L’Ordre des médecins, Paris, Librairie du Recueil Sirey, 1941 ; R. Cahen-Molina, L’Ordre des médecins, Paris, Rousseau, 1941 ; A. Oudin, L’Ordre des médecins, Paris, Éditions de la Nouvelle France, 1941 ; P. Chevit, L’Ordre des médecins, thèse de médecine, Université Paris VI (Saint-Antoine), 1978 ; M. Nouh Guetari, Contribution à l’étude de l’histoire de la création de l’Ordre des médecins, 1845-1945, thèse de médecine, Université Toulouse III, 1986 ; P. Guillaume, « La préhistoire de l’Ordre des médecins », in L’exercice médical dans la société…, op. cit., p. 273-284 ; R. P. Nye, « Médecins, éthique médicale et État en France 1789-1947 », Le Mouvement Social, janvier-mars 2006, p. 19-36.

Journal Officiel (JO), 26 octobre 1940, p. 5430-5431.

  1. Gazier, « L’Ordre… », art. cit., note 6, p. 286.
  1. Guillaume, Le rôle social du médecin depuis deux siècles (1800-1945), Paris, Association pour l’étude de l’histoire de la Sécurité sociale, 1996, p. 267.

« Le coup de massue », Médecin de France, juillet-août 1945, p. 3-4.

Médecin de France, 15 juin 1929, p. 386. Un bon résumé des deux « phases » de l’Ordre de Vichy est donné par F. Gazier, « L’Ordre… », art. cit., p. 285-290.

JO de la République Française (Alger), 21 octobre 1943, p. 207-212.

JO de la République Française (Alger), 29 janvier 1944, p. 89-90.

  1. Milliez, Ce que je crois, Paris, Grasset, 1986, p. 91.
  1. Garrigue, « Ordre d’hier et de demain », Le Médecin français, n° 31, 25 décembre 1944, p. 3.

JO, 28 septembre 1945, p. 6083-6088.

  1. Gazier, « L’Ordre… », art. cit., p. 294-297.

On retrouvera l’histoire de la naissance des syndicats médicaux français dans P. Guillaume, Le Rôle social du médecin, op. cit., p. 51 et 117-127, et R. P. Nye, « Médecins… », art. cit., p. 30-35.

JO du 1er mai 1930, p. 4820-4824. Sur l’entente directe, cf. H. Hatzfeld, Du paupérisme à la Sécurité sociale : 1850-1940, Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1989, p. 289-291. On trouve l’histoire des relations entre syndicats médicaux et assurances sociales dans P. Guillaume, Le rôle social du médecin…, op. cit., p. 177-197.

Témoignage du Dr Bilki-Pasquier, (AN), 72 AJ 80 ; entretien avec Yves Cachin du 17 mai 1999.

Pour des exemples, voir P. Cahen, Les médecins malgré eux, Paris, Librairie Arnette, 1972, p. 79 ; D. Evleth, « Vichy France and the Continuity of Medical Nationalism », Social History of Medicine, vol. 8, January 1995, p. 110. Pour les bureaux des syndicats, on peut, en l’absence d’autre méthode pour découvrir des Juifs, chercher des noms à consonance juive. Il n’y en avait aucun.

  1. Nahum, La Médecine française et les Juifs 1930-1945, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 306. On trouve une histoire du Médecin françaisdans D. Beurier, Contribution à l’étude de la presse médicale clandestine française pendant la Seconde Guerre mondiale : Le Médecin français et Le Combat médical de 1941 à 1944, thèse de médecine, Université Paris VI (Faculté de Médecine Salpêtrière), 1994.

Témoignage Descomps, AN, 72 AJ 80.

Dans ses trois lignes d’auto-présentation, le résistant Paul Tournafond prône l’interdiction d’exercer pour les médecins étrangers. Il est élu suppléant. Les Échos de la Médecine, 15 février 1946, p. 2.

Témoignages de Robert Merle d’Aubigné, Maurice Mayer, Paul Funck-Brentano, AN, 72 AJ 80.

  1. Vergez, Internes et anciens internes des hôpitaux de Paris de 1918 à 1945, thèse de doctorat d’histoire, IEP de Paris, 1995, p. 527 ; AN, 72 AJ 80.

AN, AJ 40 555, dossier 2. Voir aussi A. Simonin, « Le Comité Médical de la Résistance… », art. cit., p. 163. Robert Debré apprend le 5 janvier 1941 que Pétain a signé le décret, mais à cause de l’opposition des Allemands ce décret n’entre en application que le 11 juillet.

  1. Milliez, Ce que je crois, op. cit., p. 52 et 84. Voir aussi A. Simonin, « Le Comité Médical de la Résistance… », art. cit., p. 160-161.
  1. Milliez, Ce que je croisop. cit., p. 74 ; L. Pasteur Vallery-Radot, Mémoires d’un non-conformiste, Paris, Grasset, 1966, p. 287 et 291-292 ; R. Soupault, Alexis Carrel, Paris, Les Sept Couleurs, 1972, p. 246. A. Reggiani, God’s Eugenicist: Alexis Carrel and the Sociobiology of Decline, Oxford, Berghahn, 2006.
  1. Mignon, « La Médecine à la recherche d’un statut », Concours médical, octobre 1944, p. 484.

« Clartés nécessaires », Le Médecin français, n° 27, 25 octobre 1944, p. 14.

Il n’existe pas de liste complète des médecins qui étaient dans la Résistance. Cependant le Guide Rosenwald note les médaillés de la Résistance ; il est utilisé ici comme guide principal. Voir aussi Annuaire de la Résistance, Paris, OGEPT, 1947 ; Annuaire des Médecins du Front, 1954. Il existe aussi une liste sur Internet, « Mémoire et espoirs de la Résistance : Médecins médaillés de la Résistance » ; les chiffres donnés en utilisant cette mesure sont sans doute sous-estimés.

Médecin de France, 1er janvier 1939, p. 10.

Concours médical, octobre 1944, p. 489.

Archives de l’Ordre des médecins (AOM), Comptes rendus, 7e session, 21-25 mai 1941, p. 130.

AOM, Comptes rendus, 13e session, 24-28 janvier 1942, p. 25.

AOM, Comptes rendus, 10e session, 27 septembre au 1er octobre 1941, p. 160-165.

  1. Caron, L’asile incertain. Les réfugiés juifs en France 1933-1942, Paris, Tallandier, 2008.

« Médecine et Travail », Programme d’action immédiate, 1933. Institut CGT d’Histoire sociale, dossier « Médecine et Travail » ; AOM, Comptes rendus, 13e session, 24-24 janvier 1942, p. 26. J.-C. Devinck, La Création de la médecine du travail en France (1914-1946), Paris, UNSA Éducation, 2002.

Le Médecin français, n° 33, 25 janvier 1945, p. 5.

Le Médecin français, n° 29, 25 novembre 1944, p. 11, et n° 33, 25 janvier 1945, p. 14 ; AN, 72 AJ 80 ; Médecin de France, novembre-décembre 1945, p. 142 et juin 1946, p. 440.

  1. Cibrie, « Syndicats, Ordre et Résistance », Le Médecin français, n° 34, 10 février 1945, p. 15.
  1. Garipuy, « Le C.M.R. et les Syndicats », Le Médecin français, n° 35, 25 février 1945, p. 15.
  1. Debré, « Rapport sur l’union du corps médical », Le Médecin français, n° 33, 25 janvier 1945, p. 4.

« Vers l’Unité », Le Médecin français, n° 33, 25 janvier 1945, p. 1.

Témoignage du docteur P. Milliez, AN, 72 AJ 80 ; « À tous les médecins de France », Le Médecin français, n° 41, 25 mai 1945, p. 16.

« Un Mouvement Unique », Le Médecin français, n° 32, 10 janvier 1945, p. 1 ; R. Debré, « Rapport sur l’union du corps médical », art. cit.

  1. Cibrie, « Syndicats, Ordre et Résistance », art. cit.

La liste complète de ceux qui sont élus à ce moment se trouve dans Médecin de France, 1er janvier 1939, p. 5-8.

  1. Chenet, « Renaissance du syndicalisme parisien », Le Médecin français, n° 41, 25 mai 1945, p. 15.

AN, 72 AJ 80, Comité médical de la Résistance ; Guide Rosenwald, 1947 ; Médecin de France, janvier 1937, p. 19-26 et janvier 1939, p. 5-14.

Le Médecin corporatif, mars, avril et mai 1939 ; Guide Rosenwald, 1939, 1943, 1945.

  1. Chenet, « L’avenir du syndicalisme », Le Médecin français, n° 42, 2 juin 1945, p. 14.

« Nous voulons une réorganisation de la médecine faite par les médecins eux-mêmes. Nous lutterons pour que le médecin puisse exercer sa profession dans les conditions techniques les meilleures possibles et pour qu’une condition aisée lui soit assurée. Nous lutterons pour que le malade ne soit plus séparé du médecin par son porte-monnaie. Nous lutterons pour l’organisation d’une médecine préventive indispensable au pays. Nous lutterons pour que se créent les conditions objectives nécessaires au développement des sciences médicales et à leurs applications pratiques correctes. La médecine de demain, celle de la France édifiant le socialisme, sera ce que la feront les médecins français luttant aux côtés du peuple » (Le Médecin français, n° 1, mars 1941).

Le Médecin français, n° 27, 25 octobre 1944, p. 1.

  1. Cachin, « Justes revendications des internes », Le Médecin français, n° 51, 25 octobre 1945, p. 18.

« La première manifestation de l’Union des médecins français vient de se tenir à Paris le 27 mai 1945 : allocution du docteur Milliez », Échos de la Médecine, 1er juin 1945.

Ibid., « Allocution du docteur Rouquès ». Dans sa profession de foi pour les élections au conseil départemental de la Seine, Robert Coliez, président du Syndicat des Électriciens-Radiologistes des hôpitaux de Paris, écrira : « Ni dispensaires ni centres de diagnostic étatisés ». Il sera élu. Archives hospitalières, numéro spécial, mars 1946, p. 4.

  1. Debré, « Les Facultés de médecine et leur avenir », Le Médecin français, n° 32, 10 janvier 1945, p. 3.
  1. Vincent, « L’ordre des Médecins, Non. De l’ordre dans la Médecine, Oui », Médecine et Travail, juillet 1936 ; A. Vincent, Vers une Médecine humaine, Paris, Éditions Montaigne, 1937, p. 177-178.

AOM, Comptes rendus, 5e session, 15-21 mars 1941, p. 38 ; 10e session, 27 septembre-1er octobre 1941, p. 160-165 ; 11e session, 1er-5 novembre 1941, p. 69.

  1. Nédélec, Essai sur la réforme de la médecine, Paris, Julliard, 1944, p. 104-117 ; « Le cabinet de groupe », Le Médecin français, 1947, n° 6, p. 80-84 ; « La réforme de l’exercice médical », Le Médecin français, 1947, n° 36, p. 12-14.
  1. Cibrie, « Ordre et Syndicats ? ou Ordre tout seul ? », Médecin de France, n° 3, novembre-décembre 1945, p. 139 ; L. Guyot, « Le Médecin en face de l’Ordre et des Syndicats », Les Échos de la Médecine, 1erdécembre 1945, p. 1.

Concours Médical, 20 décembre 1945, p. 1031 ; « Des élections dans la clarté », Le Médecin français, n° 55, 25 décembre 1945, p. 1.

Pour une mise en perspective historique, cf. M. Dreyfus et alii (dir.), Se protéger, être protégé. Une histoire des assurances sociales en France, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006.

  1. Valat, Histoire de la Sécurité sociale (1945-1967), Paris, Economica, 2001, p. 152-154.
  1. Laroque, Au service de l’Homme et du Droit. Souvenirs et réflexions, Paris, Association pour l’étude de l’histoire de la Sécurité sociale, 1993, p. 219 et 227.
  1. Valat, « Résistance et Sécurité sociale (1941-1944) », Revue historique, n° 592, 1994, p. 315-316.

Échos de la Médecine, 15 février 1946, p. 2 ; Archives hospitalières, n° spécial élections, mars 1946, p. 3-8.

Concours Médical, 20 mars 1946, p. 251.

Journal des Praticiens, vol. 60, n° 8, 20 mars 1946, p. 125-127 ; Concours Médical, 20 mars 1946, p. 251.

Journal Officiel, 28 juin 1947, p. 5993.

  1. Funck-Brentano, « Union des médecins français : but et programme », Le Médecin français, 25 décembre 1945, p. 11.

Voir Le Médecin français, n° 7 (10 avril 1946), n° 8 (25 avril 1946), n° 11 (10 juin 1946), n° 13 (10 juillet 1946), n° 14 (25 juillet 1946), n° 15-16 (10 août 1946), n° 19 (10 octobre 1946), n° 22 (25 novembre 1946), n° 24 (25 décembre 1946) ; n° 3 (10 février 1947), n° 8 (10 avril 1947).

  1. Beurier, Contribution, op cit., p. 65.

« La première manifestation de l’Union des médecins français… », art. cit., allocution du docteur Milliez.

  1. Simonin, « Le Comité Médical de la Résistance … », art. cit., p. 178. Pour en savoir plus sur cette réforme, on peut consulter AN, F17 17413, « Comité interministériel d’étude » ; R. Debré, L’honneur de vivre, Paris, Stock, 1974, p. 348-361 ; H. Jamous, Sociologie de la décision : la réforme des études médicales et des structures hospitalières, Paris, Éditions du CNRS, 1969.

Journal Officiel, 30 novembre 1966, p. 10451-10453. Pour les positions des syndicats et de l’Ordre, voir « Médecine de groupe », Médecin de France, n° 168, 1960, p. 132-134 ; « Les cabinets de groupe : exposé de M. Villey à l’Assemblée des Présidents et Secrétaires généraux des Conseils départementaux le 31 mars 1963 », Bulletin de l’Ordre des médecins, juin 1963, p. 162-167.

Mis en ligne sur Cairn.info le 12/11/2009

 

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Cette entrée a été publiée le 15 mai 2020 par dans anticapitalisme, DEVOIR DE MEMOIRE, DOCUMENTS POUR L'HISTOIRE, MEDECINE.