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Comment l’UE se prépare à une éventuelle annexion israélienne en Cisjordanie !

Dans un rapport du service diplomatique européen, obtenu par « Le Monde », la difficulté à parvenir à un consensus sur des mesures de rétorsion apparaît au grand jour.

Par Piotr Smolar

L’orage se profile, mais il n’est pas certain qu’il éclate. Cet orage porte un nom, « annexion », et désigne la possible extension de la souveraineté israélienne à une partie de la Cisjordanie. Promise par Benyamin Nétanyahou au cours des trois campagnes législatives que le pays a connues en un an, cette mesure explosive, en violation du droit international, oblige les Européens à anticiper. Depuis plusieurs mois, les Etats membres échangent sur la façon d’empêcher, ou à défaut, de répondre à une telle rupture historique, qui marquerait une sortie de l’occupation, régime en vigueur depuis 1967.

Une nouvelle étape dans ces concertations est prévue avec la visioconférence des ministres des affaires étrangères des Vingt-Sept, vendredi 15 mai. Mais les divisions entre Etats-membres sont criantes. La difficulté à faire consensus semble mettre Israël à l’abri de toute mesure de rétorsion forte. C’est ce qui apparaît dans un document interne du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), dont Le Monde a eu connaissance. Signé par Susanna Terstal, la représentante spéciale de l’Union européenne pour le Moyen-Orient, ce texte de trois pages s’inscrit dans la continuité des consultations informelles entre diplomates chargés de cette région, tenues à quatre reprises en février.

 

Le plan Trump, présenté fin janvier et entièrement favorable à l’Etat hébreu, « ne peut constituer une base pour une solution viable au conflit » israélo-palestinien, souligne le rapport. Pourtant, les discussions ont aussi fait apparaître une chose : « Malgré l’exemple de la Crimée, il n’existe pas de volonté chez les Etats membres de sanctionner Israël en cas d’annexion. » Cette référence à la province ukrainienne absorbée par la Russie en 2014 est fondamentale. L’opération organisée par Moscou avait entraîné l’adoption d’un éventail de sanctions européennes.

Le vœu pieux d’une contre-proposition palestinienne

Le rapport souligne toutes les limites du dialogue actuel entre Européens : « Des différences demeurent sur la façon dont l’UE peut répondre, de nombreux Etats membres soulignant que cela dépendrait de la façon dont Israël mettrait en œuvre l’annexion et comment elle serait analysée par rapport au droit international. » Sur ce dernier point, il n’y a pas d’ambiguïté possible. Mais c’est une façon pour la Hongrie, premier avocat d’Israël dans l’UE, ou encore pour la République tchèque, la Bulgarie ou la Pologne, malgré le conflit mémoriel avec l’Etat hébreu, de freiner de tout leur poids les partisans d’une ligne plus dure, comme la Belgique, la France ou le Luxembourg.

De nombreux membres de l’UE, explique le document, aimeraient que les Palestiniens présentent « une contre-proposition élaborée [au plan Trump] qui pourrait être utilisée dans les discussions diplomatiques ». Des discussions qui relèvent pourtant du vœu pieux, étant interrompues depuis le printemps 2014. De même, le texte mentionne la nécessité d’une politique d’incitations et de mises en garde auprès des deux parties, comme si les lignes n’avaient pas fondamentalement bougé avec l’administration Trump, qui a offert sa caution à toutes les ambitions de la droite messianique israélienne. En 2018, la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale par Washington n’avait pas provoqué l’explosion de violence palestinienne redoutée, confortant ainsi les extrémistes de l’autre bord.

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Lors des funérailles de Zaid Qiseya, un adolescent tué lors de heurts avec l’armée israélienne, le 13 mai près d’Hébron. MUSSA ISSA QAWASMA / REUTERS

En cas d’annexion irréversible, plusieurs suggestions sont mises en avant par la représentante spéciale, devant être validées au moment opportun par la Commission et les Vingt-Sept. La Commission pourrait décider « de mettre en œuvre de façon stricte la politique de différenciation à travers des procédures d’infraction contre les Etats membres » qui ne la respecteraient pas. Cette politique fait référence à l’étiquetage des produits fabriqués dans les colonies israéliennes en Cisjordanie, une mention non punitive, visant à informer les consommateurs.

Bruxelles pourrait également réviser les conditions d’accès d’Israël à des programmes comme Horizon Europe (programme de coopération scientifique arrivant à expiration cette année) ou Erasmus, en raison de l’extension de sa souveraineté. Enfin, s’il apparaissait aux VIngt-Sept que la solution à deux Etats n’est plus viable, « l’UE peut décider d’arrêter ses financements aux institutions palestiniennes (…) et de tenir Israël pour pleinement responsable des droits des Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. » En revanche, l’idée d’une reconnaissance de la Palestine comme Etat par l’UE, comme l’ont fait 137 pays dans le monde à ce jour, n’est même pas citée sous forme d’hypothèse. Les pays cadres de l’UE, comme la France, l’Allemagne ou l’Italie, y sont opposés à ce jour, estimant qu’il s’agit d’une option ultime.

Prix à payer exorbitant

Le nouveau gouvernement israélien, dit d’union nationale, devait être confirmé par un vote à la Knesset jeudi 14 mai. Selon l’accord de coalition conclu entre Benyamin Nétanyahou et Benny Gantz, l’annexion de pans de territoires palestiniens pourrait débuter à compter du 1er juillet. La crise sanitaire qui occupe les esprits, le soutien américain et la fatigue de l’opinion publique palestinienne offrent un contexte favorable. Mais rien n’est écrit d’avance.

 

Le prix à payer serait en effet fort élevé, alors que le bénéfice sur le terrain semble nul, l’armée israélienne contrôlant déjà la vallée du Jourdain et les grands blocs de colonies comme Maalé Adoumim, Ariel ou le Goush Etzion. Ce prix pourrait concerner la stabilité sécuritaire dans les territoires et les accords de paix conclus avec l’Egypte et la Jordanie, cette dernière risquant d’être déstabilisée par l’annexion de la vallée. Plus largement, toutes les manœuvres de rapprochement avec les pays arabes sunnites, comme l’Arabie saoudite, seraient en danger, après des années de patients efforts israéliens. Enfin, Israël s’exposerait davantage aux poursuites devant la Cour pénale internationale (CPI). Sans parler du fossé qui s’accentuerait avec les juifs de la diaspora, en particulier aux Etats-Unis.

 

 

 

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Cette entrée a été publiée le 15 mai 2020 par dans anticapitalisme, APARTHEID, COLONIALISME, EUROPE, ISRAEL, Palestine.