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États-Unis – Dossier. Les menaces d’étendre l’occupation de Portland à d’autres villes

Le «mur des mères» pour protéger les manifestants contre la police et les agents fédéraux

Par Barry Sheppard

Alors que des agents fédéraux anonymes poursuivent leur campagne d’attaques violentes et illégales contre les manifestant·e·s de Black Lives Matter (BLM) à Portland, Oregon, provoquant une réaction de plus en plus forte, le président Trump déclare qu’il enverra d’autres agents fédéraux dans différentes villes pour semer le chaos.

Suite à la chute des sondages, due en partie à son échec total concernant le coronavirus, Trump cherche à détourner l’attention de cette faillite et à renforcer sa stature d’autocrate fort qui peut écraser le soulèvement du mouvement BLM en déchaînant des voyous en tenue de travail camouflée contre des manifestant·e·s en grande partie pacifiques.

Il dépeint les villes du pays comme étant hors de contrôle en raison de la vague de protestations qui a éclaté après l’assassinat de George Floyd (le 25 mai 2020) par la police. Il affirme que les manifestant·e·s ne sont pas des contestataires mais des «anarchistes qui haïssent l’Amérique».

«Je vais faire quelque chose – je peux vous l’assurer», a déclaré Trump aux journalistes. «Parce que nous n’allons pas laisser New York et Chicago et Detroit et Baltimore et tout ça – Oakland est un désastre. Nous n’allons pas laisser cela se produire dans notre pays. Tous [toutes ces villes] sont dirigés par des démocrates libéraux.»

Il a ajouté: «Toutes sont dirigées, en fait, par des démocrates très libéraux. Toutes sont dirigées, en fait, par la gauche radicale.»

A Portland, il y a eu des scènes enregistrées par vidéo d’agents frappant des gens avec des matraques, tirant de grandes quantités de grenades à gaz lacrymogène ainsi que des projectiles moins dangereux.

Un manifestant, qui tenait un haut-parleur pour diffuser un discours, a été frappé à la tête par un de ces projectiles. Son crâne a été fracturé, nécessitant une intervention chirurgicale.

Un vétéran de la Marine est venu aux manifestations à cause de ce que faisaient ces agents fédéraux. Il a mis son sweatshirt et son béret de la marine pour s’identifier comme ancien militaire, pensant que les agents ne l’attaqueraient pas. Il voulait les engager dans un dialogue, mais il a reçu une pluie de coups de matraque et de spray au poivre. Une de ses mains a été fracturée.

Des agents dans des fourgons banalisés ont enlevé des gens dans la rue. Ces derniers ne savaient pas s’ils étaient kidnappés par des gangs de droite, qui souvent se déguisent. Pour mémoire, Portland a accueilli des groupes racistes comme les Proud Boys. En 2017, peu après l’entrée en fonction de Trump, un de ces partisans de la «Alt-Right» a tenté de tuer deux adolescents noirs dans les transports publics, mais il a été arrêté par des passants blancs. Puis ce suprémaciste blanc a retourné son couteau contre eux, tuant deux personnes.

Après que les manifestants furent enlevés par les agents, ils ont été emmenés dans un tribunal fédéral, interrogés et libérés au bout de quelques heures, sans explication ni accusation. C’était juste pour les terrifier et les intimider.

Les protestations s’étaient en grande partie éteintes, comme dans d’autres villes, avant l’arrivée des Fédéraux. Depuis lors, elles ont repris de l’ampleur. Le week-end dernier, un groupe de mères de manifestant·e·s a formé ce qu’elles ont appelé un «Mur des Mamans» pour les protéger des voyous en treillis.

L’une des «Mamans» a été interviewée. Elle a déclaré: «Leurs actions sont terrifiantes», en référence aux Fédéraux. «Je veux dire que nous, en tant que partisans de la démocratie, nous devons tenir tête. J’ai 60 ans. Je ne devrais probablement pas être ici avec ce public [à cause du virus]. Mais c’est au-delà de l’acceptable.»

Les élus démocrates, du gouverneur de l’Oregon au maire de Portland, ont exigé la révocation des agents fédéraux, en vain. Il est à noter que le mouvement a protesté contre ces mêmes fonctionnaires et la police avant l’arrivée des agents fédéraux.

Lilith Sinclair, une organisatrice afro-indigène, s’est exprimée le 21 juillet sur le site TV en ligne de Democracy Now. Voici une partie de ses propos, légèrement modifiés:

«Il est difficile d’englober toute la profondeur de ce que nous avons vécu dans les rues de Portland. Ce mouvement a commencé avec une mère célibataire noire qui est descendue dans la rue et a mené l’appel à l’occupation du palais de justice fédéral pour réclamer le changement. Ce mouvement s’est transformé en un mouvement, fort de milliers de personnes, qui a uni un grand nombre de nos concitoyens ici.

«Ce que nous avons vu est une escalade répressive continue contre nos manifestants. Mais ce qu’il est important de comprendre, c’est que nous nous sommes affrontés à de graves brutalités policières de la part de nos forces de police locales, pendant des années.

«Ce que nous avons vécu a commencé avec “nos” forces de police locales qui ont mené non seulement des tactiques d’intimidation, mais aussi des brutalités violentes contre nos manifestants. Nous avons des officiers qui utilisent des grenades flash bang de manière répétée. [Ces grenades étourdissent et désorientent les gens, avec un bruit fort et un flash lumineux. Ils ont coupé des mains et des doigts, provoqué des crises cardiaques, et parfois tué.]

«Déployant également du gaz CS et d’autres munitions – gaz lacrymogène, balles de gaz poivré et autres. Il s’agit d’une action sur le long terme avec une force de police militarisée. L’intervention des agents fédéraux l’a intensifiée.

«Nous assistons à des disparitions. Ces véhicules banalisés qui circulent dans les rues sont remplis d’hommes en uniforme, sans badge, sans papiers d’identité. Ils refusent même de répondre à la question “Etes-vous ou non des forces de l’ordre?”. Et les habitants de Portland sont non seulement inquiets pour leur sécurité, mais ils estiment que notre combat est justifié.

«Cela se produit pendant une pandémie sanitaire mondiale et une poussée à la fin du confinement non seulement par les républicains mais aussi les démocrates. Dans l’Oregon, la réouverture a eu lieu, puis les gens ont constaté, maintenant, des semaines plus tard, une hausse des taux d’infection; et ils sont à nouveau licenciés de leur emploi, à nouveau recalés par le système de chômage.

«Les gens ont besoin de temps pour comprendre les échecs de ce système capitaliste, suprémaciste blanc. Ils ne disposent de rien d’autre que du temps devant eux. Le mouvement s’amplifie donc. Nous avons vu les mères sortir. La nuit dernière, c’était le “barrage des pères”, beaucoup de gens étonnants, qui sont venus en ville après avoir vu des gens se faire brutaliser chaque soir.

«Nous passons nos nuits dans la terreur. Nous ne pouvons pas dormir à l’autre bout de la ville à cause des flash bangs, et des gaz lacrymogènes dans toute la ville. Cela affecte notre communauté de sans-logis, cela affecte nos quartiers.

«Les autorités locales et de l’État n’ont pas réagi, sauf par des paroles bien intentionnées [demandant le retrait des agents fédéraux], ce qui provoque un sentiment légitime de frustration et de colère et fait augmenter les protestations.»

Dans les prochains jours, si Trump met à exécution ses menaces d’envoyer plus d’agents fédéraux dans plus de villes, nous verrons quelle sera la réaction. (Article reçu de l’auteur le 22 juillet 2020; traduction rédaction A l’Encontre)

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Portland. L’utilisation des agents fédéraux par Trump débouche sur la nature anticonstitutionnelle de ce type d’initiatives du régime

Par Jason Wilson

L’implication de l’administration Trump a fait monter les enjeux d’un conflit localisé, selon des responsables des droits civils de l’Oregon

Des agents fédéraux de Portland, dans l’Oregon, ont arrêté des manifestant·e·s dans des fourgons banalisés, gazé la foule, battu des journalistes et travaillé sans identification visible ni insigne, durant ces derniers jours, alors que Black Lives Matte (BLM) proteste dans la ville, depuis huit semaines consécutives.

Les agents ont agi en dépit des objections du maire de Portland, Ted Wheeler, du gouverneur de l’Oregon, Kate Brown, et des deux sénateurs démocrates de l’Oregon.

Ces agents ont rencontré une résistance dans les rues de la part des manifestant·e·s. Mais, maintenant, cette résistance s’exprime aussi dans les tribunaux et de la part des politiciens. En effet, nombreux sont les habitant·e·s de l’Oregon qui saisissent les implications nationales de l’intervention de forces de police fédérales – selon la décision de Donald Trump – dans le «maintien de l’ordre» à Portland.

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Portland est maintenant devenu le centre d’intérêt des deux parties au conflit. Le président américain et ses partisans dans les médias conservateurs considèrent l’intervention comme un modèle à utiliser dans les villes du pays. Pendant ce temps, ses opposants voient la réaction de la ville comme un cri de ralliement, renforçant les protestations et fournissant une initiative spectaculaire qui peut être utilisée pour mettre en garde contre les tendances autoritaires de Trump.

Mercredi 22 juillet 2020, Trump a annoncé «une recrudescence de l’application de la loi fédérale dans les communautés américaines en proie à la criminalité violente».

Mardi 21 juillet, 15 maires de villes américaines, dont Ted Wheeler, ont comparé les actions de Trump à celles d’un «régime autoritaire», et ont exigé que «des agents fédéraux ne soient pas envoyés dans leurs villes».

Localement, les leaders des droits civiques de l’Oregon affirment que les actions de Trump ont augmenté les enjeux des manifestations qui jusqu’à présent étaient principalement concentrées devant le bâtiment de police de Portland (PPB), police qui a été accusée de mener une politique de protestation autoritaire et partiale.

Eric K. Ward, directeur exécutif du Western States Center (WSC), une organisation de défense des droits civils basée à Portland, a déclaré que si les habitants de Portland ont «leurs propres luttes, propres à leur communauté, l’administration Trump nous a maintenant placés au milieu d’un débat national qui a des conséquences nationales».

Il a ajouté: «Si cela reste sans réponse politique sérieuse et sans effets, cela ouvre la porte au président pour qu’il crée sa propre force de sécurité personnelle qu’il peut déployer partout dans le pays, sans tenir compte de la Constitution.»

Le WSC est désormais co-plaignant dans un procès intenté contre quatre agences fédérales: le Département de la sécurité intérieure (DHS), le US Marshals Service (USMS-Agence de police du gouvernement fédéral), le Service des douanes et de la protection des frontières (CBP) et le Federal Protective Service (FPS-la division de la police de sécurité en uniforme du Département américain de la sécurité intérieure).

Le procès implique que les actions de l’administration Trump sont considérées comme inconstitutionnelles, et que cette administration a «empiété sur des pouvoirs explicitement réservés à l’État de l’Oregon et aux citoyens de l’Oregon», et «a privé les habitants de Portland du droit de manifester pacifiquement».

Lors d’un événement en ligne annonçant le procès, le sénateur Jeff Merkley de l’Oregon a condamné les «tactiques de police secrète» de Trump, assimilant l’administration aux gouvernements de «la Turquie, de la Russie et des Philippines».

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Les questions constitutionnelles sont désormais au cœur d’une série d’actions en justice intentées contre les forces de l’ordre locales et fédérales par des organisations à but non lucratif et par l’État de l’Oregon.

Des organisations telles que l’ACLU de l’Oregon et l’Oregon Justice Resource Center (OJRC) ont initialement lancé des poursuites contre la ville de Portland, cherchant à limiter l’usage de la force par la police de Portland. Le procès initial engagé par l’ACLU (American Civil Liberties Union) était axé sur la protection des journalistes et des observateurs juridiques. Au début de ce mois, l’ACLU obtenu une mise en demeure contre la dispersion par la police de journalistes identifiés comme tels.

Les tactiques de la police de Portland contre les premières manifestations ont suscité des questions de la part des médias locaux et des organismes professionnels sur le fait que les journalistes étaient spécifiquement visés. En juin, l’OJRC (Oregon Justice Resource Center) a intenté un procès au nom de groupes de protestataires, obtenant des injonctions contre l’utilisation fréquente de gaz lacrymogènes par la police de Portland.

***

Mais depuis que les agents fédéraux ont joué un rôle plus actif, les groupes de défense des droits civils ont changé d’orientation. Vendredi dernier (17 juillet), l’ACLU a déposé une plainte, demandant une ordonnance de restriction, contre le DHS et l’USMS, toujours au nom des journalistes et des observateurs juridiques.

L’ACLU a affirmé que plusieurs journalistes avaient été visés, l’un d’entre eux ayant été touché par «des balles en plastique lancées avec suffisamment de force pour faire des trous dans son T-shirt ‘PRESS’».

Jann Carson, directeur exécutif intérimaire de l’ACLU de l’Oregon, a déclaré: «La violence et la brutalité déclenchées par la police et les agents fédéraux sont injustifiées et inconstitutionnelles. Les agents fédéraux terrorisent les gens dans les rues de Portland et cela doit cesser. Les agents fédéraux doivent quitter Portland maintenant.»

Vendredi dernier (17 juillet) également, le procureur général de l’Oregon, Ellen Rosenblum, a porté plainte contre l’USMS et le DHS, ainsi que contre le FPS, les douanes et la protection des frontières et des agents non nommés. Elle a déclaré que leurs tactiques «violent les droits de toutes les personnes détenues… et violent les intérêts souverains de l’État».

La plainte d’Ellen Rosenblum répétait les allégations des manifestant·e·s et des rapports de presse, selon lesquels les agents fédéraux avaient utilisé «des véhicules banalisés pour circuler dans le centre-ville de Portland… pour les (manifestants) kidnapper ou sans indiquer les motifs de l’arrestation». […]

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Samedi 18 juillet, la commissaire de la ville de Portland [une fonction spécifique qui combine des aspects législatifs et exécutifs, Portland est une des rares grandes villes ayant maintenu ce type de structure], Jo Ann Hardesty, a publié une lettre ouverte au maire Ted Wheeler dans laquelle elle décrit les agents fédéraux comme une «force d’occupation» et une «escouade de voyous». Lundi soir (le 20 juillet), alors qu’une foule nombreuse suite aux rapports sur la répression s’est rassemblée devant palais de justice fédéral, elle a retweeté une vidéo montrant une importante foule. Ella a ajouté: «C’est ma ville, qui se dresse contre la brutalité de la police fédérale et locale.»

Lorsqu’on lui a demandé si elle considérait comme constitutionnel le déploiement d’agents fédéraux par l’administration Trump dans le centre-ville de Portland, Jo Ann Hardesty a répondu: «Absolument pas. Non seulement cela, mais nous sommes en pleine pandémie. Et ils utilisent des armes de guerre sur les membres de la communauté qui se dressent contre la brutalité policière.»

Jo Ann Hardesty a ajouté que si le maire de Portland Ted Wheeler lui remettait le contrôle de la police de Portland, comme elle l’a demandé dans sa lettre, «au cours de la première semaine, je m’engagerais à vraiment supprimer toute collaboration de la police de Portland avec les agents fédéraux et à lancer toute enquête interne qui s’avérerait nécessaire». (Article publié dans The Guardian en date du 22 juillet 2020; traduction rédaction de A l’Encontre)

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Cette entrée a été publiée le 30 juillet 2020 par dans antiraciste/antifasciste, ANTISOCIAL, APARTHEID, USA.