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HOMMAGE – Gisèle Halimi, la militante de la cause des femmes

Gisèle Halimi est décédée le 28 juillet 2020 à l’âge de 93 ans. Avocate, Députée, écrivaine, militante hyperactive des grandes causes telles que les droits de la femme, la lutte contre le racisme, l’abolition de la peine de mort, elle a oeuvré depuis son enfance pour l’égalité hommes-femmes, puis par son travail,  pour une justice plus humaine


« Je voudrais rendre hommage à maître Gisèle Halimi » : Éric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice, a rendu hommage le 28 juillet, à l’avocate Gisèle Halimi devant les députés, qui se sont levés et ont applaudis, lors de la séance des questions au gouvernement.

Gisèle Halimi, née Zeiza Gisèle Élise Taïeb le 27 juillet 1927 à La Goulette, est avocate, militante féministe et politique franco-tunisienne.

Son enfance dans une famille traditionaliste, la poussera directement dans la lutte féministe. En effet, dès son plus jeune âge, elle se rebelle contre ses obligations de fille au sein de sa famille. A l’âge de 13 ans, elle entame une grève de la faim afin de ne plus avoir à faire le lit de son frère. Au bout de trois jours, ses parents cèdent et elle écrira dans son journal intime : « aujourd’hui j’ai gagné mon premier petit bout de liberté ». Sa mère l’avait préparée à « son destin », et à 14 ans elle lui annonça que son futur mari, de 22 ans son aîné, était un voisin marchand d’huile, un bon parti qui « avait 2 voitures ».

Elle n’aura de cesse de réclamer la poursuite de ses études, et entamera de nombreuses grèves de la faim pour faire céder ses parents.

Après ses licences de Droit et de Philosophie à Paris, Gisèle HALIMI s’inscrit au Barreau de Tunis en 1949. Elle y défend les syndicalistes et les indépendantistes tunisiens.

En 1956, elle s’inscrit au Barreau de Paris, et sera l’un des principaux avocats du F.L.N. algérien. Elle devient ensuite l’avocate de personnalités telles que Jean-Paul SARTRE, Simone de BEAUVOIR, Françoise SAGAN, Henri CARTIER-BRESSON, entre autres.
 

Militante féministe

En 1971, elle signe le Manifeste des 343, parmi 343 femmes qui déclarent avoir avorté et réclament le libre accès aux moyens anticonceptionnels et l’avortement libre. Elle fonde avec, notamment, Simone de BEAUVOIR et Jean ROSTAND (de l’Académie Française), le mouvement féministe CHOISIR, dont Jacques MONOD, Prix Nobel, sera, jusqu’à sa mort, l’un des co-présidents.

CHOISIR organise en 1972, le procès de BOBIGNY, point fort de la campagne contre la loi répressive de l’avortement et pour la contraception libre et s’illustrera dans les luttes contre le viol, pour l’égalité professionnelle des femmes, pour une participation équitable des femmes dans la vie publique par la parité.

Ce procès a contribué à l’évolution vers la loi Veil, votée en décembre 1974 et promulguée en janvier 1975, sur l’interruption volontaire de grossesse.

De même, sa stratégie de défense médiatisée de femmes victimes d’un viol collectif devant les Assises d’Aix-en-Provence en 1978 contribuera à l’adoption d’une nouvelle loi en 1980 définissant clairement le viol et l’attentat à la pudeur.

Gisèle Halimi est également une des fondatrices de l’association altermondialiste ATTAC en 1998. L’activiste palestinien Marouane Barghouti lui a demandé d’être l’un de ses avocats.

Le 23 février 2010 est adoptée par le Parlement français, en sa présence, une résolution européenne sur le principe de la « clause de l’Européenne la plus favorisée » visant l’harmonisation des législations européennes concernant les droits des femmes suivant l’idée qu’elle avait émise dès 1979 lors de la première élection du parlement européen au suffrage universel.
 

Députée et Ambassadrice de l’UNESCO

En juin 1981, Gisèle HALIMI est élue députée à l’Assemblée Nationale, comme Présidente de CHOISIR (apparentée P.S). Elle intervient notamment pour l’abolition de la peine de mort, contre la prolifération des centrales nucléaires, contre les « mères porteuses » et dépose une dizaine de propositions de loi en faveur des femmes (congé parental, quota électoral, dépénalisation de l’homosexualité, remboursement de l’IVG…). Elle est élue Présidente du Groupe Interparlementaire contre le Racisme et le Sexisme.

En 1984, elle est chargée par le Premier Ministre d’une mission d’étude sur le fonctionnement des Organisations Internationales et, notamment, de l’UNESCO. Elle renonce alors à son mandat de Députée, puis elle est nommée Ambassadrice-Déléguée permanente de la France auprès de l’UNESCO.

Élue au Conseil Exécutif, elle devient également Présidente du Comité des Conventions et Recommandations (chargé des questions des Droits de l’Homme) de cette organisation, puis sera nommée en 1989 Conseiller spécial de la Délégation Française à l’Assemblée Générale de l’ONU, à New-York.

PROCES DE BOBIGNY GISELE HALIMI


De procès politiques en congrès internationaux

Gisèle HALIMI a suivi, en sa qualité d’observatrice judiciaire internationale, de nombreux procès politiques et a présidé la Commission d’enquête du Tribunal Russel sur les crimes de guerre américains au Viêt-nam (1967).

Elle participe également à de nombreux congrès internationaux : 1979, Paris, « Assises pour la paix » ; 1981, Paris, « Assises internationales de la laïcité » ; 1986, Israël, « International Congress on Rape » ; 1992, Laguna (Ténérife), « La réforme des institutions internationales de protection des droits de l’Homme » ; 1995, Strasbourg, elle est rapporteure au colloque du Conseil de l’Europe, « Égalité et démocratie : utopie ou défi ? », et aux rencontres internationales de femmes : 1975, Berlin-Est, « Année internationale de la Femme » ; 1980, Copenhague ; 1987, Moscou ; 1990, Montréal ; 1992, Washington, 25ème anniversaire de N.O.W. ; 1993, Paris, colloque de CHOISIR à l’Unesco « La démocratie pour les femmes : un pouvoir à partager » ; 1994, Madrid, colloque « Femmes et pouvoir » ; 1995, Pékin, « 4ème Conférence mondiale des Nations Unies sur les Femmes », intervient à l’Assemblée Générale au nom de CHOISIR ; 1995, Dublin, symposium « Women at the Top ».
 

Conférencière

Elle donne des conférences, dans les universités françaises et étrangères (Australie, Belgique, Chine, Danemark, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Hongrie, Italie, Mexique …), dans les Instituts Culturels français à l’étranger (Copenhague, Fribourg, Düsseldorf, Munich, Gênes, Londres, Madrid, Sarrebrück, Bonn, Stockholm, Tunis…).
 

Distinctions

– Membre d’Honneur de l’Ordre des Avocats de Mexico en 1982.
– En 1983 « Personnalité de l’année » par le Grand Jury de la Distinction Internationale (fondée en 1970)

– « Prix Minerva » Section : « Domaine de la politique et de l’engagement social » lui est décerné à Rome, en octobre 1985, par le Club delle Donne.
– Médaille de la République de Grèce (pour aide et solidarité au peuple grec pendant la dictature des Colonels).
– Pour son action « contre toutes les formes de ségrégation, d’intolérance et de fanatisme » et « pour la défense des causes de la justice et de la paix dans le monde », elle est nommée « Grand Officier de l’Ordre de la République Tunisienne », en février 1992.
– Faite Docteur Honoris Causa de l’Université de Mons Hainaut Liège (Belgique), novembre 1997.
– Nommée Chevalier de la Légion d’Honneur pour sa présidence à la tête d’un mouvement féministe (CHOISIR) et ses activités professionnelles et sociales (décembre 1997) puis Officier de la Légion d’Honneur (avril 2006).
– Médaille du Barreau de Paris pour son cinquantenaire professionnel (avril 2003).
– Commandeur de l’Ordre national du mérite, en 2010
 

Écrivaine

– Djamila Boupacha (Gallimard, 1962) en collaboration avec Simone de Beauvoir et des témoignages de Henri Alleg, Mme Maurice Audin, Général de Bollardière, R.P. Chenu, Dr Jean – Dalsace, J. Fonlupt-Esperaber, Françoise Mallet-Joris, Daniel Mayer, André Philip, J.F. – Revel, Jules Roy, Françoise Sagan, un portrait original de Picasso et un hommage des peintres Lapoujade et Matta;
– La cause des femmes (1973) ;
– Avortement, une loi en procès (1973) ;
– Viol, Le procès d’Aix: Choisir la cause des femmes, éditions Gallimard, (1978)
– Le lait de l’oranger (1988) ;
– Une embellie perdue (1995) ;
– La nouvelle cause des femmes (1997) ;
– Fritna (1999) ; Gisèle Halimi y décrit son enfance, son rapport à sa mère, son désir d’être aimée par elle, l’incompréhension de ce rapport, de cet amour maternel tant désiré.
– Avocate irrespectueuse (2002) ;
– Le procès de Bobigny : Choisir la cause des femmes, préface de Simone de Beauvoir, –
– La Kahina (2006) ;
– Ne vous résignez jamais (2009) ;
– Histoire d’une passion, éditions Plon (2011).

Maître Gisèle HALIMI est également l’auteure du « Rapport de la commission pour la parité entre les femmes et les hommes dans la vie politique » (La documentation Française 1999).
 

Hommages

portent son nom :
La 37e promotion (2017-2018) de l’IRA de Bastia 
La première promotion de l’Institut d’études politiques de Saint-Germain-en-Laye 
Un collège à Aubervilliers prend son nom en 2018.


Téléfilms inspirés de son parcours :

2006 : le procès de Bobigny

2012 : Pour Djamila

2019 : le viol

En  2019, Richard Berry fera revivre sa plaidoirie sur la scène du Théâtre Libre.

Elle soutiendra activement le film de Yanick Bellon, sorti en 1978  : « l’amour violé »

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Cette entrée a été publiée le 30 juillet 2020 par dans AVOCAT-E-S, AVORTEMENT-CONTRACEPTION, DEVOIR DE MEMOIRE, HOMAGE, LUTTES DES FEMMES.