NPA Loiret

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Cheminots De la grève insurrectionnelle contre les nazis (10 août 1944) jusqu’aux grèves contre le libéralisme

 Les cheminots dans la Résistance

Créée à la veille de la guerre, le 1er janvier 1938, la Société Nationale des Chemins de fer français, représente alors la plus grosse entreprise de France avec ses 500 000 cheminots, munis d’une forte identité ouvrière collective : 8 cheminots sur 10 sont syndiqués.

Sous le régime de Vichy et l’Occupation, les cheminots vont subir de nombreuses attaques comme l’essai d’imposer un syndicat corporatif unique à travers la « Charte des cheminots », comme la réquisition de 10000 d’entre eux pour travailler en Allemagne.

Les cheminots forment pourtant la branche professionnelle la plus représentée dans la Résistance.

 » En raison des facilités de circulation dont ils disposent et des multiples services qu’ils peuvent rendre aux organisations clandestines, les employés de la SNCF sont parmi les professions les plus sollicitées pour intégrer la Résistance organisée ou lui apporter une aide ponctuelle. Le recrutement est également favorisé par la force des solidarités professionnelles, syndicales ou politiques qui caractérise la corporation »

 » Pendant l’occupation, les cheminots agissent en aidant d’abord les soldats français et britanniques prisonniers à passer en zone non occupée puis, avec le temps, ce type d’aide s’élargit aux aviateurs alliés, aux Juifs, aux réfractaires au travail en Allemagne, aux résistants entrés dans la clandestinité. Les cheminots jouent également un rôle-clé dans la diffusion de la presse clandestine, grâce à laquelle la plupart des grandes organisations clandestines développent leur influence (notamment le PCF en zone occupée et les grands mouvements de zone sud). Quant au sabotage ferroviaire, les cheminots y contribuent surtout de façon indirecte, mais primordiale, en renseignant sur les transports allemands et en contribuant à la préparation du « plan vert » : le plan de paralysie du réseau ferroviaire simultané au débarquement de Normandie… C’est à partir du débarquement que la participation des cheminots au sabotage des voies et du matériel, par leurs conseils ou leur action directe, est amplement attestée ». (Exposition sur les cheminots et la Résistance, Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris Musée Jean Moulin dossier de presse)

Le bilan humain donné par l’historien Paul Durand est lourd : plusieurs centaines de cheminots fusillés, plus de 1 100 cheminots morts en déportation sur 2 480 déportés, 2 361 tués en service ou hors service.

Je ne peux terminer ce rappel sans insister sur une évidence synthétisée par François Mauriac, pourtant étranger socialement et politiquement à ce milieu « La classe ouvrière française, dans ses profondeurs, est seule à être restée fidèle à la patrie profanée

 La grève insurrectionnelle de la Libération

10 août 1944. Le comité central de grève des cheminots lance la grève insurrectionnelle contre l’occupant nazi et le régime de Vichy. Il s’agit là d’une des plus belles pages de l’histoire ouvrière internationale.

A l’heure où les hos-sol de tout bord s’appliquent à oublier l’histoire, où nos droits conquis découlant de la résistance au nazisme s’éloignent par la volonté du capitalisme et de ses laquais, quand le  rail public sont bafoués par l’Elysée et Bruxelles, il est nécessaire de se souvenir du 10 août 1944, page importante dans l’histoire du mouvement ouvrier.

 Pétain et son gouvernement collaborationiste offrent la SNCF à l’occupant nazi. A partir de Juin 1940, la présence de l’occupant nazi dans les rouages de l’entreprise se fait sentir dans les postes d’aiguillage, les dépôts ou les ateliers de maintenance. Il faut que la SNCF soit au service de l’économie de guerre hitlérienne.

Mais bien vite, la Résistance s’organise parmi les travailleurs du rail.

A l’heure du débarquement en Normandie, les cheminots intensifient leurs sabotages. Dans le cadre du « plan vert » des forces Alliés, ils aident par tous les moyens les libérateurs de la France. Ces années de résistance seront payées au prix fort de la déportation ou du peloton d’exécution.

Le 10 Aout 1944, alors que l’armée allemande est affaiblie par sa défaite progressive dans la bataille de Normandie, le comité central de grève des cheminots lance la grève insurrectionnelle contre l’occupant. Après une manifestation de 1 000 personnes dans les rues de Villeneuve Saint Georges, l’Union Départementale clandestine CGT du Val de Marne estime alors que le climat est favorable au déclenchement de la grève des cheminots en région parisienne.

Voici l’exemple du dépôt de Montrouge :

Le 10 août, aux environs de neuf heures du matin, Georges Prunault, adjoint de Robert Herniot, responsable des comités populaires clandestins parmi les cheminots, prend la parole, protégé par un groupe de FTP :  » Plus un train pour les nazis.  » En quelques minutes, le résistant donne le signal de la grève générale avec occupation des locaux. Mais le dépôt reste sous la garde de soldats allemands. Aussi, le 13 août, une centaine de combattants commandée par le colonel Fabien l’attaque victorieusement. Les affrontements ont été particulièrement violents. Fabien lui-même est blessé à la jambe tandis que le FTP Maurice Delsupexhe est tué. ( L’Huma 19 août 2004)

Le syndicat CGT relaie largement l’appel. Le 10 août, après une manifestation de près de 1 000 personnes à Villeneuve-St-Georges, l’Union départementale du Val de Marne juge le climat effectivement favorable au déclenchement de la grève des cheminots en région parisienne.

A Vitry, Ivry, Montrouge, la population soutient les grèvistes.

Le 13 août, 3000 agents de la Compagnie du Métropolitain cessent également le travail. La grève se généralise ensuite créant de grosses difficultés pour les troupes hitlériennes en repli.

De plus, la réussite de la grève des cheminots et des traminots donne confiance à de nombreuses entreprises et professions qui entrent également dans la grève insurrectionnelle et vont participer en particulier aux combats pour la libération de Paris.

Cette grève insurrectionnelle dans une région parisienne encore occupée par les troupes du Reich a valu aux cheminots une distinction collective. A la Libération, ils ont reçu la Croix de guerre avec palme et la légion d’Honneur.

Il ne faut surtout donc pas oublier que la corporation cheminote a payé un lourd tribut pendant l’occupation nazie avec notamment :

– 8938 cheminots qui ont laissé leur vie.

– 15977 cheminots qui ont été blessés pour faits de résistance

– 1157 qui sont morts en déportation

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Cette entrée a été publiée le 12 août 2020 par dans CHEMINOTS, DOCUMENTS POUR L'HISTOIRE, FRANCE.