NPA Loiret

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« Le NPA menacé d’implosion !». A propos d’un article paru dans Le Monde

NPA Loiret 12 août 2020.

Un article paru il y a quelques jours dans Le Monde et signé Sylvia Zappi évoque une menace « d’implosion » pesant aujourd’hui sur le Nouveau Parti Anticapitaliste. Le récit qui est fait des causes et caractéristiques de la crise est marqué par une vision partiale de la situation, écartant des éléments décisifs sur lesquels nous souhaitons revenir.

L’article, écrit à partir de la lecture d’un bulletin de débat auquel son autrice a eu accès, explique que les fortes tensions qui entourent les débats de pré-congrès du NPA seraient principalement le produit d’une « série de déconvenues, électorales et stratégiques » depuis les présidentielles de 2017 et du fait que le parti se serait « isolé politiquement en se construisant en opposition avec tous les courants de gauche ».

Nous ne savons pas si cette interprétation peut refléter chez l’autrice une forme de parti-pris (passée par les jeunesses de la LCR, puis la LCR, elle a, depuis un petit compte à régler), mais il est certain qu’elle est partagée par une série d’ex-membres de la LCR ou du NPA dont un certain nombre se retrouvent aujourd’hui à LFI, au PCF et même au PS. Ce type de raisonnement procède d’une logique, fondée sur les élections et le rapport à la gauche institutionnelle, qui n’est pas celle de la lutte de classe et de la perspective révolutionnaire et communiste, qui anime une grande majorité de militant-e-s du NPA. Le récit d’une opposition accusant la direction historique de « vouloir se rapprocher des amis de Jean-Luc Mélenchon et d’abandonner la ’pureté révolutionnaire’ pour un réformisme jugé coupable » offre en effet une explication sans doute commode, mais fausse et masquant l’essentiel.

Fausse, car ce n’est absolument pas ce qui est en jeu. Contrairement à ce qu’affirme Sylvia Zappi, personne n’accuse cette direction de « vouloir se rapprocher des amis de Jean-Luc Mélenchon ». Les camarades ayant été séduits par cette perspective l’ont déjà fait, dans plusieurs vagues de départ de militants et dirigeants du NPA vers le Front de Gauche, puis LFI.

Masquant l’essentiel, car la réalité est bien plus complexe. Les sources de la crise actuelle du NPA sont plutôt à chercher dans l’incapacité relative à peser et se construire dans les mobilisations historiques des dernières années (mouvement contre la loi Travail sous Hollande, mouvements de la SNCF, des Gilets jaunes puis des retraites sous Macron).

La crise actuelle vient de loin : L’histoire (semble encore) nous mord la nuque !

L’essentiel, dans cette situation, est d’abord que si certainEs dans la direction envisagent aujourd’hui la possibilité d’une scission, que certainEs souhaitent “amiable”, c’est parce qu’elle n’a qu’une majorité relative dans le parti et que son bilan en tant que majorité relative issue du congrès de 2018 ne lui permet pas d’aborder le congrès à venir avec grand optimisme.

Ce bilan n’est pas tant celui des échéances électorales, que celui de l’intervention du parti dans les dernières séquences de la lutte des classes et face aux nouveaux phénomènes politiques qui ont pu émerger sur ce terrain. Car au-delà des interventions médiatiques correctes d’Olivier Besancenot, Philippe Poutou ou Christine Poupin le NPA et sa direction ont été très en difficulté pour comprendre la situation, y intervenir correctement et apparaître comme une alternative crédible aux yeux de milliers d’acteurs et actrices de ces mobilisations. (Tâtonnements lors des premières mobilisations des Gilets Jaunes, etc.)

Ce bilan est tout aussi négatif du côté des autres tendances. Aux côtés de Gaël Quirante, que l’article du Monde mentionne et qui a joué un rôle de premier plan à la tête des mobilisations des postiers et d’autres secteurs dans les Hauts-de-Seine, on y retrouve en effet la plupart des militants qui, pour reprendre l’expression de l’article, ont « de l’influence dans certaines mobilisations de la jeunesse ou dans les franges radicales du mouvement social » et sont devenues «l’instrumentalisation de la nouvelle avant-garde large » Vieux démons qu’a connu en son temps la LCR !

C’est aussi le cas d’ Anasse Kazib, figure de la lutte des cheminots contre le Pacte ferroviaire en 2018, puis de la grève historique des travailleurs des transports dans le cadre du mouvement contre la réforme des retraites en décembre-janvier derniers. Dans le cadre de ce mouvement, il a été de fait un porte-parole de la Coordination RATP-SNCF, qui a joué un rôle décisif pour maintenir la grève, la continuer dans les transports et donc le mouvement, au moment où les directions syndicales appelaient à une trêve de fin d’année !

Rien d’étonnant à ce que, dans ce contexte, des camarades minoritaires recrutent plutôt sur leurs positions de tendance que sur celles du NPA direz-vous ? Etonnant pour celles et ceux qui prônent un Parti Révolutionnaire. Peut-être pas aussi discipliné que celui de Lénine non ? !

En lien avec ce qui vient d’être dit, le problème plus général que rencontre le NPA est l’échec de son projet fondateur, basé sur les illusions électorales mais aussi sur des conceptions développées depuis des années par la Quatrième Internationale, et que la plupart des militants continuent de désigner sous son nom initial de « Secrétariat unifié » (SU). Ce projet, né au début des années 1990, consistait à construire des partis « larges », « non délimités stratégiquement », c’est-à-dire ne prenant pas clairement position entre réforme et révolution, entre réformes « progressistes » du capitalisme et renversement révolutionnaire du système dans une perspective socialiste ou communiste.

Cette politique, inspirée entre autres, par des dirigeants de la LCR,  conduisant à divers types d’alliances avec des courants réformistes dits « de gauche », a par ailleurs conduit pour les organisations du SU à une série de catastrophes ; de la perte, au Brésil, d’une organisation (« Démocratie socialiste ») qui a soutenu et participé en 2003 au gouvernement social-libéral de Lula, jusqu’à la palinodie récente de Podemos dans l’Etat espagnol, en passant, en Italie, par le désastre de « Refondation communiste », aujourd’hui morte et enterrée et le « Bloco » au Portugal et le soutien aux gouvernements socialistes ! Et ne parlons pas des autres sections européennes qui ont pratiquement toutes sombrées !

C’est avec cette conception de construction de partis qu’il faut définitivement rompre aujourd’hui si on veut que les 12 ans d’existence du NPA puissent servir à faire avancer le mouvement révolutionnaire et ne finisse pas par un échec complet comme les expériences citées ci-dessus.

Aller de l’avant construire le Parti et reconstruire l’Internationale

Le véritable fond de cette affaire est que dans la majorité historique de l’ex-LCR certainEs ne sont pas prêtsES  à accepter de se retrouver en minorité au sein de l’organisation dont elle a été à l’origine. Une majorité des militant-e-s est néanmoins opposée à la scission et entend bel et bien maintenir le NPA et le refonder à partir d’une analyse prenant en compte le retour en force de la conflictualité entre les classes et de la perspective de grands soulèvements sociaux à potentiel révolutionnaire. Autant d’éléments qui remettent en cause et exigent de préciser les délimitations stratégiques floues du projet de départ.

Ce qui est sûr néanmoins, c’est que dans les circonstances actuelles la disparition du NPA en tant qu’organisation anticapitaliste indépendante bénéficierait aux organisations de la gauche institutionnelle, en particulier LFI qui a d’ores et déjà les yeux rivés sur les présidentielles et aimerait bien pouvoir se passer d’une candidature la doublant sur sa gauche et pouvant avoir une certaine audience.

Renforcer le NPA et le transformer en un Parti Anticapitaliste Révolutionnaire PAR

A l’inverse de cette logique, la situation politique devrait pousser les anticapitalistes à une toute autre logique. Dans cette nouvelle situation marquée par un regain de la lutte de classes à l’échelle internationale, où va se livrer une bataille acharnée pour savoir qui va payer les frais de la crise sanitaire et économique, où les partis institutionnels trouvent de moins en moins de crédit auprès des masses et où, par différents canaux, émerge l’urgence d’en finir avec cette société capitaliste, raciste, patriarcale et destructrice de l’environnement, l’existence de partis anticapitalistes et révolutionnaires indépendants va être plus que jamais un facteur décisif.

Cela ne veut pas dire que le NPA soit parfait, loin de là, mais il peut devenir un outil pour la recomposition d’une extrême-gauche de combat pour un grand parti révolutionnaire, nourri de militantEs issus de différentes traditions et par des milliers de travailleursSES et de jeunes qui se sont éveilléEs politiquement dans le cadre des dernières mobilisations. Pour “peser” non du côté de la LFI et de EELV, mais de celui des travailleurs en lutte et de leurs intérêts, pour le renversement du système capitaliste et une société écosocialiste, communiste sans exploitation ni oppression.

La période de lutte de classes comme celle qui s’est ouverte depuis 2016 offre une nouvelle perspective pour la construction d’un grand parti communiste révolutionnaire en France. Celle de « prendre à témoin » les différents secteurs et militantEs qui ont courageusement relevé la tête dans les mobilisations de ces dernières années. Alors demain passer du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) au PAR (Parti Anticapitaliste Revolutionaire).

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Cette entrée a été publiée le 12 août 2020 par dans DEBATS, NPA.