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Mort d’un salaud : Pierre Sidos, figure de l’extrême droite pétainiste, nationaliste et raciste !

Fondateur de l’Œuvre française, il était considéré comme le parrain de l’ultradroite française. 

Par Franck Johannès  

·  ·  ·  ·  Pierre Sidos, président depuis 1968 du parti politique l’Œuvre française, prononce un discours, le 19 juin 1976, lors de l’ouverture du congrès de ce parti, à Paris. – / AFP

Le vieux parrain de l’ultradroite française, Pierre Sidos, le fondateur de l’Œuvre française, pétainiste et antisémite, est mort discrètement, vendredi 4 septembre, à 93 ans, après avoir hanté les coulisses du nationalisme français depuis l’entre-deux-guerres. Fils de François Sidos, un haut responsable de la milice fusillé en 1946, il s’est enrôlé en 1943 dans les rangs du franciste Marcel Bucard, l’un des fondateurs de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF), ce qui lui a valu une condamnation à la Libération, mais il était mineur, et a été amnistié en 1947.

Il a ensuite fréquenté un temps le Mouvement socialiste d’unité française, fondé par l’ancien Waffen SS René Binet, puis fondé en octobre 1949 l’un des premiers groupes durables de l’extrême droite d’après-guerre : Jeune Nation, avec deux de ses frères, Jacques – lui aussi jugé après-guerre pour collaboration – et François. Le mouvement adopte la croix celtique, vite devenue le symbole du néofascisme, se structure et se hiérarchise sous une direction baptisée « conductoire » à l’italienne, et accueille les anciens d’Indochine, ou d’anciens collaborationnistes, qui bataillent contre la décolonisation. Jeune Nation commence à organiser des caches d’armes, mais n’est encore qu’un groupuscule lorsque le mouvement est dissous le 15 mai 1958, deux jours après le putsch d’Alger.

Il renaît aussitôt sous le nom de Parti nationaliste, aiguillonné par un jeune intellectuel, Dominique Venner, qui cherche à rallier toutes les chapelles de l’ultradroite – Venner s’est suicidé en plein cœur de Notre-Dame de Paris, en 2013. Il s’agit clairement de prendre le pouvoir, par les armes : « Ne jamais aborder des sujets qui pourraient choquer, par la façon de les présenter, des nouveaux venus ou des jeunes membres, écrit Venner, cité par l’historien Nicolas Lebourg. Ainsi, le problème métèque, que nous expliquons fort bien, ne doit jamais, dans un exposé ou une conversation, être abordé avec comme perspectives le four crématoire ou la savonnette, et cela quelles que soient les mesures que nous aurons à prendre lorsque nous serons au pouvoir. Il serait mauvais également d’indiquer que la révolution que nous voulons faire doit se solder par un nombre de milliers de morts ou de dizaines de milliers de morts. »

Action clandestine pour l’Algérie française

Le parti organise un grand meeting le 6 février 1959, en hommage à la journée d’émeute de 1934, et Pierre Sidos y explique qu’il faut instaurer la « séparation de la synagogue et de l’Etat ». Le mouvement est dissous une semaine plus tard, et ses dirigeants s’engagent dans l’action clandestine pour l’Algérie française, Sidos et un de ses frères participent à la préparation de l’attentat du Petit-Clamart contre de Gaulle. Sidos est obligé de se cacher de 1960 à 1962, mais reste en lien avec les généraux factieux et quelques politiques, comme Jean-Marie Le Pen – qui se gardera bien, lui, de militer activement dans l’OAS. Sidos et Venner sont finalement arrêtés à la veille de la tentative de putsch des généraux contre le général de Gaulle, en avril 1961.

Sorti de prison, Venner milite pour que les restes de Jeune nation évoluent vers un sens racialiste et néo-païen, qui sera le germe de la nouvelle droite. Sidos s’en va, lui, fonder le mouvement Occident, avec qui il se brouille bien vite, avant de fonder le 6 février 1968 un nouveau groupe, l’Œuvre française. Il tente même de se présenter à l’élection présidentielle un an plus tard, une candidature rejetée par le Conseil constitutionnel.

L’Œuvre française restera un groupuscule, d’inspiration léniniste (sic !) pour l’organisation, avec entraînement armé en forêt de Fontainebleau. Pierre Sidos s’en décrète président à vie, et mouline sur le fond une sorte de néo-pétainisme, à l’antisémitisme obsessionnel, racial et conspirationniste, en rêvant toujours d’un possible coup d’Etat. Pendant ce temps, Jean-Marie Le Pen a rallié les chapelles de l’extrême droite à partir de 1972 dans le Front national, et raille son vieux rival et son « église de la sidologie », qui n’aura réussi qu’à « peindre des croix celtiques sur les murs », commente l’historien Nicolas Lebourg.

« Nationalisme organique »

Sidos entre progressivement dans l’ombre, en dehors d’une rare apparition dans l’émission « Ciel, mon mardi ! », le 6 février 1990, où il se déclare antisémite « ni plus ni moins que saint Louis ». Il indique en 1996 soutenir le FN, et autorise ses militants à entrer dans le parti lepéniste au début des années 2000, dont en particulier Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac, qui militent en faveur de Bruno Gollnisch pour prendre la succession de Jean-Marie Le Pen, et que sa fille finira par exclure. Sidos, lui, doute de la capacité de la nouvelle présidente à diriger le pays, il appelle d’ailleurs en 2010, dans l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol, à proscrire le « tout-électoral » au profit d’un « nationalisme organique ». Il quitte en 2012 la présidence de L’Œuvre française, où Benedetti lui succède, jusqu’à la dissolution en 2013.

Dans un des très rares entretiens, accordé à David Doucet dans la revue Charles en 2010, Pierre Sidos soulignait la cohérence de son parcours :« Je considère que j’ai toujours défendu les mêmes idées depuis ma tendre jeunesse. En quatre-vingts ans, je n’ai guère varié. »

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Cette entrée a été publiée le 7 septembre 2020 par dans FASCISME, FRANCE.