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Après le Ségur, le gouvernement prévoit … de nouvelles coupes budgétaires pour l’hôpital public ! ET EN PLEINE ÉPIDÉMIE…

En plein rebond épidémique et après avoir tenté de calmer la colère des soignants par le Ségur de la santé, le gouvernement revendique aujourd’hui l’augmentation du budget de la santé pour 2021. Un effet d’annonce qui cache en réalité la poursuite des coupes budgétaires, avec des prévisions de dépenses toujours plus en deçà des besoins des hôpitaux.

Ariane Serge

Crédits photos : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Le gouvernement a présenté ce mercredi son projet de loi de finance de la sécurité sociale, qui établit des objectifs de dépense dans le secteur de la santé. Une occasion pour Véran de revendiquer une hausse des dépenses, dans la continuité de ce qu’aurait été le Ségur de la santé selon le ministre de la Santé. Le projet de loi indique ainsi à propos de l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie (ONDAM) que « hors dépenses exceptionnelles attachées à la covid, cela correspond à une progression structurelle inédite de 6 %, en cohérence avec les mesures de revalorisation et d’investissement décidées lors du Ségur de la Santé. Celui ci conduit en effet à majorer l’ONDAM de 7,4 milliards d’euros en 2021. Par ailleurs, l’ONDAM 2021 intègre également une provision au titre de la poursuite de la gestion de crise (tests, masques, vaccins) pour un montant de 4,3 milliards d’euros ».

Mais à rebours de cette version officielle, nombreuses organisations syndicales et collectifs de soignants dénoncent ce tour de passe passe de la part du ministre de la Santé. En réalité, ce projet de loi annonce de nouvelles coupes budgétaires qui imposeront aux hôpitaux de réduire le cout de fonctionnement. Une logique qui s’inscrit parfaitement dans la dynamique d’austérité qui touche le service public hospitalier, les dépenses annoncées étant toujours plus en deçà des besoins croissants du secteur de la santé.

C’est notamment le journal Marianne qui a mis le doigt sur les contradictions du discours du gouvernement. Selon les calculs du quotidien, le projet de loi de finance de la sécurité sociale prévoirait une économie d’au moins 900 millions d’euros dans les finances hospitalières pour 2021. De fait, en recoupant au budget en hausse de l’ONDAM les mesures annoncées post-confinement relatives aux salaires des soignants et aux dépenses Covid, il s’avère que le plan ne procure pas de hausse des moyens pour les hôpitaux mais des économies au regard des charges prévisionnelles pour 2021. Un professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine résume l’opération ainsi : « C’est comme si cette année il y avait deux couloirs séparés pour préparer l’Ondam : un tuyau qui finance les décisions du Ségur, et le tuyau habituel où il faut rogner 1 milliard et qui cette année permet d’annuler les conséquences des augmentations de rémunérations décidées au Ségur. Dit autrement, ce sont les hôpitaux qui vont devoir encore réduire leurs dépenses de fonctionnement pour financer le Ségur ».

Une mascarade que s’est empressée de faire remarquer la Fédération hospitalière de France (FHF) dans un communiqué cinglant contre « un PLFSS illisible et qui ne semble pas tenir ses promesse », et qui avancerait des chiffres qui « ne semblent pas correspondre pas aux engagements initiaux de progression minimale hors impacts du COVID et du Ségur ». De leur côté, les organisations syndicales s’exaspèrent des effets d’annonce du gouvernement. Sud Santé dénonce dans son communiqué d’appel à la journée du 15 octobre « une économie de 4 milliards d’euros sur les postes de travail, sur les remboursements de soins notamment pharmaceutiques…. » tandis que la CGT fustige l’état des hôpitaux publics qui « croulent sous une activité exponentielle depuis la pandémie de covid-19 sans avoir les moyens humains et matériels nécessaires. »

Sur France Culture, le co-secrétaire de Sud Santé APHP Olivier Youinou ne décolère pas. « Le gouvernement axe sa communication sur le fait qu’il met plus d’argent sur la table, mais la vraie question c’est de savoir s’il en met assez. Assez pour compenser les restrictions budgétaires des années passées, et assez pour redonner envie aux jeunes de rejoindre l’hôpital. On a senti un frémissement à la rentrée, il y a 13% d’élèves infirmiers en plus. Mais cela va juste servir à remplacer les départs en retraite et ceux et celles qui jettent l’éponge parce qu’ils sont écœurés. Jamais ça ne sera assez pour que les 7500 postes d’infirmiers aujourd’hui vacants en France, trouvent preneurs ou preneuses. Le sous-effectif va perdurer ».

L’augmentation du budget sur lequel fanfaronne le projet de loi présenté devant les députés mercredi dernier serait donc in fine une nouvelle estocade pour l’hôpital publique. En effet, une partie – des revalorisations de salaire arrachées par les hospitaliers après le confinement ainsi que les dépenses exceptionnelles liées au Covid, sera donc à piocher sur le budget de fonctionnement des hôpitaux. Le projet de LFSS précise même que ces nouvelles restrictions budgétaires devraient passer par un « développement des alternatives à l’hospitalisation complète et le développement de la pertinence des hospitalisations », ainsi que « l’amélioration de la performance interne des établissements de santé ».

Autrement dit, aucune révolution stratégique vis-à-vis du financement de l’hôpital public de la part du ministère de la Santé mais bien la poursuite des logiques d’austérité. Subsiste donc une zone grise relative aux effectifs dans les hôpitaux, pourtant centrale dans la période comme l’explique la FHF« L’amélioration de la rémunération des professionnels était nécessaire mais l’urgence reste celle du renforcement des effectifs. Dans le secteur médico-social, le PLFSS 2021 ne permet pas de répondre à cet objectif prioritaire d‘accroissement progressif des moyens en personnel ».

De fait, à l’aube d’une seconde vague qui s’annonce dévastatrice y compris au regard de l’état d’exténuation physique et psychologique du personnel de santé qui se retrouve en sous-effectif, il est clair que le gouvernement cherche à masquer structurel par un discours optimiste et trompeur. Et comme seule réponse, c’est donc la réquisition pour les services Covid de centaines d’étudiants infirmiers qui avait été annoncée pour l’APHP, provoquant la colère de ces jeunes travailleurs qui refusent d’être « la main d’oeuvre au rabais de la lutte contre l’épidémie ».

Une nouvelle attaque déguisée donc, qui ne laisse pas dupe les différentes organisations syndicales et collectifs de soignants. C’est donc dans la continuité de la lutte contre l’austérité structurelle dans les hôpitaux la CGT, SUD, et les collectifs Inter-Urgences et Inter-Bloc ont appelé à une journée de mobilisation nationale le 15 octobre. À quelques semaines à peine du pic épidémique prévu pour début novembre, une telle date doit être un point d’appui pour imposer le rapport de force nécessaire à l’anéantissement des logiques austéritaires dans le service public de la santé. Une question de vie ou de mort pour la population en temps de pandémie mais aussi pour les travailleurs hospitaliers.

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