NPA Loiret

Mel de Contact : npa.orleans@orange.fr

Un fascisme incompétent est malgré tout du fascisme Sur l’offensive de l’extrême droite au Capitole

Une histoire qui vient de loin !

Il faut rappeler, parallèlement à l’analyse sur le développement de la naissance de ce fascisme, qu’il puise sa source dans la faillite du capitalisme libéral qui appauvrit, même dans son hypercentre impérial, les classes laborieuses (ouvrières, moyennes…). Comment expliquer sinon que des dizaines de millions d’Américains, qui votaient auparavant pour le parti démocrate, par ses relais syndicaux, se soient détournés de cette option électorale. L’ampleur de la crise touche tous les bastions ouvriers. Le règne des Clinton et la faillite sociale de l’ère Obama ont achevé de briser leurs dernières illusions dans le parti démocrate.

Le discours nationaliste de Trump et de l’extrême droite est écouté parce qu’aux États-Unis, comme en Europe d’ailleurs, la mondialisation et ses délocalisations vers l’Asie, pour optimiser les profits, ont laissé sur la touche des centaines de millions d’ouvriers et d’ouvrières. Le développement des services ou des centres d’affaires n’a jamais pu remplacer cet immense vide dans le monde du travail. S’y ajoute l’effondrement des politiques publiques de redistribution, même minimes, des richesses pour éviter la misère totale de la population pauvre. La mise en concurrence des salarié-es, de par le monde, a déclenché une spirale infernale que les actionnaires, ivres de milliards de bénéfices, ne veulent surtout pas partager.

Les mobilisations féministes, écologiques et antiracistes commencent à inquiéter une partie de la bourgeoisie et de la population WASP des blancs pauvres et déclassés. Ils sont rejoints par une partie de l’immigration cubaine, qui alimente le vieux fond anticommuniste. 

Il faut bien garder en tête qu’une partie non négligeable des élus républicains du Capitole, largement liés au monde des affaires, ont continué à contester les résultats électoraux malgré la tentative ratée de putsch. Ils sont allés jusqu’à parler de complot Antifa quand ils ont mesuré l’image déplorable du Capitole souillé par les groupes d’extrême droite et les 4 tué-es dont un policier.

Quant aux larmes de crocodile versées par la classe politique libérale mondiale et ses médias pleurant sur la démocratie étasunienne et la folie de Trump, rappelons quelques faits historiques.

Les États-Unis se sont construits avec et par l’esclavage et le génocide de la population native, les amérindiens. La guerre de Sécession n’a jamais réglé définitivement l’antagonisme entre la grande bourgeoisie terrienne des états du Sud avec son idéologie raciale d’apartheid et celle de la révolution industrielle plus libérale, mais tout aussi suprémaciste blanche sur le fond.

Rappelons-nous aussi des défilés nazis dans les rues des grandes villes américaines dans les années trente, de l’admiration de Charles Lindbergh, héros de l’aviation, pour Adolf Hitler, des affaires du père des Kennedy avec l’Allemagne hitlérienne avant l’entrée en guerre des États-Unis, du Maccarthisme et de la chasse aux communistes et aux juifs. Une partie de la classe politique de la plus vieille démocratie du monde a toujours adoré s’encanailler avec les idéologues fascisants.

C’est aussi l’impérialisme américain qui a installé des dictatures, des vraies, un peu partout dans le monde. Soit directement, le Chili en 1973 est l’exemple le plus criant, mais aussi dans toute l’Amérique latine. Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay, Bolivie, Pérou, Équateur, Colombie, Panama, Nicaragua… C’est la démocratique Amérique étasunienne qui a essayé d’en installer une au Viet Nam par la guerre et le massacre de la population civile, en Corée au nom de la lutte contre le Communisme. C’est la démocratique Amérique étasunienne qui a soutenu et soutient les dictatures du monde entier, péninsule arabique, Afrique du Sud… C’est elle qui valide et soutient sans faille la politique colonialiste du gouvernement ultra réactionnaire de Netanyahou en Israël. 

Alors que le temple de la démocratie qui organise à l’échelle mondiale les coups d’État divers et variés, les guerres et leurs crimes au nom des affaires et du dogme capitaliste soit victime d’un premier soubresaut fascisant n’est pas totalement surprenant. On ne peut pas prôner la violence et le cynisme en politique étrangère sans convertir une frange de sa propre population à cette culture raciste, phallocrate et rétrograde.

Jean NPA Loiret

La tentative désespérée d’aujourd’hui [mercredi 6 janvier, NDT] de subvertir l’ordre constitutionnel libéral va probablement échouer, ce qui reflète en grande partie l’état d’inachèvement de cette phase du développement du fascisme.

Ces dernières années, nous avons assisté à des tentatives spéculatives, à des incursions expérimentales, contribuant à créer les conditions culturelles et organisationnelles préalables à la légitimation d’une droite extra-parlementaire violente. Il n’y a pas, par exemple, de Modi sans Gujarat1, et pas de Gujarat sans Ayodhya2. Il faut du temps pour développer les coalitions de forces, au sein et au-delà de l’État, pour légitimer toute une culture de cruauté et de violence, pour éroder l’engagement de la bourgeoisie envers le libéralisme, pour démoraliser la gauche et terroriser les minorités.

Temporisation du Pentagone ?

Je ne prétends pas ici que les énergies partiellement coagulées du trumpisme, dont la dernière élection a démontré qu’elles se développent de manière significative, sont équivalentes au BJP/RSS3 dans leur cohérence idéologique, leur clarté organisationnelle et leur profondeur sociale. Ce n’est pas le cas. Je formule cette analogie pour indiquer que nous sommes bien loin de l’aboutissement de ce type de phénomène.

Cette incursion armée dans le Capitole fédéral des États-Unis, provoquée par Trump, et qui s’ajoute aux efforts des sénateurs républicains les plus proches de Trump pour renverser le résultat des élections, n’aurait pas pu avoir lieu sans la connivence de la police de Washington DC, avec un certain rôle joué par le ministère de la Défense. S’il s’était agi de n’importe quel autre mouvement de protestation, ils auraient été repoussés – et de manière brutale, avec une violence disproportionnée au maximum.

C’est ce même État qui a bombardé le quartier général de MOVE4 et a tiré des obus sur le complexe de Waco5. Au lieu de cela, la police de DC a ouvert les portes, permettant à l’extrême droite armée de s’introduire dans le Capitole, et s’est contentée d’observer les manifestant·es qui déambulaient à la recherche d’élu·es à prendre à partie – et puis quoi ? Ils ont laissé la situation dégénérer en une véritable fusillade, au cours de laquelle ils ont fini par tirer sur une femme dans le cou. Ils ont demandé le renfort de la Garde nationale, en réponse à quoi le ministère de la Défense a gagné du temps en disant qu’ils « allaient l’envisager ».

Ce n’est qu’après une violence qui a bien failli tuer que la Garde a été dépêchée sur place. Le Pentagone, bien sûr, est sous la direction du ministre par intérim Christopher Miller après que son prédécesseur, Mark Esper, a été destitué le 9 novembre pour s’être opposé à Trump. Esper faisait partie des anciens fonctionnaires du Pentagone qui ont mis en garde contre un coup d’État. Mon hypothèse est évidemment que le Pentagone a temporisé sous la pression de Trump, afin d’offrir à ses petits amis une reconstitution plus complète du Putsch de la Brasserie.

Dialectique de radicalisation mutuelle

L’alliance entre l’extrême droite, la police et une faction du pouvoir exécutif a été consolidée à plusieurs reprises par de violentes campagnes de rue sous Trump : dans des manifestations contre le confinement, dans la bataille de groupes armés contre Black Lives Matter (BLM), et dans les incendies de l’Oregon. La dialectique entre la violence de rue et la répression autoritaire de l’État contre les ennemis de la droite a été et demeure un élément visible de la stratégie de Trump. Et cette dialectique de la radicalisation mutuelle – si essentielle au fascisme dans sa phase de maturité – confortée par une dose d’hystérie anticommuniste, a joué un rôle essentiel dans l’élargissement de la base de Trump lors des élections de novembre.

Il faut souligner que si les résultats avaient été encore plus serrés, les protestations d’aujourd’hui seraient beaucoup plus grandes et plus dangereuses. Si ces protestations se limitent à des milliers, et non des dizaines de milliers de personnes, c’est notamment pour une raison cruciale : le résultat électoral était suffisamment net pour être démoralisant pour la base de Trump. Si cela n’avait pas été le cas, les contestations judiciaires, complétées par des appels téléphoniques comminatoires de Trump et des rassemblements armés soudains, auraient fait passer l’émeute des Brooks Brothers pour un pique-nique.

Ce putsch desperado sera aussi facilement contenu que les nombreuses contestations juridiques et politiques vexatoires de Trump concernant le résultat des élections. La défaite des républicains en Géorgie, probablement accélérée par la même intransigeance idéologique qui leur a coûté l’élection nationale, ajoutera à la démoralisation de la droite. La démoralisation est démobilisatrice. Cependant, le courant de colère sous-jacent, le mythe de la trahison (« notre vote a été volé ») et la réalité alternative élaborée par Trump et largement partagée par les électeurs républicains, vont être alimentés dans les années à venir par une industrie de « désinfodivertissement » (disinfotainment) d’extrême droite élaborée et habile.

Fascisme inachevé 

Les principaux secteurs en croissance, à partir de là, seront deux forces : les tireurs « loups solitaires » et les groupes conspirationnistes armés. Ces derniers – du pizzagate au partisan des QAnon qui a tiré sur un mafieux6, de l’attentat-suicide de Nashville (qui serait lié à une théorie du complot sur la 5G) au pharmacien qui a délibérément saboté des vaccins et les a ensuite fournis à des clients sur la base de théories de conspiration anti-vaxxer, du simulacre d’attentat sous influence d’Infowars aux milices en action lors des incendies de l’Oregon et des rassemblements anti-BLM – sont ancrés dans la tradition américaine.

Il s’agit de fascisme inachevé, du fascisme dans sa phase expérimentale et spéculative, dans laquelle se forme une coalition de forces populaires minoritaires avec des éléments de l’exécutif et de l’aile répressive de l’État. Il serait terriblement stupide, d’une complaisance incroyable, d’attendre de la démocratie états-unienne qu’elle reste suffisamment stable dans les années à venir pour refuser à ce fascisme naissant de nouvelles possibilités de se solidifier et de se développer.

Ne me dites pas que la bourgeoisie américaine ne soutiendra jamais le fascisme parce que la démocratie libérale fonctionnerait suffisamment bien. Ne me dites pas que le fascisme ne prendra pas pied dans une société où la gauche est faible depuis des décennies et où une grande partie du mouvement ouvrier est presque en état de mort clinique. Ces points sont hors sujet.

Le fascisme ne se développe jamais en premier lieu parce que la classe capitaliste se mobilise derrière lui. Il grandit parce qu’il attire autour de son noyau ceux que Clara Zetkin a décrit comme « les sans-abri politiques, les déracinés sociaux, les indigents et les désillusionnés ». Et le fascisme naissant a montré, de l’Inde aux Philippines, qu’il n’a pas besoin d’un communisme fort pour réagir : l’hypothèse d’Ernst Nolte était erronée. Il y a un besoin urgent d’un mouvement antifasciste aux États-Unis.

Ce texte a été publié sur le site de Richard Seymour.

Notes

[1] NDT : Etat de la côte Ouest de l’Inde, où l’actuel Premier Ministre de l’Inde, Narendra Modi, est arrivé au pouvoir en 2001. Il y est resté jusqu’à devenir Premier Ministre en 2014.

[2] NDT : Ville de l’État de Gujarat, important lieu de pèlerinage hindou et objet de tensions majeures entre hindous et musulmans. Des pogroms anti-musulman·es s’y produisent en 2002, tuant environ 2000 personnes et préfigurant le type de dynamique sur laquelle s’appuie aujourd’hui la politique de Modi.

[3] NDT Le parti de Modi, le Bharatiya Janata Party (« parti indien du peuple»), et son aile paramilitaire, le Rashtriya Swayamsevak Sangh («organisation volontaire nationale»).

[4] NDT Organisation radicale noire basée à Philadelphie, célèbre notamment pour les méthodes employées pour la réprimer, et surtout le largage d’une bombe depuis un hélicoptère de police sur leur siège, causant plusieurs victimes – dont des enfants – et un gigantesque incendie, en 1985.

[5] NDT : Ville du Texas surtout connue pour avoir été le lieu d’un assaut meurtrier du FBI contre une communauté sectaire.

[6] NDT : Anthony Comello.

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Cette entrée a été publiée le 11 janvier 2021 par dans DEMOCRATIE, EXTREME DROITE, FASCISME, TRUMP Donald, USA.
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