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La Russie proteste : plus de 2.000 interpellations lors de manifestations pro-Navalny. Le système Poutine en son hiver !

Les politiques et médias en France veulent montrer une Russie anti-démocratique ! Certes mais pourquoi omettre la réalité répressive en France depuis les « lois travail », les gilets jaunes et aujourd’hui les lois « sécurité globale » ? Ou en Belgique où des dizaines de personnes ont été arrêtées préventivement ce dimanche, à Bruxelles, pour empêcher deux manifestations interdites par les autorités contre les mesures anti-Covid, indique un porte-parole de la police locale. « On est au-delà de 200 arrestations pour le moment », principalement aux abords des gares de la capitale belge, a-t-il dit. Une place située devant la gare centrale, où la mobilisation était la « plus large », a du être évacuée, a-t-il ajouté. IL FAUT DEFENDRE AVANT TOUT LE SYSTEME OCCIDENTAL CAPITALISTE !

Au moins 2.200 personnes ont été interpellées dimanche 31 janvier 2021 en Russie lors de manifestations pour appeler à la libération de l’opposant Alexeï Navalny, dont 520 dans la capitale Moscou quadrillée par la police, a indiqué l’ONG OVD-Info.

Selon cette organisation spécialisée dans le suivi des manifestations, les arrestations ont eu lieu principalement à Moscou, mais aussi à Saint-Pétersbourg (242), deuxième ville du pays, à Krasnoïarsk (194), en Sibérie, ou encore à Vladivostok (120), en Extrême-Orient.

Recouvert par une fine couche de neige, le centre de Moscou a pris à certains endroits des allures de citadelle assiégée : des dizaines de policiers anti-émeutes ont été déployés, boucliers et matraques en évidence.

Fait rare, plusieurs rues et des stations de métro de la capitale ont été totalement fermées, poussant les protestataires à changer au dernier moment le lieu du rassemblement, diffusé sur les réseaux sociaux.

Ces rassemblements font suite à une première journée de manifestations samedi dernier, qui a réuni des dizaines de milliers de Russes dans tout le pays et qui s’était soldée par plus de 4.000 interpellations et l’ouverture d’une vingtaine d’affaires pénales.

Ioulia Navalnaïa interpellée

En début d’après-midi, quelques milliers de personnes se dirigeaient vers le parc Sokolniki sous les klaxons de soutien d’automobilistes, a constaté un journaliste de l’AFP.

La femme d’Alexeï Navalny, Ioulia Navalnaïa, a elle été interpellée par la police alors qu’elle était venue prendre part au rassemblement, selon plusieurs médias d’opposition.

D’après l’organisation OVD-Info, spécialisée dans le suivi des manifestations, au moins 1 643 personnes ont été interpellées dans 70 villes, mais principalement à Moscou (338).

Ces rassemblements font suite à une première journée de mobilisation samedi dernier qui a réuni des dizaines de milliers de protestataires et s’était soldée par plus de 4.000 interpellations, ainsi que l’ouverture d’une vingtaine d’affaires pénales.

« Poutine, c’est le mal »

Malgré les menaces, Ekatarina Britchkina, une manifestante de 39 ans, n’a pas hésité à battre le pavé à Moscou. Elle a affirmé à l’AFP avoir « peur davantage de ce qui se passera dans le pays si on ne sort pas dans la rue ». « C’est la répression, on jette en prison des gens innocents », abonde Daria, une vétérinaire de 34 ans.

A Saint-Pétersbourg, autre place forte de l’opposition en Russie, près de 2.000 personnes rassemblées sur une place du centre-ville ont été dispersées par les forces anti-émeutes. La police procédait à des arrestations, dont certaines à coups de bâtons.

« Poutine, c’est le mal. Il n’y a pas d’avenir avec lui, impossible de vivre avec de tels salaires et aussi peu de boulot », a affirmé Andreï, un protestataire de 30 ans.

Sur Twitter, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a dénoncé « l’usage persistant de tactiques brutales de la Russie contre des manifestants pacifiques et des journalistes pour la deuxième semaine de suite » et appelé les autorités russes à libérer Alexeï Navalny et ses soutiens.

Ces nouvelles manifestations se déroulent avec pour toile de fond la comparution d’Alexeï Navalny devant des juges, prévue la semaine prochaine. L’opposant est visé par de multiples procédures judiciaires depuis son retour en Russie le 17 janvier, qu’il considère comme politiquement motivées.

« En colère »

A l’autre bout du pays, à Vladivostok, Andreï, un manifestant de 25 ans, a regretté que peu de gens, quelques dizaines, se soient réunis car « les forces anti-émeutes ont bloqué » le centre-ville.

A Novossibirsk, la troisième agglomération de Russie, le média indépendant Taïga a estimé à plus de 5.000 le nombre de protestataires, l’un des plus importants rassemblements anti-gouvernementaux de ces dernières années.

« Les gens sont en colère à cause de ce qui se passe et parce que des députés et militants d’opposition ont été arrêtés cette semaine », a affirmé à l’AFP Khelga Pirogova, élue locale d’une coalition pro-Navalny.

La plupart de ses proches alliés ont été assignés à résidence vendredi par la justice russe, deux jours après une série de perquisitions ayant notamment visé le domicile de sa femme Ioulia et les locaux de son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption.

Les jours précédents, les autorités ont multiplié les mises en garde aux partisans de M. Navalny. La police a affirmé que les manifestants pourraient être poursuivis pour « émeutes de masse » si les rassemblements se soldaient par la violence.

Les protestations sont aussi alimentées par la diffusion d’une enquête de l’opposant accusant le président Vladimir Poutine de bénéficier d’un immense « palais » sur les rives de la mer Noire, une investigation vue plus de 100 millions de fois sur YouTube.

Vladimir Poutine a démenti des accusations destinées à « laver le cerveau » des Russes, tandis que la télévision publique a diffusé des images montrant la résidence encore en travaux et qu’un proche du président a dit en être le réel propriétaire.

Militant anticorruption et ennemi juré du Kremlin, Alexeï Navalny, 44 ans, est revenu en Russie le 17 janvier après des mois de convalescence en Allemagne pour un empoisonnement présumé, dont il accuse Vladimir Poutine et les services de sécurité russes d’être responsable.

L’arrestation d’Alexeï Navalny à Moscou, le 17 janvier 2021, a déclenché une vague de mouvements de protestation dans toute la Russie. Il revenait de Berlin après avoir passé plusieurs mois en traitement, pour avoir été empoisonné vraisemblablement par des agents du gouvernement russe.

Ce mouvement de protestation, contrairement à celui de 2012, est beaucoup plus profond et plus dangereux pour la stabilité du «système Poutine»: il dépasse les grands centres urbains de Moscou et de Saint-Pétersbourg, pour mobiliser les populations de Vladivostok à Krasnodar. Chantant des slogans anti-corruption et en faveur de la libération de Navalny, plus de 40’000 personnes se sont rassemblées dans le centre de Moscou.

Navalny a émergé comme un symbole de la dissidence contre le système Poutine, en axant sa campagne sur la corruption et l’inefficacité de l’élite. Pourtant, il ne faut pas le prendre pour un libéral-démocrate, comme pourraient le laisser croire les reportages des médias occidentaux: s’il est un «libéral-démocrate», c’est d’une variante russe. Avant de se concentrer sur la corruption, Navalny a été étroitement associé aux cercles nationalistes russes, impliqué dans des campagnes anti-immigration, mais aussi contre les Russes d’origine ethnique non slave, en particulier envers les Caucasiens du Nord.

Aujourd’hui, le gouvernement russe est dans une situation difficile. Libérer Navalny encouragerait davantage de dissidence, tandis que le garder en prison, après les 30 premiers jours, provoquerait davantage de colère. La politique répressive a ses limites, surtout lorsque les régimes autoritaires ne parviennent pas à remplir leur part du contrat: la stabilité économique.

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Le caractère universel du mouvement a plusieurs causes: l’une d’elles est que Navalny a réussi à faire passer son message anti-corruption en diffusant des reportages vidéo sur les médias sociaux. Les autorités russes dominent les institutions médiatiques, mais la censure a ses limites à l’ère des technologies numériques. L’équipe de Navalny a publié un documentaire vidéo sur le palais de Poutine au bord de la mer Noire. Il a coûté 1 milliard d’euros. Navalny a accusé le dirigeant russe d’avoir construit ce luxueux palais avec l’argent de la corruption, le qualifiant de «plus gros pot-de-vin de l’histoire».

Le leader russe a réagi à la publication de la vidéo en disant: il s’agit d’une «compilation et d’un montage», ajoutant qu’il la trouvait «ennuyeuse». «Rien de ce qui y est répertorié comme ma propriété ne m’appartient ou n’a jamais appartenu à mes proches», a déclaré Vladimir Poutine, cité par les agences de presse. Pourtant, en moins d’une semaine, 86 millions de visiteurs ont vu la vidéo.

Le problème du dirigeant russe ne se limite pas à l’inefficacité de la censure: c’est le message du système Poutine qui n’est pas plus convaincant pour un groupe important de citoyens russes. Poutine est arrivé au pouvoir à une autre époque [dès 1999] et a apporté des solutions non seulement aux classes dominantes russes en difficulté, mais a également satisfait les besoins de segments plus importants de la population. Après les années de désintégration soviétique sous Mikhaïl Gorbatchev, et les années chaotiques de Boris Eltsine [1991-1999], durant lesquelles la population russe et d’autres populations, anciennement «soviétiques», ont énormément souffert, Vladimir Poutine a promis la stabilité mais a également projeté une image de la puissance russe, tenant tête à un Occident «arrogant».

Plus important encore, Poutine a réussi à apporter la stabilité à la Russie grâce à des revenus financiers croissants basés sur les exportations massives d’énergie et de matières premières: en devenant pendant de nombreuses années le premier producteur de pétrole au monde (troisième producteur de pétrole en 2019, après les États-Unis et l’Arabie saoudite). Paradoxalement, c’est là que résident à la fois la force et la faiblesse du système Poutine.

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L’économie soviétique était autrefois la deuxième plus grande économie et la deuxième puissance militaire du monde. Pourtant, elle était en retard sur l’Occident en matière de développement technologique en raison de l’inefficacité de son complexe militaro-industriel et d’un système politique basé sur un contrôle hiérarchique strict et sur la censure. Les réformes de Gorbatchev étaient essentiellement une tentative de modernisation de ce système, mais au lieu de cela, il l’a déstabilisé.

L’économie russe est aujourd’hui la 11e plus importante par rapport au produit intérieur brut (PIB). Il est vrai que l’économie russe a été durement touchée par les sanctions financières occidentales et japonaises suite à l’annexion forcée de la Crimée en 2014. Pourtant, l’économie russe telle qu’elle a été façonnée et stabilisée sous le règne de Poutine souffre de problèmes structurels. Elle est totalement dépendante du pétrole et du gaz (52%), des métaux et des pierres précieuses (8%), alors que les machines et l’électronique ne représentent que 3,4%. Le fait que les élites dirigeantes russes réalisent leurs bénéfices grâce aux exportations de matières premières ne concourt pas à stimuler le secteur technologique, ni à protéger et développer les capacités industrielles.

Cette dépendance structurelle de l’économie russe à l’égard des exportations d’énergie et de ressources minérales est en crise, voire dépendante des fluctuations économiques mondiales. La Russie a exporté l’équivalent de 422 milliards de dollars en 2019, et ses exportations devraient tomber à 319 milliards en 2020.

Aujourd’hui, au pouvoir depuis plus de deux décennies, le «système Poutine» montre des signes de fatigue. Paradoxalement, Vladimir Poutine est plus que jamais vulnérable aux pressions de la rue maintenant qu’il s’est assuré un contrôle total sur les institutions politiques russes. Le message du «pouvoir» et de la «stabilité» n’est pas plus convaincant pour une nouvelle génération qui veut du changement et considère la stabilité comme «un peu plus de la même chose». L’antagonisme avec l’Occident et la projection de la puissance militaire avaient un sens après les années Eltsine et dans le contexte des guerres en Tchétchénie [1994-1996 et août 1999-février 2000, avec opérations dites contre-insurrectionnelles jusqu’en 2009], mais n’ont pas le même attrait pour une nouvelle génération.

Plus important encore, Poutine n’a pas réussi à résoudre les problèmes fondamentaux de la Russie – la modernisation économique – en préférant la stabilité aux réformes. Aujourd’hui, on voit les limites des choix faits dans le passé, et cette stabilité ne peut être maintenue éternellement.

La pandémie mondiale Covid-19 n’a fait qu’accélérer les difficultés économiques et va probablement provoquer une augmentation de la dissidence sociale. Les autorités russes auront besoin de plus que de politiques répressives pour contenir le mécontentement populaire. (Article reçu le 27 janvier 2021; traduction par la rédaction A l’Encontre)

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