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Attaques contre l’Union juive française pour la paix (UJFP) : « Empêcher une expression à la fois antisioniste et antiraciste »

La récente invitation, par la nouvelle municipalité de Bordeaux, de l’Union juive française pour la paix (UJFP) à participer à une réunion de la commission de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, a déclenché une campagne de calomnies contre l’UJFP. Nous nous sommes entretenus à cette occasion avec Michèle Sibony et Daniel Lévyne, porte-parole de l’organisation.

Une fois de plus le CRIF, la LICRA, des journalistes d’extrême droite, des députés LREM… ont attaqué et dénoncé l’UJFP, son antisionisme et plus largement votre antiracisme. Que leur répondez-vous ?

La seule vraie question c’est que tous ces gens veulent empêcher à tout prix une expression à la fois antisioniste et antiraciste. Pour les sionistes, de gauche comme de droite : antisionisme doit être synonyme d’antisémitisme. L’UJFP est à ce titre une cible de choix. Car nous faisons tous les jours la démonstration inverse : on peut être juif, antiraciste et antisioniste. C’est cette position qui enrage les tenants d’un sionisme de gauche ou de droite. Car ils veulent à tout prix délégitimer la critique d’Israël et de son régime. Ce qui n’est pas nouveau. Ce qui l’est par contre est la montée de l’audience de nos positions, et cela les enrage. 

Nos positions sont claires, elles sont exposées sur notre site ujfp.org depuis des années, dans nos textes, brochures « paroles juives contre le racisme », dans les dix clips vidéo que nous avons réalisés sur le racisme. Antisionistes, nous sommes pour l’égalité des droits et la justice en Israël-Palestine, antiracistes aussi, nous sommes contre le racisme sous toutes ses formes et les discriminations. Mais notre antiracisme ne désigne pas, comme le font les sionistes, l’antisémitisme comme la forme exceptionnelle et absolue du racisme, en minorant voire en niant les autres formes, comme l’islamophobie. Notre antiracisme prend en compte la dimension politique et idéologique du racisme, du racisme institutionnel et systémique envers certaines minorités, et de l’instrumentalisation politique d’autres minorités. C’est ce que l’on appelle l’antiracisme politique. Ainsi nous dénonçons le racisme d’État qui prend plusieurs formes, depuis les contrôles au faciès et les violences policières à l’encontre des racisés, jusqu’à l’islamophobie galopante et décomplexée en passant par l’acharnement judiciaire contre les citoyens qui secourent les migrants.  Notre vigilance et notre engagement sont directement liés aux expériences vécues par nos familles, victimes de racisme d’État, puis de la déportation avec l’aide de la police françaises vers les camps de la mort.

Vous avez relayé et soutenu (comme notre camarade Michel Warschawski) un article d’Houria Bouteldja qui affirmait qu’« on ne peut être innocemment israélien ». Qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?

Notre camarade Houria Bouteldja n’est ni antisémite ni « racialiste ». Ses nombreux écrits, traduits et relayés dans de prestigieuses universités dans le monde, la situent clairement dans le camp décolonial et antiraciste international qui est le nôtre, et qui est violemment attaqué par ce qu’il faut bien appeler une « réaction française ». Il est notable que ceuxqui l’accusent ainsi n’ont aucune activité antiraciste… autre que de dénoncer le supposé antisémitisme musulman.

Autant un débat critique, même vif, sur les idées défendues par Houria Bouteldja et le PIR nous semble souhaitable et légitime, autant nous nous élèverons toujours contre sa diabolisation et les chasses aux sorcières organisées contre notre camp par cette « réaction française ». 

Faire partie d’un régime colonial, en tirer profit, jouir des privilèges qu’il offre c’est ce qui a été décrit par Césaire, Memmi et Sartre comme ne pas être innocent. En ce sens les Français ne sont pas innocents du colonialisme et du régime de Vichy, Houria Bouteldja l’a d’ailleurs exprimé mille fois dans ses écrits précédents, en ajoutant d’ailleurs qu’elle n’était pas innocente non plus puisqu’elle jouissait aussi de ces privilèges. Michel Warschawski a très souvent exprimé cette non-innocence, en expliquant que si pour un Palestinien le simple fait de se lever le matin et d’envoyer ses enfants à l’école était un acte de résistance, pour un Israélien ne pas militer constamment revenait à accepter les privilèges, à une forme de « non-innocence ». Il s’est donc contenté de confirmer le propos de Houria Bouteldja, avec son expérience anticolonialiste. Il faut plutôt se demander ici pourquoi Israël devrait faire exception à la règle. 

Loi « séparatisme », discours et politiques ouvertement islamophobes, discriminations envers les Roms… Quel antiracisme est à l’ordre du jour pour vous pour lutter contre tous les racismes ?

La loi sur les séparatismes est un autre exemple de l’avancée du racisme d’État, et de la dérive autoritaire d’un régime qui se rapproche de l’extrême droite. Pour nous la lutte antiraciste doit se dégager de toute instrumentalisation politique, elle doit favoriser et permettre les convergences entre minorités racisées là où le régime cherche à les monter les unes contre les autres. C’est l’objectif que nous visons depuis des années avec des associations partenaires, rroms, noires, de lutte contre l’islamophobie : intervenir ensemble contre toute attaque raciste envers les juifs, les noirs, les musulmans, les rroms, les asiatiques. La plateforme antiraciste politique que nous avons construite avec le CRAN, la BAN, la Voix des Rroms, le CCIF, et dans laquelle nous sommes en train d’intégrer une association asiatique, fait partie de ce travail. Il va sans dire que la dissolution du CCIF (et d’autres associations musulmanes) est un coup porté à la défense des droits des citoyens victimes d’islamophobie.

La pandémie a confiné encore un peu plus les territoires palestiniens occupés et particulièrement Gaza, qui a subi de nouveau une série de raids israéliens. Le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien, la campagne BDS ont depuis quelques années du mal à se faire entendre à la hauteur du combat. Comment reconstruire et réaffirmer une solidarité internationaliste conséquente et efficace ?

Bien sûr le « confinement » des Palestiniens ne date pas d’hier, que ce soit dans les bantoustans des territoires occupés ou à Gaza. La pandémie a été un prétexte pour accentuer l’apartheid israélien. Ainsi les Palestiniens de Gaza nous ont lancé un appel car ils manquaient d’oxygène. Et tandis que Israël se targue d’être le premier en matière de vaccination, les Palestiniens sont les parents oubliés de cette campagne.

Dès qu’en 2005, la société civile palestinienne a appelé à cette campagne de Boycott, désinvestissement et sanctions tant que l’État d’Israël ne respecterait pas le droit international, nous avons répondu présent et participé au maximum d’actions en fonction de nos forces. Le gouvernement français a tenté de criminaliser ce mouvement par les circulaires Alliot-Marie et Mercier, toujours en vigueur. De nombreux procès ont eu lieu, et nous y avons témoigné comme Juifs et Juive pour soutenir les accusés. Beaucoup ont abouti à des non-lieux. Récemment la cour européenne des droits humains (CEDH) a contredit l’arrêt de cassation qui avait condamné des militants BDS de Mulhouse pour incitation à la discrimination économique envers des personnes en raison de leur appartenance à une nation.

La Cour de Strasbourg a jugé à l’unanimité que la France avait violé l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme sur la liberté d’expression, et rappelé que cet article « ne laisse guère de place pour des restrictions à la liberté d’expression dans le domaine du discours politique ou de questions d’intérêt général. Par nature, le discours politique est souvent virulent et source de polémiques. Il n’en demeure pas moins d’intérêt public, sauf s’il dégénère en un appel à la violence, à la haine ou à l’intolérance. »

Il est clair que la volonté exprimée de fusionner les termes d’antisionisme et d’antisémitisme, promue par le gouvernement les médias et les sionistes de tout bord, est l’un des moyens privilégiés par Israël et ses alliés pour délégitimer la campagne BDS. 

Or pour nous, c’est précisément lutter contre l’amalgame de ces deux notions — donc des Juifs avec les Israéliens— qui peut empêcher le développement du ressentiment antijuif. Lutter contre cet amalgame permet de déjouer le piège du racisme dans lequel on veut enfermer la solidarité légitime avec la Palestine, et la légitime critique du régime israélien. Et c’est ce qui permet de maintenir ces questions dans le champ politique dont certains veulent exclure notamment les arabes et musulmans français.

Propos recueillis par Kévin (Rennes)

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Cette entrée a été publiée le 6 février 2021 par dans ANTIFASCISME, ANTISEMITISME, ANTISIONISME, ETAT POLICIER, FRANCE, UJFP.