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Dix ans après la « révolution » : la Syrie prise entre le marteau des islamistes et l’enclume américaine

 Ali Oussi

16 février 2021

Dix ans après la « révolution » : la Syrie prise entre le marteau des islamistes et l’enclume américaine

Mars 2011 : Le vent de ce qui est appelé « Printemps arabe », souffle sur la République de Syrie. Aussitôt, de nombreux belligérants participent au conflit qui connaît plusieurs phases.

La majeure partie des premiers groupes insurgés se structurent autour de l’Armée syrienne libre (ASL), qui est fondée en juillet 2011.

L’opposition politique en exil forme quant à elle le Conseil national syrien (CNS) en septembre 2011 puis la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution (CNFOR) en novembre 2012. Carrefour des civilisations depuis la plus haute antiquité, de la Syrie n’en restait que les vestiges.

La Syrie est divisée et la « révolution » s’est tout de suite transformée en une guerre civile qui n’a pas fini d’ensanglanter le pays.

Dix ans plus tard, où en est la Syrie? La réponse est sans équivoque. 

Le pays est au cœur d’une guerre effroyable qui a provoqué le déplacement de la moitié de la population et coûté la vie à plusieurs centaines de milliers de personnes. Soixante pays sont aujourd’hui, de près ou de loin, impliqués dans le conflit, qui ravive les rivalités historiques entre sunnites et chiites et bouscule le jeu d’alliances au Proche-Orient.

« Le sort de la Syrie après 10 ans de guerre, toujours frappée par les cruelles sanctions occidentales qui affament sa population, toujours frappée par la terreur des bandes de terroristes islamistes venues de l’extérieur, n’intéresse pas nos médias orientés », lit-on dans un long éditorial de Arrêt sur info, un site d’information internationale fondé en août 2014 par Silvia Cattori – une journaliste indépendante de nationalité suisse.

« Près de deux ans après la défaite du califat, l’armée syrienne peine à venir à bout de ses reliquats », écrit de son côté Sputnik France.

En effet, « les sanctions économiques américaines aggravent la pauvreté du pays, favorisant la radicalisation islamiste », estime Fabrice Balanche, géographe et spécialiste de la Syrie, cité par le même média.

A la question de savoir si les USA, alliés de Daech, il affirme que l’objectif de Daech est de maintenir son organisation clandestine, basée sur du racket, du vol, de la contrebande de matières premières, mais également sur le harcèlement des troupes de l’armée syrienne».

Fabrice Balanche rappelle dans ce sens, que mercredi 3 février, les troupes syriennes de Bachar el-Assad subissaient une attaque terroriste, faisant 19 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

 L’offensive a été revendiquée par le groupe État islamique.

« Régulièrement, des affrontements avec les djihadistes ont lieu dans le désert de Deir ez-Zor, région hautement stratégique pour Damas. En effet, cette région, qui représente environ 60% des ressources pétrolières du pays, n’est pas sous le contrôle du gouvernement syrien » rappelle encore, le géographe Fabrice Balanche.

Le pétrole syrien sous contrôle US

Notant par ailleurs, que l’essentiel du pétrole syrien est à l’Est de l’Euphrate et sous contrôle américain et kurde, Fabrice Balanche, estime que  Washington n’a pas envie que les Syriens reprennent ce pétrole. « C’est une stratégie qui vise à couper les approvisionnements de Damas», analyse-t-il.

Une situation dont profite l’organisation terroriste, qui chercherait selon lui à dominer cette zone à des fins financières pour se régénérer. Ainsi Daech serait-il en période de gestation ?

Vraisemblablement d’autant qu’en décembre dernier, l’organisation avait commis un attentat meurtrier contre un bus de soldats dans la région de Homs, alors qu’ils avaient obtenu la permission de rentrer chez eux pour les fêtes de fin d’année.

L’attaque avait fait 37 morts. « En définitive, l’EI a renoué avec des actions terroristes plus classiques, à l’instar d’Al-Qaïda », affirme l’analyste relevant que dans les régions où Daech est présent, les djihadistes maintiennent un environnement de terreur. Ceux qui ne veulent pas payer se font assassiner. « À terme, ils souhaitent reprendre des forces pour refaire le coup de 2014», prévient-t-il.

La pauvreté, «une aubaine» pour les djihadistes

De plus, la pauvreté ambiante favorise le maintien djihadiste en Syrie, et ce, malgré leur défaite de mars 2019.

Une «aubaine» pour les islamistes, précise Fabrice Balanche.

Alors que la Syrie peine à se remettre de ce conflit, la situation économique est aggravée par les sanctions américaines. Baptisée loi César, la déferlante de sanctions imposées par l’Administration Trump est entrée en vigueur en juin 2019. Gel des avoirs, impossibilité d’accès au système bancaire américain: 411 personnalités syriennes et 111 entreprises, banques et organes étatiques syriens étaient dans le viseur de Washington.

Asphyxiant littéralement l’économie du pays, ladite loi,  a surtout fait du peuple syrien sa première victime. Indirectement, elle visait aussi à saper l’influence des alliés iraniens, russes et libanais de Damas, qui luttaient contre les terroristes en Syrie. Ainsi, les djihadistes des différentes mouvances ont-ils profité de cette situation, estime le spécialiste de la Syrie à  Sputnik.

 «La situation économique intenable en Syrie créée du mécontentement, et cela, Daech le sait. L’organisation en profite pour recruter de nouveaux membres.»

Cette stratégie avait été utilisée dans les années 90 contre l’Irak, nous rappelle-t-il. Les Américains avaient imposé un embargo sur tout le pays. Les conséquences furent catastrophiques d’un point de vue humanitaire, et c’est également à cette époque qu’une couche de la population sunnite commença à se radicaliser.

« En Syrie, la radicalisation va de pair avec la pauvreté, une pauvreté entretenue par l’embargo américain: «les sanctions font le jeu de la radicalisation», souligne le géographe.

Pour lui, les Américains se réfugient derrière la lutte contre Daech, mais en vrai, il s’agit d’une occupation illégale avec pour objectif de faire pression sur Damas et de bloquer le corridor iranien.»

Ce corridor iranien est un projet terrestre reliant Téhéran à Beyrouth en passant par Al-Boukamal, à la frontière irako-syrienne. Les dirigeants iraniens souhaitent ainsi sanctuariser une zone allant jusqu’à la Méditerranée, en englobant l’Irak, la Syrie et le Liban.

Une telle entreprise vise à fournir le Hezbollah en matériel militaire. Parce que le transit ne peut se faire par voie aérienne, les Mollahs sont contraints de transiter par voie terrestre.

Or, Washington entend contrecarrer l’influence iranienne en Syrie. De là à utiliser Daech, il n’y aurait qu’un petit pas que Washington pourrait aisément franchir, avance Fabrice Balanche:

 «Durant le conflit en Syrie, tout le monde s’est renvoyé Daech. Cela serait machiavélique de la part des États-Unis de pousser les terroristes vers les territoires contrôlés par Damas, pour embêter et affaiblir les Iraniens, les Russes et les Syriens.»

Mais pour le géographe et spécialiste de la Syrie, cette obsession anti-iranienne pourrait changer avec Joe Biden.

En effet, la nouvelle Administration américaine fait des négociations sur le nucléaire iranien une priorité. Mais de là à croire à un départ des troupes américaines de Syrie, à un desserrement de l’étau des sanctions contre Damas et au soutien indirect de Daech* par Washington, cela reste impensable aujourd’hui.

A.O

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Cette entrée a été publiée le 17 février 2021 par dans COLONIALISME, SYRIE.