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Femmes en luttes : D’un 8 mars à l’autre… le coronavirus s’est aussi attaqué aux droits des femmes

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. » Dans sa célèbre alerte, la philosophe Simone de Beauvoir n’a pas évoqué l’éventualité d’une crise sanitaire. La pandémie de Covid-19, qui bouleverse nos vies depuis un an, a pourtant bien eu des conséquences sur ce point précis. Que s’est-il passé entre le 8 mars 2020 et ce lundi, 8 mars 2021, soit entre ces deux journées internationales des droits des femmes où ils sont traditionnellement mis à l’honneur ?

Violences conjugales : des signalements en hausse

Le contrôle de la situation sanitaire a rimé avec confinements. Le premier du 17 mars au 11 mai, le deuxième du 30 octobre au 15 décembre. Or, dans ce huis clos familial, les violences conjugales se sont multipliées. Sur la plate-forme lancée par le gouvernement en 2018, Arretonslesviolences.gouv.fr, une hausse des signalements de 40 % a été constatée au printemps. Le taux est monté à 60 % lors du second confinement pourtant moins strict. « Avec la pandémie, la crise économique et sociale qui se profile, on a constaté un niveau de tension extrêmement fort depuis cet automne, avec moins de soupapes de décompression pour les gens qui devaient rester chez eux », nous expliquait le 10 janvier Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, en charge de la citoyenneté.

Même phénomène observé par la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF), qui gère la ligne téléphonique d’écoute et d’orientation destinée aux femmes victimes de violences, le 3 919. Durant le premier confinement, par exemple, près de 45 000 appels ont été pris en charge. C’est trois fois plus que l’an dernier à la même période. En moyenne, le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans qui, au cours d’une année, sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint, est estimé à 213 000 femmes. Quelle sera la teneur des prochains chiffres au regard de ces premières tendances ? En 2019, le nombre de féminicides a augmenté de 21 % en France (146 femmes tuées par leur compagnon ou ex-conjoint en un an). Pour 2020, 90 ont été recensés par le ministère de la Justice.

Le télétravail, un faux ami pour les femmes

Présenté comme le moyen idéal de contenir le virus mais aussi de rapprocher vie familiale et occupation professionnelle, le télétravail s’est révélé être un poids pour une catégorie précise de la population : les femmes diplômées, cadres et mères. Une étude de février 2021 menée par Ipsos pour le Boston consulting group, auprès de 1 000 femmes et 1 000 hommes, montre que les femmes n’ont été que 29 % à disposer d’une pièce spécifique pour travailler, contre 47 % des hommes. Et que, sans surprise, elles ont 1,5 fois plus de risques d’être fréquemment interrompues lorsqu’elles travaillent à la maison. À cette situation déséquilibrée s’ajoute la mauvaise répartition des tâches ménagères. Les femmes en télétravail sont 34 % à s’estimer sur le point de craquer ou de faire un burn-out. C’est 21 points de plus que les hommes.

Les femmes reconnaissent d’ailleurs que pendant cette crise elles n’ont pas entretenu leur réseau et qu’elles n’ont pas pris la parole en réunion. Sur ce dernier sujet, il y a une différence de 29 points entre les femmes et les hommes. Elles se sentent ainsi plus isolées que les hommes vis-à-vis de leurs collègues. Selon Jessica Apotheker, du Boston consulting group, qui a dirigé cette étude, il y a une peur que le covid nous ramène en arrière en matière de place des femmes dans l’entreprise. « Si les femmes de 25 à 40 ans décrochent, dit-elle, alors on n’aura pas la génération de dirigeantes qu’on espérait tous pour dans quelques années ».

Mutilations génitales : les associations en alerte

Toutes les associations sont en alerte. Alors que trois millions de jeunes filles sont menacées chaque année dans le monde par ce fléau, deux millions de plus risquent de subir des mutilations génitales féminines (MGF), au cours de la prochaine décennie, à cause du COVID-19, selon l’Unicef.

Ralentissement des campagnes de prévention, isolement des enfants confinés, précarisation des femmes qui avaient abandonné cette pratique : la pandémie pourrait en effet faire exploser le nombre d’excisions (ablation d’une partie du clitoris et des petites lèvres) ou dinfibulations (fermeture quasi complète de l’orifice vulvaire avec ou sans excision). Les mesures de distanciations sociales et de confinement, prises pour ralentir l’épidémie de coronavirus, les ont notamment isolées encore davantage.

Des difficultés d’accès à l’IVG

Loi de libération et d’émancipation pour les femmes, la loi Veil légalisant en 1975 l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est revenue sur le devant de la scène politique et dans le débat public. Pour pallier les difficultés d’accès à ce droit pendant la crise sanitaire, le gouvernement a allongé le délai légal pour procéder à une IVG médicamenteuse jusqu’à neuf semaines d’aménorrhée (soit un allongement de deux semaines). Quid de l’IVG chirurgicale possible jusqu’à 12 semaines ? Le 8 octobre, une proposition de loi (PPL) transpartisane, visant à allonger le délai légal jusqu’à 14 semaines pour avorter, a été adoptée en première lecture par les députés contre l’avis du gouvernement. Adoptée pour la deuxième fois en Commission des affaires sociales, elle devait être examinée en seconde lecture le 18 février dans le cadre de la journée d’initiative parlementaire du groupe Socialistes et apparentés.

Cela n’a pas été le cas. Le groupe Les Républicains a en effet déposé quelque 423 amendements, empêchant tout débat. « Cette volonté manifeste de bloquer un texte voté démocratiquement en première lecture à l’Assemblée nationale est honteuse », tranche Albane Gaillot, députée du Val-de-Marne, qui portait le texte. « Il n’y a plus de temps à perdre : l’Assemblée nationale l’a votée et le Conseil Consultatif National d’Éthique a donné son vert. J’en appelle donc au Gouvernement afin qu’il reprenne la main sur la navette parlementaire en inscrivant la proposition de loi à l’ordre du jour », insiste la parlementaire. Entre 2 000 et 4 000 Françaises, ayant dépassé le délai de 12 semaines, se rendent tous les ans à l’étranger pour un avortement (en Espagne, au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas). Mais pour cette année ? Avec les restrictions de circulation liées à la pandémie ? Que s’est-il passé pour elles ?

La PMA pour toutes, une promesse toujours non tenue

Ouvrir la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules était une promesse du candidat Emmanuel Macron, en 2017. La PMA est aujourd’hui réservée aux seuls couples hétérosexuels qui souffrent d’infertilité ou de maladies graves susceptibles d’être transmises à l’autre membre du couple ou à l’enfant. Le texte supprime cette exigence d’une infertilité pathologique et fonde le recours à la PMA sur le « projet parental », sur la volonté de fonder une famille. Maintes fois annoncée, 2021 sera-t-elle l’année de la PMA pour toutes ? La crise sanitaire a fait passer cette mesure sociétale, intégrée au projet de révision de la loi bioéthique, au second plan. Après avoir été adopté en premières lectures à l’Assemblée nationale (automne 2019) et au Sénat (début 2020), puis en deuxième lecture à l’Assemblée (1er août 2020), le Sénat devait réexaminer le texte à partir du 2 février sans qu’il y ait de grandes surprises. La loi bioéthique entrerait alors en vigueur quelques mois après. Sauf que, contrairement à son premier vote, la Chambre Haute a rejeté l’article 1 sur la PMA pour toutes.

Elle a ainsi exclu les femmes célibataires de ce nouveau droit avec l’adoption d’un amendement de Dominique de Legge (LR). « Même s’il s’agit d’une monoparentalité choisie et non subie, l’accès de la PMA aux femmes seules soulève de nombreuses interrogations au regard de la plus grande vulnérabilité dans laquelle est placée une personne seule dans l’éducation d’un enfant », estime le parlementaire. Dans la foulée, la possibilité d’une autoconservation d’ovocytes, sans raison médicale, pour les femmes désireuses de procréer plus tard a également été supprimée du texte. Enfin, le Sénat à, une nouvelle fois, décidé de réserver le remboursement par la Sécurité sociale des PMA aux couples infertiles. Un nouveau vote devrait avoir lieu prochainement. « En attendant, je fais comment moi ? interroge rageusement Victoria, mère solo d’Albin 4 ans fruit d’une PMA réalisée en Espagne. Je veux un autre enfant depuis deux ans. J’ai cru pouvoir faire cette PMA dans notre pays mais rien ne vient. J’ai donc économisé pour la réaliser à l’étranger mais avec la pandémie, je suis bloquée et le temps passe. »

Un congé paternité doublé pour plus d’égalité

À partir du 1er juillet 2021, la durée du congé paternité (ou du second parent) double pour passer de 14 à 28 jours. L’objectif est double : offrir de meilleures conditions de développement pour les nouveau-nés en permettant au second parent d’être plus présent pendant ses premiers jours et contribuer à un rééquilibrage des tâches domestiques et parentales entre les parents. C’est donc une mesure aussi en faveur des droits des femmes. Une partie est rendue obligatoire (7 jours minimum), quel que soit le contrat de travail. Le but est ainsi de faciliter la prise de ce congé pour des futurs pères pouvant subir une pression de l’employeur à ne pas le faire.

D’après les sondages d’opinion, ce sont surtout les classes sociales les moins privilégiées qui l’attendent de pied ferme. Actuellement, 67 % des papas (et des seconds parents pour les familles homoparentales) prétendent à ce congé créé en 2002. « Un mois de congé, c’est déjà ça. J’ai eu mal au cœur de devoir laisser ma femme avec notre fille, au bout de 14 jours. Elle avait subi une césarienne et je n’ai pas pu être là pour faire ma part. C’est comme si la naissance d’un enfant ne concernait que la mère. Comment voulez vous former une équipe parentale, qui fonctionne dès le début, dans ces conditions ? », interroge Pablo, plombier et jeune papa dans le Val-de-Marne.

Christine Mateus Le Parisien

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