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EDF : Mobilisation citoyenne contre le démantèlement d’EDF

PAR LAURENT MAUDUIT

Opposés au projet de démantèlement d’EDF ou à la privatisation de GDF, de multiples associations, syndicats et partis de gauche multiplient les initiatives. Mais, hormis le PS, ils n’envisagent pas pour l’instant de proposer un référendum d’initiative partagée.

«Quand tout sera privatisé, nous serons privés de tout ! » Ces mots sont d’abord apparus à l’automne 2019 lors des manifestations contre la réforme des retraites et en défense de l’hôpital public. À les lire sur d’innombrables banderoles et dans des cortèges multiples, on ne pouvait que se réjouir à l’idée qu’ils étaient l’indice d’une prise de conscience collective. Tout à la fois un cri de colère contre les ravages des privatisations et un attachement de plus en plus partagé à la sauvegarde des biens communs.

Depuis près de deux mois, c’est le service public de l’électricité et du gaz qui est l’objet d’une nouvelle mobilisation citoyenne, avec ce slogan qui fédère de nouveau de multiples initiatives au travers de tout le pays, dans le prolongement de l’autre grande mobilisation sur le même sujet, celle contre le projet de privatisation d’Aéroports de Paris (ADP).

Si une nouvelle mobilisation citoyenne commence à prendre de l’ampleur dans le pays, c’est évidemment parce que, malgré la pandémie, Emmanuel Macron n’a que très peu modifié le cap de sa politique économique. Et tout le monde a bien compris en particulier qu’il n’a abandonné aucune des réformes dites structurelles qui sont au cœur des croyances néolibérales. Dans le lot, il y a ainsi la réforme de l’assurance-chômage, dont un premier volet entrera en vigueur dès le 1er juillet social malgré le tsunami social déclenché par la crise sanitaire et qui entraînera une baisse massive des allocations, même pour les chômeurs les plus modestes.

Et puis, il y a aussi les projets de privatisation des services publics qui se poursuivent. Car même si le gouvernement a finalement choisi de suspendre, au moins provisoirement, la sulfureuse cession d’ADP, compte tenu des turbulences que connaît l’entreprise publique du fait de la crise sanitaire et de l’effondrement du trafic aérien, il n’a pas pour autant décidé d’interrompre les coups de boutoir qu’il donne contre les services publics, pour les livrer aux appétits boulimiques des marchés financiers. En faut-il une preuve, on la trouve dans les menaces qui pèsent sur les services publics de l’énergie, qui sont depuis la Libération au cœur du pacte républicain.

Croquée partiellement par Suez en 2006 et englobée dans un groupe rebaptisé Engie, GDF connaît ainsi un processus de privatisation, qui s’est brutalement accéléré depuis l’été dernier, sous la houlette autoritaire du patron du groupe, Jean-Pierre Clamadieu. L’audition, le 3 mars, de Catherine MacGregor, la nouvelle directrice générale d’Engie, devant la Commission des affaires économiques du Sénat, permet de mieux cerner les projets de réorganisation de l’entreprise, l’éloignant de plus en plus de ses missions de service public, en même temps que l’émotion qu’ils suscitent.

Voici en effet comment le Sénat, enceinte pourtant pas franchement rebelle ni progressiste, résume sur son site internet l’enjeu de cette audition : « La commission des affaires économiques du Sénat a auditionné Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, sur le projet de réorganisation “Bright”. À cette occasion, les sénateurs se sont interrogés sur l’intérêt stratégique et l’impact socioéconomique de ce projet, par lequel Engie envisage, dans le cadre d’une réorganisation lancée en juillet dernier, de céder l’essentiel de ses “solutions clients” au terme d’une “revue stratégique” : le devenir des deux tiers de ses activités de service, de la moitié de son personnel et d’un cinquième de son chiffre d’affaires est posé. Rappelant que cette “revue stratégique” a justifié la cession précipitée des parts d’Engie dans Suez en septembre, les sénateurs ont par ailleurs exprimé leur inquiétude quant au désengagement envisagé dans deux entreprises de pointe : GTT, leader mondial d’ingénierie des méthaniers et Endel, société de services assurant la maintenance de nos centrales nucléaires. »

Et le Sénat ajoute : « Ils ont également regretté la baisse annoncée des participations d’Engie dans GRT Gaz, le gestionnaire du réseau de transport de gaz, qui suscite des craintes sur le plan de notre souveraineté énergétique. Observant la fermeture des 7 centrales nucléaires belges exploitées par la filière d’Engie, Electrabel, les sénateurs ont demandé à la directrice générale l’incidence de cette décision sur l’activité du groupe. » En bref, c’est un véritable projet de démantèlement que poursuit le patron d’Engie.

Et puis, surtout, il y a cet autre projet de démantèlement, qui concerne cette fois EDF, et qui inquiète vivement tout l’univers associatif, le monde syndical et la gauche dans toutes ses composantes. Baptisé « Hercule » et concocté dans la plus totale opacité par l’Élysée, ce projet a, pourtant, fait l’objet de nombreuses fuites ; et Mediapart y a consacré de nombreuses enquêtes, sous la plume de ma consœur Martine Orange.

En résumé, on sait de ce projet qu’il vise à couper EDF en trois entités distinctes : EDF « Bleu », détenue à 100 % par l’État, qui regrouperait les activités nucléaires et le gestionnaire de réseau du transport d’électricité (RTE) ; EDF « Vert » qui comprendrait les activités commerciales du groupe, le réseau de distribution Enedis et les énergies renouvelables ; laquelle entité pourrait être introduite en bourse à hauteur de 35 %, prélude à une privatisation totale ; EDF « Azur », qui regrouperait notamment les concessions hydroélectriques (dont les barrages), elles aussi promises à une prochaine privatisation.

En bref, il s’agirait d’une authentique opération de prédation, laissant à la charge des contribuables les très lourds déficits des activités non rentables, à commencer par les activités nucléaires, et isolant les activités rentables, pour les amener vers une prochaine privatisation.

Comme le relevait ma consœur Martine Orange, ce projet est d’autant plus choquant que les décisions prises engagent pour des années le pays, tant en termes de sécurité que de compétitivité et d’aménagement du territoire. Sans parler du fait qu’EDF est un service public, un bien commun de la nation qui devrait être inaliénable, inscrit dans le préambule de la Constitution de 1946, et non un actif à la disposition du gouvernement.

Mediapart a donc beaucoup documenté la dangerosité du projet qui chemine. Mais il existe aussi de nombreuses publications liées au Collectif qui s’appliquent à le décrypter. Il y a aussi quelques vidéos sur le même sujet, comme celle de « Osons causer », qui détaille « le projet de vente à la découpe ».

À la faveur d’un entretien avec L’Express, publié le 9 mars, le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, n’en continue pas moins de faire le forcing. Déplorant que « les choses n’avancent plus beaucoup depuis la fin de l’automne », il fait valoir que « les négociations se poursuivent toujours entre l’État et la Commission européenne », autour du projet « Hercule ». Il a même le culot de prétendre que c’est la Commission européenne qui pousse à la roue en faveur d’un éclatement du groupe public. « À ses yeux,prétend-il, seul un éclatement d’EDF en plusieurs entités se faisant concurrence est envisageable. »

Les négociations secrètes entre le gouvernement français et la Commission européenne avancent pourtant plus vite que ne le dit le patron d’EDF. D’après une dépêche du 10 mars de l’agence Reuters, « les négociations entre Paris et Bruxelles autour de la réforme du nucléaire français et de la réorganisation d’EDF ont progressé et entrent dans leur phase finale, avec une possible conclusion à la fin du mois de mars »

Combattre Hercule mais aussi dessiner un autre avenir

Ce sont ces deux projets, « Bright » et « Hercule » qui ont été les déclencheurs de cette nouvelle mobilisation citoyenne. À l’origine, il y a d’abord eu des échanges entre l’association Droit à l’énergie, qui a pour ambition de lutter « pour un meilleur accès à l’énergie durable pour tous, dans toutes les régions du monde » et Indecosa-CGT, l’association de consommateurs de la CGT, qui, ensemble, ont estimé indispensable l’organisation d’une riposte face à ces projets de démantèlement et de privatisation de l’un des plus vieux services publics français, issu des conquêtes sociales de la Libération. En somme, ils sont convenus de sonner le tocsin pour que face à ces menaces le droit à l’énergie soit reconnu comme un bien commun aussi essentiel que le droit au logement ou le droit à la santé.

Une première ébauche d’appel a commencé à circuler, puis un appel définitif, lancé le 7 janvier. Et finalement un « Collectif pour un véritable service public de l’énergie », a vu le jour, lequel a lancé une pétition (que l’on peut signer ici), à l’initiative d’une ribambelle impressionnante d’associations, de syndicats et de dirigeants politiques de toutes les sensibilités de la gauche. Dans la longue listes des initiateurs du collectif, on compte ainsi de très nombreux syndicats, dont la CGT, la FSU ou l’Union syndicale Solidaires, de nombreuses associations comme Attac, la Fondation Copernic ou Les Économistes atterrés, et tous les partis se réclamant de la gauche, dont La France insoumise, le Parti communiste, le NPA, Génération·s, le Parti socialiste, les radicaux de gauche… Et puis, on y retrouve aussi de nombreux mouvements citoyens en région, à l’instar de La Carmagnole, à Montpellier, qui avait organisé voici quelques mois un débat avec l’auteur de ces lignes sur les ravages des privatisations.

Une fois créé, le Collectif a donc pris de nombreuses initiatives pour populariser son appel. Untract pour alerter les citoyens (pdf, 378.3 kB) a ainsi été largement diffusé. Sur le site du Collectif, un espace a par ailleurs été ouvert pour accueillir les points de vue ou études des différents initiateurs : on y trouve, entre autres, une étude des Économistes atterrés, que l’on peut télécharger ici.

Et puis, plus récemment, deux dernières initiatives ont été décidées. D’abord, une lettre aux maires va être lancée (dont voici une copie (pdf, 217.5 kB)) leur proposant de faire voter par leur conseil municipal un vœu (dont voilà le modèle (pdf, 128.5 kB)) en défense du service public de l’énergie.

Dans cette mobilisation qui prend forme, une question importante n’est toutefois pas encore tranchée par le Collectif : faut-il ou non défendre la proposition d’un référendum d’initiative partagée ? Plusieurs voix se sont certes élevées en ce sens. Le 15 décembre, à la faveur des questions au gouvernement, la cheffe de file des députés socialistes à l’Assemblée nationale, Valérie Rabault a ainsi interpellé le premier ministre, Jean Castex : « Depuis 1946, aucun gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche, n’aurait osé imaginer démanteler EDF », lui a-t-elle lancé – ce qui est parfaitement exact, même s’il convient de préciser que les premiers à avoir lancé l’idée sulfureuse d’une ouverture du capital d’EDF ont été les socialistes Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, du temps où, à la fin des années 1990, ils se livraient l’un l’autre à une surenchère ultralibérale.

Et ne faisant guère confiance aux dénégations du premier ministre assurant qu’EDF ne serait pas démantelée, Valérie Rabault a ajouté : « J’entends votre engagement, et nous allons vous aider à le tenir. En effet, nous allons déposer une proposition de loi visant à créer un référendum d’initiative partagée pour empêcher la sécabilité d’EDF. […] Il faut maintenir l’intégrité d’EDF. Il est hors de question de la découper, de la démanteler. Nous en appelons donc à l’ensemble des collègues qui souhaitent protéger l’intégrité d’EDF. Pour que ce fleuron puisse continuer de vivre : nous proposons qu’un référendum d’initiative partagée permette à l’ensemble des Français et des Françaises de s’exprimer sur ce sujet. Avec 1,2 million d’entre eux, nous vous avons empêché de privatiser Aéroports de Paris, décision qui se serait révélée catastrophique ; nous vous empêcherons aussi de démanteler EDF, quelle que soit la manière dont vous entendez le faire. »

En revanche, dans le Collectif, il y a des membres qui s’interrogent sur l’opportunité d’un tel référendum d’initiative partagée, ou qui sont même très réticents, pour de multiples raisons qui se conjuguent. Parce que la mobilisation citoyenne précédente, celle autour d’ADP a montré à quel point le seuil des 4,7 millions de soutiens nécessaires constituait un seuil sans doute hors de portée, même dans le cas d’une mobilisation formidablement importante ; parce que les tiraillements au sein du pouvoir, et entre le pouvoir et Bruxelles, suffiront peut-être à torpiller le projet ; parce qu’enfin les échéances électorales, départementales et régionales, en juin, compliqueraient singulièrement le projet d’une telle campagne référendaire…

Du coup, la question du référendum n’est pas tranchée et le Parti socialiste n’a guère fait d’émules en ce sens. Pour l’heure, les membres du Collectif cherchent surtout à alerter les élus locaux et les citoyens.

Il faut d’ailleurs relever que dans le prolongement de l’appel du Collectif, ou en parallèle à lui, de nombreuses mobilisations ont lieu en régions. Avant même que cette initiative ne voie le jour, un autre appel avait ainsi déjà été lancé par un collectif de citoyens, qui avait créé un site internet baptisé « Résistance aux privatisations ». Ce site, qui tient par ailleurs un blog sur Mediapart, présente, lui aussi, de nombreux argumentaires contre les privatisations, dont celle de l’énergie, et propose de faire du 8 mai une journée de mobilisation dans tout le pays, pouvant prendre des modalités diverses, comme le collage de multiples autocollants sur les bâtiments des services publics rappelant qu’il s’agit de biens inaliénables appartenant aux citoyens.

Le mouvement citoyen qui prend forme pourrait peser sur le débat public à l’approche de l’élection présidentielle. D’autant que beaucoup considèrent qu’il ne faut surtout pas qu’il se borne à contester le projet « Hercule » mais qu’il doit aussi inviter à une refonte radicale du modèle de production de l’électricité. Cette position est naturellement celle, traditionnelle, d’Europe Écologie-Les Verts, qui l’a réaffirmé lors d’un récent conseil fédéral. Mais, c’est aussi la volonté de beaucoup de membres du Collectif : combattre le projet d’Emmanuel Macron mais aussi dessiner un autre avenir.

Ce combat est assurément le bienvenu car les privatisations constituent l’un des ressorts majeurs du néolibéralisme tandis que les communs pourraient constituer un nouvel horizon permettant à la gauche d’opérer une véritable refondation.

Mediapart

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Cette entrée a été publiée le 18 mars 2021 par dans Actualités des luttes, ANTISOCIAL, EDF, ETAT POLICIER, FRANCE, GDF, PRIVATISATIONS.
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