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Chlordécone : dialogue de sourd entre Ruffin et Dupond-Moretti MOBILISATION GENERALE UNITAIRE LE 10 AVRIL EN MARTINIQUE

La discussion du projet de loi constitutionnelle complétant l’article 1er de la Constitution et relatif à la préservation de l’environnement a donné lieu mercredi dernier à un échange entre le député insoumis François Ruffin et le garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti au sujet du scandale de la pollution au chlordécone aux Antilles : « Le premier scandale est sanitaire, mais il existe un second, qui vous concerne directement puisqu’il est judiciaire. » Rappelant la plainte déposée en 2006 pour mise en danger de la vie d’autrui et empoisonnement, Ruffin a demandé au ministre ce que faisait la justice depuis quatorze ans ? : « Allez-vous laisser mourir le dossier du chlordécone qui agite aujourd’hui les Antilles ? » « Le garde des sceaux ne peut pas répondre à cette question, a rétorqué le ministre, mais cela ne signifie en rien qu’elle ne le préoccupe pas. C’est une façon pour vous d’utiliser les victimes et l’ère victimaire à des fins politiciennes et il y a là quelque chose d’assez désagréable. Vous n’avez pas le monopole de l’émotion ; vous n’êtes pas le seul à vous préoccuper de ces territoires et de cette pollution. Il y en a assez de cette attitude qui vous conduit à utiliser le malheur des autres pour vous présenter comme une sorte de chevalier blanc, gardien auto-proclamé de la morale publique et des misères du monde ! » François Ruffin a répété sa « simple question factuelle sur la prescription des faits, le fonctionnement de la justice et ses dysfonctionnements aux Antilles, sur la disparition des pièces du dossier et sur la non-prise en compte d’un rapport de la répression des fraudes » : « Qu’avez-vous à dire sur ce dysfonctionnement de la justice ? ». « Rien, a répondu le garde des Sceaux ! La Constitution m’interdit de m’exprimer ! » Opposant des affaires jugées en quarante-huit heures à cette pollution majeure qui a duré des décennies, Ruffin lui a redemandé pourquoi au bout de quinze ans, le dossier n’était toujours pas en état d’être traité. « Qu’est-ce que j’en sais ? », a conclu Éric Dupond-More

Dans un entretien au quotidien « France Antilles », le procureur de Paris est longuement revenu sur le dossier de ce pesticide qui empoisonne la Guadeloupe et la Martinique. Ses déclarations laissent présager un non-lieu, pour prescription. Scandale du chlordécone : « la grande majorité des faits était déjà prescrite » dès le dépôt des plaintes, explique le procureur

Des manifestants protestent contre le possible non-lieu dans l'affaire du chlordécone, le 27 février 2021, à Fort-de-France (Martinique). (LIONEL CHAMOISEAU / AFP)Des manifestants protestent contre le possible non-lieu dans l’affaire du chlordécone, le 27 février 2021, à Fort-de-France (Martinique). (LIONEL CHAMOISEAU / AFP)

La justice va-t-elle prononcer un non-lieu dans le dossier sensible du chlordéconece pesticide qui empoisonne les Antilles ? C’est ce que semble anticiper, mardi 16 mars, le procureur de Paris, Rémy Heitz, dans les colonnes du journal France Antilles : « compte tenu des délais de prescription alors en vigueur, à savoir 10 ans pour les crimes et trois ans pour les délits, la grande majorité des faits dénoncés était déjà prescrite », en 2006 lorsque plusieurs associations martiniquaises et guadeloupéenne avaient déposé trois plaintes pour empoisonnement, mise en danger de la vie d’autrui et administration de substance nuisible.

Malgré tout, les juges d’instruction ont pris en charge le dossier, instruit depuis maintenant quatorze ans par le pôle santé publique du tribunal judiciaire de Paris. « Oeuvrer à ce que l’on puisse comprendre, même si tout ne peut pas être sanctionné, voilà le choix qui a été fait par l’autorité judiciaire », explique le magistrat. Le chlordécone, un pesticide interdit en France en 1990 mais qui a continué à être autorisé dans les champs de bananes de Martinique et de Guadeloupe par dérogation ministérielle jusqu’en 1993, a provoqué une pollution importante et durable des deux îles.

90% de la population contaminée

Le procureur souligne que « la voie pénale en matière de santé publique, comme dans le cas du chlordécone, peut parfois décevoir les attentes de nos concitoyens envers l’intervention de la justice », alors que les avocats de l’une des parties civiles ont annoncé une nouvelle procédure pour tenter de contourner la prescription. « L’autorité judiciaire ne peut pas apporter des solutions à toutes les conséquences humaines, sociales, sanitaires ou écologiques des faits dénoncés », ajoute-t-il.

Une nouvelle grande mobilisation est prévue le 10 avril en Martinique pour dénoncer un possible non lieu. Entre 5 et 15 000 Martiniquais ont déjà défilé dans les rues de Fort-de-France le 27 mars pour dénoncer la possible prescription de cette plainte. Plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France, et les populations antillaises présentent un taux d’incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.

Chlordécone : Bernard Hayot veut porter plainte contre Garcin Malsa pour « diffamation publique »

Une fois n’est pas coutume : dans un communiqué, signé en personne, Bernard Hayot sort de sa réserve suite aux propos tenus par l’ancien maire de Sainte-Anne, ce jeudi 18 mars sur RCI. Il réaffirme n’avoir, à titre personnel ou à celui de son groupe, aucun lien avec  les problèmes liés à l’importation de chlordécone.

Bernard Hayot s’exprime très rarement dans les médias. Depuis des semaines, son nom revient régulièrement parmi les militants qui dénoncent le scandale du chlordécone.

Interrogé par la radio RCI, ce jeudi 18 mars, dans le journal de 7h, Garcin Malsa avait estimé qu’il ne fallait pas que le groupe GBH « soit impuni en Martinique ». Puis désignant direction Bernard Hayot, il avait lancé : « un président de la République peut être condamné, ici, en Martinique, il y a un homme, un seul homme, qui est maître du monde, maître de la Martinique et qui peut faire ce qu’il veut ».

Au lendemain de cette déclaration, le patron du groupe GBH sort donc de sa réserve, dans un communiqué -fait rare pour être souligné-, signé en son nom. Il dénonce, tout d’abord, des « propos mensongers au sujet de (sa) responsabilité dans l’affaire du chlordécone », tenus par Garcin Malsa.

« Ces propos volontairement diffamatoires et mensongers sont inacceptables, venant en plus d’un homme public de la Martinique », indique-t-il, en préambule, annonçant à la fin de son communiqué, que la « gravité des déclarations (le) contraint à engager des poursuites judiciaires pour diffamation publique ».

Puis, comme l’a déjà le groupe GBH avant lui, le chef d’entreprise insiste : « je veux donc rappeler la vérité à ce sujet (Ndlr : l’utilisation du chlordécone) : Je ne suis en rien responsable, pas plus que les sociétés du Groupe GBH, des problèmes liés à l’importation de chlordécone ».

« Je souhaite que toute la lumière soit faite »

Et d’ajouter : « Monsieur le député Serge Letchimy, président de la commission d’enquête parlementaire sur l’impact économique, sanitaire et environnemental de l’utilisation du chlordécone l’a d’ailleurs confirmé dans ses récentes déclarations sur sa page Facebook du 9 février 2021 ».

Bernard Hayot rappelle que le rapport d’enquête parlementaire sur le chlordécone est public et peut être consulté par tous (lien ici). Il invite tous les « Martiniquais à en prendre connaissance ».

La patron du groupe GBH se dit, enfin, « comme tous les Martiniquais, extrêmement préoccupé par le problème de la contamination des sols par cette molécule ». « Comme tous les Martiniquais, je ne comprends pas que l’action judiciaire entreprise depuis de longues années ne puisse aboutir. Je souhaite que toute la lumière soit faite sur ce sujet ».

Et de conclure : « l’émotion collective qui touche la Martinique est forte et légitime. Je la partage entièrement. Le drame de la chlordécone est une épreuve qui ne doit pas nous diviser mais que nous devons surmonter tous ensemble ».

« Le chlordécone est la plus grande humiliation subie par les Martiniquais depuis l’esclavage »

Francis Affergan, anthropologue français, spécialiste de la Martinique et des cultures créoles, nous propose sa grille de lecture des qui secouent la Martinique aujourd’hui autour du chlordécone.


Francis Affergan a enseigné la philosophie au lycée Schoelcher dans les années 1970 avant de devenir professeur d’anthropologie à La Sorbonne et conférencier invité à l’Université de Princeton (New-Jersey, U.S.A.). Il a publié entre autres, Martinique : les identités remarquables. Anthropologie d’un terrain revisité (Paris, PUF, 2006), et Le moment critique de l’anthropologie (Paris, Hermann, 2012)

Avertissement : Cette interview n’a pas été publiée sur la version papier de France-Antilles, ni sur son site internet mais sur le blog du journaliste FXG. Vous découvrirez les raisons de cette censure en lisant cet entretien…

Depuis un an environ, la Martinique est le théâtre d’actions d’une catégorie de la jeunesse qui manifeste devant les supermarchés du groupe GBH. Comment comprenez-vous cela ?

Il y a eu un élément déclencheur, le chlordécone, et à travers lui s’est posée la question du pouvoir. La question du pouvoir et de la souveraineté est traversée par la présence des békés.

Je ne crois pas que les jeunes d’aujourd’hui cherchent à se libérer de quelque chose, sauf des békés, sauf du problème qui n’est qu’un symptôme, le chlordécone, comme un exemplaire générique de ce à quoi on est soumis. Comment peut-on empoisonner un peuple en toute impunité ? C’est la question que pose le chlordécone : un peuple dont la considération de son identité par les pouvoirs publics fait défaut.

Cela pose la question du respect, mais également de la justice comme traduction juridique et morale du problème de l’égalité et de l’équité en Martinique — y en a-t-il deux, trois ? « Qui sommes-nous vraiment, demandent ces jeunes, pour être traités comme çà ? » alors que ce sont des citoyens comme les autres. Le « qui » renvoie à mes yeux à la question essentielle, le thème de l’identité.

Vous avez publié en 2006, un ouvrage consacré à la Martinique, Les identités remarquables. On sait ce que ce concept veut dire en mathématiques, mais en anthropologie, comment le cerner ?

La question de l’identité ne se pose pas en Martinique de la même manière qu’en France, ni même dans les minorités aux Etats-Unis. Je pourrais la poser comme Fanon l’a fait en parlant d’aliénation, mais je préfère parler d’auto-domination ou de domination consentie, car le terme d’aliénation est trop connoté par différentes idéologies.

Toutes les occasions historiques depuis l’abolition de l’esclavage pour poser sereinement la question de la souveraineté ont été ratées. 1848, raté car ça aurait pu donner une explosion populaire qui aurait posé la question de la souveraineté. 1946, ratage de la part de Césaire, ce n’était ni le premier, ni le seul. Et puis il y a eu 1981 qui aurait pu être une occasion rêvée pour, non pas résoudre, mais poser correctement cette question de souveraineté, c’est-à-dire celle du pouvoir légitime. Césaire manque cette occasion alors que Mitterrand lui ouvre l’histoire… Sans doute à cause de son amour trop contrarié pour la France et les Français. Toutes les occasions ont été manquées.

Et qui se sont souvent terminées par des émeutes sanglantes… Aujourd’hui ce qu’il importe de savoir c’est comment le jeune Martiniquais intériorise l’image que les békés et les Français de France se font de lui. Réponse : fort mal, douloureusement, pathologiquement d’où le terme « remarquables » que j’ai accolé. Ce n’est pas une identité tranquille, pas du tout, mais ce n’est pas non plus une identité de guerre. Ce que je veux dire avec les identités remarquables, c’est que ce sont des identités que l’on ne peut réduire à la question de l’identité traditionnelle que l’anthropologie se pose depuis qu’elle existe.

J’ai trouvé en Martinique, un pays, une société, une culture qui posent la question de l’identité de manière incroyablement diluée, perverse, biaisée par des moments de traverse où vous avez énormément de mal à répondre à la question. D’autant plus qu’il y a deux sources de questionnement : moi qui me pose la question sur moi, les autres qui posent la question sur moi et le reflet en retour.

Ça fait trois « qui », donc il faut répondre trois fois ! C’est ça qu’on appelle pour aller vite cette espèce de stade du miroir, mais déformant. Je me regarde, j’essaie de voir dans le miroir qui je suis et à chaque fois j’ai une autre image de moi. C’est ça, cette aliénation dont parlait Fanon : j’ai un autre moi en moi que je ne connais pas et que parfois je hais, que parfois j’aime. Je le porte en moi ! Voilà pourquoi j’ai appelé ça « remarquable ». L’identité en abîme abyssal en quelque sorte.

Vous soulignez l’absence de toute idéologie dans cette jeunesse…

Cette jeunesse pose la question du politique de manière apolitique. Il n’y a plus d’idéologie. Ce qui est nouveau, c’est l’abandon des « ismes ». Un jeune qui a 18 ou 20 ans ne veut plus être soumis à des idéologies qui l’enferment, l’englobent, même si on lui dit que c’est pour son bien. Son bien, il veut le faire lui-même. C’est pourquoi depuis la mort de Césaire et Glissant, il y a un vide intellectuel.

Voulez-vous dire que c’est aussi la fin du césairisme ?

Non seulement la fin du césairisme, mais je crois aussi la fin du glissantisme.

Mais Glissant pose la question de l’identité plurielle, composite ?

Glissant a posé la question de manière confuse. Pourquoi la théorie du rhizome, concept emprunté à Deleuze, nous libèrerait mieux et plus que l’autre conception de l’identité qu’on possédait auparavant, c’est-à-dire une racine et une seule ?

Avec le rhizome, vous en avez trois, dix, mille ! Avec autant de racines rhizomiques flottantes, ne va-t-on pas bloquer la réponse au « qui » ? Glissant dit qu’on se libèrera le jour où l’on aura compris qu’on n’a pas qu’une seule origine et qu’il faut lutter pour conserver la multiplicité de nos origines. Or rien ne nous garantit que la conception rhizomique de l’identité nous libèrera.

Le 22 mai, ce sont ces images de jeunes femmes qui renversent la statue de Schoelcher et l’apparition d’un groupe qui s’appelle Action, Réaction…

C’est le passage à l’acte. Schoelcher libère et il ne libère pas, il écrit des statuts sur l’abolition et en même temps il dit qu’il faut indemniser les maîtres. C’est cette ambigüité et cette duperie qui sont ainsi condamnées. Ce n’est pas une statue de béké, mais à leurs yeux, elle est liée aux békés. Ils s’en prennent à Schoelcher parce que c’est un « traitre ».

Il a pris en main son destin de « Blanc » (vocabulaire coloriste que je n’assume évidemment pas), celui d’avoir le pouvoir et de réprimer. Ces jeunes considèrent que même l’histoire soi-disant libératrice les a trahis ! D’où l’énervement sur sa tête… Le schoelchérisme est à leurs yeux une idéologie lâche. Je précise que mon analyse ne vise pas à cautionner quoi que ce soit, et surtout pas le déboulonnage des statues, mais à tenter d’expliquer et de comprendre le plus objectivement possible.

Ce mouvement est apparu en même temps que le morceau de Neg Lyrical, « Brilé Békéland » qu’on a entendu dans certains de ces rassemblements. Qu’en pensez-vous ?

Ils n’ont peur ni de la mort, ni des békés, ni de la France contrairement à la jeunesse d’il y a 40 ou 50 ans. La question de l’assimilation ne se pose plus comme avant. Aujourd’hui, les jeunes sont indifférents, mais ils posent malgré tout la question de savoir qui décide ici (où l’on retrouve le sens de cette identité démultipliée).

Ces jeunes, en agissant ainsi, disent qu’en Martinique, culturellement, ils ont pris le pouvoir. Economiquement, les békés sont bien les dominants, mais culturellement, ils ne le sont pas. Culturellement, le peuple martiniquais a pris le pouvoir. Et ce d’autant plus que le terme, tant utilisé aujourd’hui à tort et à travers, de « domination » est très relatif et dépend du contexte et de ceux qui l’utilisent. Détenir les terres est une forme de domination, mais jouer du tambour ou parier au pitt aussi.

Ces personnes se filment à l’action et semblent ne pas redouter la justice, comment expliquez-vous cela ?

Ils veulent être devant la justice pour s’expliquer car, enfin, ils auront une tribune. Autrement, où est la tribune d’où ils pourront dire que cette affaire de plainte pour empoisonnement dure depuis quinze ans ? Pour dire qu’ils se sentent humiliés, qu’ils déplorent des morts et des malades et surtout protester de ne pas avoir été écoutés. Alors, pour que la justice les entende, ils commettent un acte illégal. Ils veulent un procès, ils veulent parler devant les juges, devant la France. Sinon, on ne verrait pas autant de jeunes devant le palais de justice à chaque fois qu’il y a un procès ! Ils sont nombreux et n’hésitent pas à affronter les forces de l’ordre. Il y a du sang. C’est très intéressant le symbole du sang parce que les gardes mobiles montrent leur obsession du sang qu’il faut absolument nettoyer… Par ce geste, qu’on a vu sur les réseaux sociaux, la police montre qu’il y a quelque chose à nettoyer, à assainir peut-être. Quoi ? Telle est la question.

C’est le syndrome de décembre 1959 ?

Et de février 1974 avec l’affaire Ilmany à Basse-Pointe… On a tiré sur les manifestants comme à la chasse. Choses que l’on ne fait plus depuis. Cependant l’institution judiciaire dépayse toujours les procès pour n’avoir personne dans la rue… On a vu cette image extraordinaire du point de vue culturel du garde mobile qui casse le tambour… En est-il conscient ? Je n’en sais rien, mais il casse le tambour en mille morceaux avec un acharnement inouï… Qu’est-il en train de casser ? L’identité de la Martinique, ou ce qu’il croit être l’identité de la Martinique ? Sa culture ? Son existence historique même ?

Revenons à la question du pouvoir. Quelle est la revendication de ces jeunes ?

C’est une question de souveraineté légitime. Que peut-on faire chez nous pour nous ? Les décisions peuvent-elles être prises de manière autonome ? Nous qui avons décidé de poursuivre en justice dans le dossier du chlordécone, peut-on se poser la question de savoir pourquoi on agit pour nous ? Pourquoi d’autres agissent pour nous ? C’est non seulement la question de la délégation qui est posée, mais aussi et surtout, la question de l’auteur du processus qui aboutit à poser le problème de la souveraineté. Dans le même temps où ces jeunes demandent des comptes à la justice, ils lui dénient en quelque sorte la capacité de parler pour eux.

Pourquoi dîtes-vous que le chlorecécone est un symptôme ?

C’est un symptôme et un emblème. Cette affaire révèle que du point de vue du droit naturel et du droit positif, les Martiniquais ne sont pas encore des citoyens à part entière. La vie est un droit de nature, une créance imprescriptible dans le droit positif. Quand le chlordécone arrive, il intervient dans la négation du premier de nos droits, la vie. Et la France n’a pas l’air de vouloir traiter le problème même si le président de la République a reconnu la responsabilité de l’Etat. Or, si on compare avec les grands scandales, le sang contaminé, l’amiante, la vache folle… Tous ont eu droit à un procès, au moins à une enquête à charge et à décharge par un juge d’instruction. Certains ont été condamnés, pas tous, mais là depuis quatorze ans, il y a bien une instruction, mais elle n’avance pas! Et que disent les jeunes ? « Nous sommes privés du premier droit de tous les droits de l’Homme, le droit à la vie et à la santé. » Le chlordécone est la plus grande humiliation subie par les Martiniquais depuis l’esclavage, parce qu’il est sinueux et à bas bruit, et ne relève pas du coup de tonnerre brutal. L’énervement vient de là et du jeu pervers qui se joue entre les békés et le pouvoir, quelle que soit l’orientation politique de ce dernier.

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