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22 mars 1871, témoignages sur la manifestation « de l’ordre »

Le 22 mars, une manifestation « de l’ordre », c’est-à-dire opposée à la Commune, se rend, par la rue de la Paix, du « Nouvel-Opéra » à la place Vendôme, où siège l’état-major de la garde nationale.

À cette manifestation, j’ai déjà consacré deux articles, celui-ci et celui-là.

Il y a eu des morts, des blessés.

Qui a commencé? Coup de revolver tiré par un manifestant? et certes les manifestants ont « malmené » des gardes nationaux.

Tous les témoins n’ont pas vu la même chose.

Aujourd’hui, nous lisons les témoignages d’un garde national, d’un général américain — qui a effectivement parlé avec Lissagaray, pour un article paru dans le Journal officiel le 25 mars –, et, beaucoup plus rare, un témoignage passé par la Suisse, et que Gustave Maroteau a publié dans son quotidien La Montagneà la date du 4 avril.

Les interventions signalées (ou signées) [ma] sont inédites et ont été rédigées par moi (M. A.).

Rue Neuve-Saint-Augustin. — Mon bataillon est à l’État major de la place de Paris, place Vendôme depuis le 18 mars, quatre jours. Nous étions deux, détachés en sentinelles avancées au coin de la rue de la Paix et de la rue Neuve-Saint-Augustin. Et voilà tous ces messieurs qui arrivent en hurlant, « Vive l’ordre », qu’ils criaient, et ils nous sautent dessus en nous traitant d’assassins. Ils nous prennent nos chassepots et nous déshabillent. Regardez dans quel état est mon uniforme! En lambeaux! Nous avons réussi à nous dégager et à retourner nous mettre à l’abri avec nos camarades. Ceux de l’ordre, ils devaient être dans les cinq cents, continuaient à avancer dans le désordre, avec leurs rubans bleus et leurs cannes-épées. Je ne voyais plus ce qui se passait, il y a eu des sommations, puis nos camarades ont tiré une salve. Alors là, ils ont déguerpi vite fait les beaux messieurs, la rue a été vide en un clin d’œil, sauf les revolvers abandonnés et un ou deux morts. Mais ils l’avaient cherché! [ma]

Rue de la Paix. — Je suis Philip Sheridan, général américain. « Les seuls bons Indiens sont les Indiens morts », c’est moi. J’ai été le premier à utiliser la tactique de la terre brûlée, pendant notre guerre civile. Je suis à l’hôtel Westminster parce que je termine un rapport pour le président Grant, sur la guerre franco-prussienne. Je suis content que les Français aient été battus, ils nous ont assez embêtés au Mexique, mais je n’ai rien vu de très intéressant au point de vue militaire. Les émeutes parisiennes ne m’intéressent pas non plus. J’ai assisté à la fusillade, avant-hier, depuis ma fenêtre. Je l’ai dit à un journaliste: ce sont les hommes de la manifestation qui ont tiré les coups de revolver. Si vous voulez mon avis, ils ont bien fait. Ces brutes avinées ne sont pas à leur place ici. Qu’on les renvoie dans leurs faubourgs et à leur travail. Mais alors, il ne fallait pas fuir comme des lapins au premier coup de chassepot! Ils ne valent pas mieux, leurs bourgeois. [ma]

La conspiration de la place Vendôme
La Montagne, 4 avril 1871

Nous extrayons d’une correspondance particulière de la Suisse radicale du 28 mars les renseignements significatifs qui suivent, sur les événements de la place Vendôme.

Permettez-moi d’attirer sur un fait de la plus haute importance l’attention de vos lecteurs et de toute la presse démocratique, à laquelle je prie de me donner, dans cette circonstance, l’appui de sa publicité; il importe que la vérité se fasse jour sur les événements de la place Vendôme, afin qu’ils ne servent pas à la presse réactionnaire d’arme contre la République.

En prenant mon billet à la gare, je rencontrai un de mes amis, associé dans une des plus importantes maisons de commerce de Paris et homme de la plus grande droiture. Eh bien! il m’a dit qu’il avait pris à son service comme garçon de peine, pendant le siège, un ancien sergent de ville qui ne savait trop comment gagner son pain après le licenciement des sergents de ville, au 4 septembre. C’était un ancien militaire, muni des meilleurs certificats, et un honnête garçon.

Cet homme, occupé à aller faire une commission, de la rue du Sentier à la rue Tronchet, a passé place de l’Opéra au moment où la colonne des manifestants entrait rue de la Paix pour se rendre place Vendôme. Poussé par la curiosité, cet employé suivit un instant le foule et a entendu les coups de feu tirés par les gardes nationaux.

De retour au bureau, il a naturellement conté l’événement qui venait de se passer à son patron.

Il lui a affirmé avoir vu autour de celui qui portait le drapeau, plusieurs anciens agents de la police secrète bonapartiste. Il a ajouté qu’il les avait parfaitement reconnus pour les avoir très-souvent rencontrés autrefois à la Préfecture de police. Ces messieurs criaient: À bas le Comité! à bas les assassins! et s’agitaient beaucoup.

Ce fait est très significatif et explique bien des choses. Il est incontestable que les rangs des manifestants ne comptaient que des gens très honorables et mus par les plus louables intentions. Ceux-là étaient calmes et croyaient remplir un devoir. Mais les forcenés de la bande, ceux qui ont provoqué le feu de peloton des gardes nationaux, poursuivaient un autre but. Ils voulaient du scandale, ils voulaient que du sang fût répandu, parce que ceux qui les avaient envoyés à la manifestation avaient intérêt à cette effusion de sang pour leurs desseins futurs.

Ce témoignage, que nous donnons  à titre de renseignement curieux, ne nous apprend rien de nouveau. Dans une manifestation quelconque se glisseront toujours des agents provocateurs à la solde d’un pouvoir déchu ou aux crochets d’une ambition prochaine.

Seulement, nous remarquons que cet agent de police, si accoutumé à faire des rapports circonstanciés, parle ici d’une provocation par cris ou par menaces, mais ne fait nulle mention d’un coup de feu tiré des rangs de la colonne « dite de l’ordre ».

Cette histoire ressemble à une série de de poupées russes:

  • l’ancien sergent de ville a assisté à une partie de la manifestation,
  • il l’a raconté à son patron actuel,
  • qui l’a raconté à ce monsieur qui va prendre le train,
  • qui l’a écrit au journal La Suisse radicale qui a publié sa lettre,
  • que La Montagne a copiée et commentée
  • (et que je vous livre ici).

*

Et je reproduis la même très belle illustration d’Auguste Lançon que dans mon premier article sur le sujet. — avec les cannes-épées et les revolvers abandonnés par les fuyards…

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Cette entrée a été publiée le 23 mars 2021 par dans COMEMORATION, COMMUNE DE PARIS, DEVOIR DE MEMOIRE, ETAT POLICIER, FRANCE, PARIS.