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AMAZON ENCORE : Des camions de livraison d’Amazon circuleraient à moitié vides, affirme un délégué syndical de Saran ; une réponse au débat sur l’écologie ?

Le centre de distribution d’Amazon, à Saran, emploie environ 1.700 salariés. Photo d’illustration © Eric Malot

Dimanche 28 mars, l’émission « Capital », diffusée sur la chaîne M6, aura pour thème : « Médicaments, e-commerce, chaussures : révélations sur un gaspillage révoltant ». Dans l’une des enquêtes, le syndicaliste Franck Leemans, salarié chez Amazon depuis dix ans, témoigne avec l’espoir d' »éveiller l’opinion publique ».

Dans notre société de l’instantanéité, où le consommateur achète ce qu’il souhaite en un clic, les entreprises du e-commerce savent que, pour rester compétitives, leurs services doivent être de plus en plus rapides. Mais quelles en sont les conséquences pour l’environnement ?

C’est la question que pose la journaliste Gila Nazari, à travers son reportage de trente minutes, diffusé dimanche 28 mars, à 21h05, dans l’émission « Capital » sur M6. Intitulé « Livraison : toujours plus, toujours plus vite, mais à quel prix pour la planète ? », il donne la parole à Franck Leemans, délégué syndical Sud Solidaires travaillant au sein de l’entrepôt d’Amazon, à Saran, depuis dix ans.

« Un problème qui ne cesse de grandir »

Celui qui « accueille les camions de livraison sur les quais de chargement et déchargement » constate, au quotidien, un système qu’il juge « aberrant ».

« Chaque jour, je vois des véhicules voyager quasiment vides, remplis qu’à un tiers seulement de leur capacité. C’est un problème qui ne cesse de grandir, puisque les délais de livraison sont de plus en plus courts, le nombre de sites se multiplient et, donc, les échanges entre eux. »

« Alors qu’ils peuvent contenir trente-trois à soixante-six palettes, certains véhicules en transportent quatre ou sept et traversent ainsi la France, voire l’Europe », souligne l’équipe de l’émission présentée par Julien Courbet, dans un communiqué.

Franck Leemans et ses collègues ont déjà alerté à plusieurs reprises leur direction. « On a beau le dire, rien n’est fait », déplore-t-il. Ce dernier est d’autant plus révolté qu' »on demande aux particuliers de réaliser des efforts pour la planète, alors que la première boîte au monde se permet de faire n’importe quoi. Elle devrait montrer l’exemple.« 

« C’est aux pouvoirs publics de prendre les choses en main »

Pour autant, le salarié du géant du e-commerce ne souhaite pas incriminer particulièrement son entreprise, qui n’est « pas la seule à agir de la sorte » :

« On a créé un besoin chez le consommateur. Il doit prendre conscience de la situation. S’il attend 72 heures au lieu de 24 heures pour recevoir un colis, ce n’est pas grave. Il faut également que les entreprises prennent leurs responsabilités. Enfin, c’est aux pouvoirs publics de prendre les choses en main en les obligeant à être plus vertueuses ou, s’ils ne souhaitent pas sanctionner, en aidant celles qui essaient de le devenir. »

Avec son témoignage, Franck Leemans espère « éveiller l’opinion publique », rappelant qu’une précédente émission de « Capital », consacrée au gaspillage de produits neufs jetés par Amazon, a conduit à « certaines avancées ».

Une équipe de Capital, infiltrée dans l’entrepôt d’Amazon à Saran, dénonce la « destruction de milliers d’objets neufs »

« Difficile de faire marche arrière »

La réalisatrice du reportage Gila Nazari, elle, estime qu’il sera « difficile de faire marche arrière », alors que, désormais, « les consommateurs sont habitués à ce confort ».

Durant son enquête de trois mois, visant à « retracer toute la chaîne du e-commerce », la journaliste a pu se rendre dans d’autres structures, notamment Cdiscount et une industrie de carton. « Cette visite m’a frappée. Voir ces quantités astronomiques de bois servant à fabriquer des cartons qui finiront à la poubelle, ça fait grandement réfléchir« .

Pratique. Émission diffusée dimanche 28 mars, à 21h05, sur M6.

La réponse d’Amazon : Sollicitée par nos soins, la direction d’Amazon estime qu' »une fois de plus, le reportage sensationnaliste de Capital est une représentation biaisée de ce que les journalistes ont vu en visitant notre site. Le transport est une partie essentielle de l’activité d’Amazon et un élément clé de notre engagement à atteindre la neutralité carbone d’ici 2040. Il s’agit d’une activité beaucoup plus complexe que ce que dépeint Capital et nous prenons cela très au sérieux, comme le prouvent les nombreuses initiatives que nous mettons en place et qui se traduisent par de meilleurs taux de remplissage chaque année. Ces initiatives comprennent des programmes de réduction des emballages et des processus optimisés permettant aux camions transportant peu d’inventaire d’être réacheminés, annulés ou remplacés par des véhicules plus petits. Nous invitons toute personne intéressée à venir voir la réalité de notre activité et à se faire sa propre opinion en effectuant une visite virtuelle ou en se rendant sur nos sites dès que la situation sanitaire le permettra ».

Amazon prévoit de recruter 560 salariés dans le Loiret en 2021

Anne-Laure Le Jan La République du Centre

Sur Twitter, la bataille d’Amazon contre la syndicalisation de ses salariés

Le géant américain déploie une stratégie agressive sur le réseau social pour décourager ses salariés de se syndiquer.

Trois employés d'un vaste entrepôt d'Amazon à New-York ont porté plainte contre leur employeur.© Eric Piermont-AFP Trois employés d’un vaste entrepôt d’Amazon à New-York ont porté plainte contre leur employeur.

C’est un vote historique pour Amazon, deuxième employeur américain derrière Walmart. Hier 29 mars, les salariés de l’un de ses entrepôts, basé dans l’Alabama (États-Unis), se sont prononcés concernant la création du tout premier syndicat de l’entreprise, avec des résultats attendus dans les prochaines heures. Depuis l’automne, une campagne a été lancée par Amazon pour tenter de faire barrage à la syndicalisation de ses employés.

Comme le rapportait France 24 ce 29 mars, le leader américain du e-commerce a eu recours à plusieurs artifices plus ou moins originaux pour faire campagne, allant de la création d’un site Web destiné à décourager ses salariés de se syndiquer jusqu’à la modification de la vitesse d’un feu tricolore à la sortie de l’entrepôt pour limiter les échanges entre chauffeurs et militants syndicaux. Mais comme le rapporte le site américain Recode, c’est sur Twitter qu’Amazon se montre le plus virulent.

Coup de gueule de Jeff Bezos

D’après Recode, le fondateur d’Amazon Jeff Bezos s’est récemment plaint du manque de réactivité de ses équipes face aux attaques contre l’entreprise. Un coup de gueule qui aurait poussé la multinationale à se montrer bien plus agressive sur le réseau social.

Alors que l’ancien candidat démocrate Bernie Sanders s’est rendu dans l’Alabama pour soutenir la création du premier syndicat d’Amazon, le patron opérationnel de l’entreprise, Dave Clark, s’est ouvertement attaqué à l’homme politique le 24 mars dernier.

“Si vous voulez entendre parler d’un salaire horaire de 15 dollars et d’une couverture santé, le sénateur Sanders s’exprimera au centre-ville. Mais si vous voulez vraiment gagner 15 dollars de l’heure et bénéficier d’une bonne couverture santé, Amazon embauche” taclait ainsi Dave Clark ce 24 mars.

Depuis 2018, Amazon a en effet défini le salaire minimum de tous ses salariés à 15 dollars de l’heure, soit plus du double du salaire minimum fédéral aux Etats-Unis.

Mais le message de Dave Clark a lui-même été commenté par Mark Pocan, élu démocrate à la Chambre des représentants des États-Unis, qui a évoqué le cas de nombreux salariés d’Amazon dont les objectifs de rentabilité leur imposent d’uriner dans une bouteille. Suscitant là encore une réaction offensive de l’entreprise.

“Vous ne croyez quand même pas à ces histoires de bouteilles d’urine? Si c’était vrai, personne ne travaillerait pour nous” répond ainsi Amazon, quelques heures avant de défier la sénatrice démocrate Elizabeth Warren concernant une hypothétique hausse des impôts pour les grandes entreprises.

Un version qui a aussitôt été démentie par les faits, avec à la clef des preuves que des salariés et/ou sous-traitants d’Amazon sont contraints d’uriner dans des bouteilles ou de déféquer dans des sacs, rapporte The Intercept. Une situation dont l’entreprise a connaissance

Armée d’ambassadeurs

Selon Recode, la virulence des messages mis en ligne par Amazon a même poussé un salarié à signaler une activité suspecte du compte Twitter de l’entreprise, qu’il pensait avoir été piraté.

Comme le rappelait le site Gizmodo en 2019, Amazon profite d’une armée “d’ambassadeurs” sur Twitter, issus de ses salariés œuvrant dans les entrepôts américains et récompensés par un jour de congé supplémentaire et une carte-cadeau de 50 dollars à dépenser chez leur employeur.

“Je souffre de dépression aussi et j’ai un moment voulu quitter Amazon. Mais j’ai réalisé que les problèmes venaient de moi et pas d’Amazon” écrivait en août 2019 une certaine Hannah, “ambassadrice” Amazon, dont le compte a par la suite été désactivé.

Ces partisans de l’entreprise ont naturellement été mobilisés dans la lutte contre les salariés souhaitant créer un syndicat. Certains profils ont par ailleurs éveillé les soupçons de certains observateurs, en raison de leur activité parfaitement corrélée avec le vote de ce 29 mars.

Toujours d’après Gizmodo, un compte Twitter enregistré en mars 2021 et appartenant à une certaine Darla affichait une photo qui semblait avoir été créée à l’aide du site Web Generated Photos, capable de générer des visages photoréalistes grâce à une intelligence artificielle. La femme était alors présentée comme employée dans un entrepôt d’Amazon.

“Amazon n’est pas anti-syndicat! Les syndicats sont des outils utiles dans les entreprises qui ne proposent pas de bons salaires et d’avantages comme le fait Amazon. Nous n’avons simplement pas besoin d’eux” assurait ainsi Darla ce dimanche 28 mars, avant que son compte ne disparaisse. Auprès du New York Times, Amazon a ainsi évoqué “un faux compte”, signalé par ses équipes à Twitter.

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Cette entrée a été publiée le 30 mars 2021 par dans AMAZON, COMMERCE, ECOLOGIE, ETAT POLICIER, FRANCE, ORLEANS AGGLOMERATION.