NPA Loiret

Mel de Contact : npa.orleans@orange.fr

Affaire des 4 de Melle : Blanquer n’aime pas perdre. Et pourtant…!

Communiqué du comité de soutien aux 4 de Melle du 25 avril

Ministre autoritaire, Jean-Michel Blanquer ne souffre pas la contradiction : intimidation et répression se sont abattues sur les personnels opposés à sa réforme du baccalauréat, à Melle, à Dole, à Bordeaux, à Cahors, à Clermont-Ferrand… En ce mois d’avril, un premier coup d’arrêt est porté à cette volonté irréfrénée de criminaliser la contestation, la grève et la manifestation : le Conseil d’Etat refuse l’admission de son pourvoi en cassation dans l’affaire des 4 de Melle.

Comment en est-on arrivé à ce plus haut degré de la justice administrative ? Seul l’entêtement insensé d’un ministère sourd aux revendications de ses enseignants explique un tel engrenage. Au lycée Desfontaines de Melle (79), comme dans plus de 500 lycées en France, la communauté éducative, les parents et les lycéens se sont mobilisés en janvier 2020 lors de la passation des premières épreuves du bac Blanquer, si largement décriées, les fameuses E3C. Le ministère ne peut alors admettre l’ampleur de cette mobilisation nationale et les foudres du rectorat de Poitiers s’abattent sur 3, puis 4 enseignants de ce lycée rural : c’est un véritable acharnement répressif qu’ils subissent, suspendus à titre conservatoire pendant 8 mois, ils sont sanctionnés début novembre à l’issue de conseils de discipline où aucun avis majoritaire n’avait pourtant été émis.

Il s’agit d’en faire des exemples. Il s’agit de réprimer et d’intimider. Il s’agit de faire taire la contestation. La conclusion du compte-rendu de l’enquête administrative assume d’ailleurs ouvertement les motivations politiques et idéologiques à l’origine de cette affaire en affirmant qu’« ils restent dans leur logique de combat de la réforme » et qu’il faut donc a minima les déplacer d’office. Pourtant, confronté à une forte mobilisation et à ses propres contradictions, le rectorat de Poitiers recule, proposant des sanctions de plus en plus basses au fur et à mesure de la semaine des conseils de discipline. Seule Sylvie Contini, passée la première, a à subir, pour l’exemple et de manière arbitraire, cette sanction de déplacement d’office. Elle attaque alors cette décision en référé au tribunal administratif de Poitiers, avec ses avocats financés par la caisse de solidarité.

Le 22 décembre, le verdict tombe : l’ordonnance du TA suspend la sanction du rectorat de Poitiers et demande la réintégration provisoire de Sylvie sur son poste à Melle en attendant le jugement sur le fond. C’est un revers pour le rectorat de Poitiers et Blanquer, piqué au vif, prend officiellement la main sur ce dossier des 4 de Melle, en se pourvoyant en cassation devant le Conseil d’Etat pour annuler cette victoire en référé.

Peine perdue : le Conseil d’Etat a statué, aucun des arguments avancés par le ministère n’est jugé recevable, ce pourvoi ne sera donc pas même examiné, il n’est pas admis !

C’est un grand soulagement et une nouvelle victoire pour Sylvie Contini qui subit depuis plus d’un an ces attaques incessantes, alors qu’elle n’a fait qu’user de son droit de grève et de manifestation. Cette décision du conseil d’Etat lui permet d’aborder avec espoir et élan la suite de la bataille juridique : que soit définitivement annulée la sanction de déplacement d’office et qu’elle puisse continuer d’enseigner en toute sérénité au lycée Desfontaines de Melle.

C’est aussi un soulagement, une victoire et une note d’espoir pour l’ensemble de la communauté éducative qui n’a eu de cesse, aux côtés des intersyndicales académiques et nationales,  d’apporter son soutien à ces réprimés pour l’exemple, entre autres en se rassemblant massivement à Poitiers le 12 octobre lors de la CAPA disciplinaire de Sylvie. Comme les 4 de Melle, nous « restons dans [notre] logique de combat » contre les réformes Blanquer qui détruisent le service public d’Education.

Continuons de lutter aux côtés des 4 de Melle et de tous les enseignants victimes de cette vague répressive : abandon des procédures disciplinaires et aucune sanction pour ceux qui osent contester la politique éducative du gouvernement ! 

Jean-Michel Blanquer n’aime pas perdre… Et pourtant, la défaite est cuisante. 

Nous ne nous tairons pas, nous ne lâcherons rien, car les luttes payent : « Sois prof et bats-toi ! ».  

#SoisProfEtTaisToi

#SoutienAux4deMelle

Le 25 avril 2021, le comité de soutien aux 4 de Melle

-Pour soutenir financièrement les 4 de Melle dans leur bataille juridique toujours en cours :

https://www.lepotcommun.fr/pot/n9i5n24r

-Pour en savoir plus sur cette bataille des 4 de Melle contre la répression dans l’éducation, n’hésitez pas à lire les articles et tribunes publiés sur le blog Mediapart du comité de soutien :

  • Tribune signée notamment par l’intersyndicale nationale :

https://blogs.mediapart.fr/comite-de-soutien-aux-3-de-melle/blog/260121/affaire-des-4-de-melle-jean-michel-blanquer-seul-face-aux-organisations-syndic

  • Article du comité de soutien sur les détails de l’affaire des 4 de Melle :

https://blogs.mediapart.fr/comite-de-soutien-aux-3-de-melle/blog/250620/les-3-de-melle-et-le-rectorat-de-poitiers-le-fait-du-prince

Historique

Les « 4 de Melle », enseignants menacés de sanctions pour avoir protesté contre la réforme Blanquer

Pour leur participation aux mouvements de grève contre la réforme du bac en janvier et février, quatre enseignants des Deux-Sèvres sont convoqués en conseil de discipline. Ils risquent d’être radiés.

CET ARTICLE EST EN ACCÈS LIBRE. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.

Malgré eux, ils sont devenus le symbole de la répression syndicale et de l’acharnement contre le corps enseignant. Les « quatre de Melle » sont accusés d’incitation à l’émeute et de manquement à leur devoir de réserve pour avoir participé aux mouvements de contestation contre la réforme Blanquer. Pour avoir fait usage de leur droit de grève, ils risquent aujourd’hui d’être radiés de la profession. Le rectorat de l’académie de Poitiers, dont dépend l’établissement, reproche aux enseignants d’avoir participé à trois journées de mobilisation : le 10 janvier, le 22 janvier et le 3 février, dans leur établissement, le lycée Joseph Desfontaines à Melle (Deux-Sèvres) . « Nous sommes accusés de blocage d’établissement et de perturbation des épreuves pour avoir été en rassemblement et en grève ces jours-là », explique Aladin Lévêque, l’un des enseignants concernés.

« Aujourd’hui, aucun enseignant n’est à l’abri »

Ces conseils de discipline ne sont pas le fruit du hasard, explique une voix du syndicat SUD Éducation 79, qui préfère garder l’anonymat : « Ce sont trois enseignants aux profils très variés, des professeurs ordinaires, pour montrer que personne n’est intouchable. » Aladin Lévêque renchérit : « C’est un message envoyé à tous les enseignants de France ! » Le corps enseignant dénonce aujourd’hui la pression que l’Éducation nationale exerce sur la profession. L’article 1 de la loi « pour une école de confiance », promulguée en juillet 2019, est équivoque. Il insiste sur « l’engagement et l’exemplarité des personnels de l’Éducation nationale ». SUD Éducation 79 évoque une « manière d’être réduit au silence ».

Au départ, trois enseignants étaient concernés par ces conseils de discipline. Mais les « 3 de Melle » sont désormais quatre : aux côtés d’Aladin Lévêque, Sylvie Contini et Cécile Proust se retrouve Sandrine Martin. L’enseignante a été prévenue le 14 septembre, en cours, qu’elle allait recevoir une lettre recommandée le soir même l’informant de son passage en conseil de discipline, pour des faits remontant au début d’année 2020. Et ce « sans entretien préalable, à la date limite pour consulter son dossier et préparer sa défense », précise Aladin Lévêque. Contacté, le rectorat de l’académie de Poitiers se contente de présenter ces conseils de discipline comme « une opportunité d’argumenter et de permettre à chacun de défendre sa position, dans le respect des procédures ».

Une enquête menée par l’administration elle-même

Le 7 juin 2020, dans une lettre adressée à Bénédicte Robert, rectrice de l’Académie de Poitiers, Aladin Lévêque, Sylvie Contini et Cécile Proust dénoncent l’ingérence du rectorat et la mise en danger des élèves lors de la passation des épreuves du baccalauréat dans leur établissement. Ils évoquent notamment des portes incendie condamnées et sanglées, des élèves enfermés dans des salles d’examen ou encore des alarmes incendies coupées. « Il semblerait aussi que des consignes aient été données par l’administrateur de ne pas appeler les pompiers en cas de malaise d’élèves », détaillent-ils. Pourtant, « aucune suspension conservatoire n’a été prise à l’encontre de certains membres de l’administration ». Mais les « 3 de Melle », eux, sont suspendus depuis plus de six mois, et ont même « l’interdiction d’entrer en contact avec leurs collègues », selon SUD Éducation 79.

« Aujourd’hui l’administration est à la fois enquêtrice et juge, donc elle a tout le loisir de nous sanctionner comme elle l’entend », s’inquiète Aladin. Lui et ses collègues risquent des sanctions qui peuvent aller du blâme à la suspension, jusqu’à la mutation d’office ou encore la révocation de l’Éducation nationale. Le blâme peut même être infligé par la rectrice sans passer par un conseil de discipline. C’est le cas notamment d’une enseignante du Havre qui a écopé d’un blâme pour avoir critiqué la réforme Blanquer en avril 2019. Les syndicats parlent même d’une « mutation forcée ». À Poitiers, le verdict est d’autant plus attendu que la rectrice Bénédicte Robert est une ancienne collaboratrice du ministre Jean-Michel Blanquer, quand celui-ci était recteur de l’académie de Créteil. « Les services du rectorat nous ont avoué qu’en dernière main, le dossier sera géré par le ministre lui-même », raconte Aladin Lévêque.

Symbole de répression syndicale

Ce lundi 12 octobre, Sylvie Contini était la première à se présenter à la porte du rectorat de Poitiers, soutenue par une foule venue en nombre. Dans un communiqué, plusieurs syndicats (SNES, CGT, Educ’action, FO, Sud Éducation) dénoncent « une répression qui touche tous les secteurs du monde du travail » et « une remise en cause des libertés syndicales et démocratiques ». C’est pour dénoncer les E3C, les épreuves communes de contrôle continu, qu’un mouvement national s’était mis en place en janvier et février derniers. Un mouvement auquel ont participé lycéens, parents d’élèves et enseignants pour dénoncer « un bac inégalitaire ». « Les lycées défavorisés seront les premiers à pâtir de ces réformes, car ils ne pourront pas proposer toutes les options, cela va créer des disparités énormes dans le modèle d’enseignement mais aussi au niveau de la répartition des postes », explique Aladin Lévêque. En réponse à la contestation, des gendarmes seront déployés devant les portes du lycée Joseph Desfontaines et les épreuves reportées plusieurs fois.

« En voulant les faire taire, c’est toute la profession que le ministère cherche à bâillonner », dénoncent les syndicats. « Ils ont la volonté d’aller jusqu’au bout », ajoute SUD Éducation 79. Les enseignants sont d’ores et déjà prêts à saisir le tribunal administratif en cas de sanction. Tous espèrent que ces évènements ne créeront pas un précédent qui mettrait à mal les luttes syndicales. De son côté, le rectorat de Poitiers explique « ne pas pouvoir préjuger de la décision à l’issue de ces conseils de discipline et favoriser les débats contradictoires ». « On va voir s’ils font le choix de l’apaisement et du dialogue social ou s’ils vont perpétuer ce passage en force », conclut Aladin Lévêque.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :