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ALGERIE : Le hirak des étudiants interdit ? MARCHE AVORTÉE ET INTERPELLATIONS A LA PELLE

MUSTAPHA BENFODIL

Ambiance extrêmement tendue le 27 avril à Alger, où un dispositif policier impressionnant, encore plus dense que les autres mardis, a été déployé pour contrer la «marche des étudiants».

Des interpellations à la pelle ont été opérées avant le début de la marche hebdomadaire. Celle-ci devait démarrer, comme tous les mardis, vers 11h, depuis la place des Martyrs. Nous étions sur les lieux vers 10h40 et nous avons noté d’emblée que le dispositif coercitif était en effet plus important.

Une longue file de camions de police, de véhicules 4×4, ainsi qu’une pléthore de fourgons cellulaires étaient alignés sur la chaussée d’où démarre habituellement la manif, dans la Basse-Casbah.

C’est la première fois que ce tronçon est investi de cette manière, avec autant d’engins. Sur l’esplanade centrale et dans tout le secteur, il n’y avait que des agents en uniforme et en civil, dont nombre de femmes policières. Certains fourgons cellulaires étaient déjà bondés d’activistes et de citoyens embarqués.

Les agents de police procédaient systématiquement à des vérifications de papiers et des fouilles dès qu’un passant franchissait cette zone. Nous-mêmes, nous avons été contrôlés et nos papiers professionnels dûment examinés.

De fait, des policiers en civil nous ont apostrophés, alors que nous traversions le périmètre, pour vérifier notre carte professionnelle et notre ordre de mission. Après une vingtaine de minutes d’attente sous un arbre de la vaste esplanade, nous avons été invités à repartir «mais votre ordre de mission est périmé, vous devez le refaire, après, vous pouvez travailler à votre aise, marhba bik (soyez le bienvenu)», nous lance un officier de police avec amabilité après les vérifications de rigueur.

Un étudiant qui avait été interpellé mardi dernier avant d’être relâché, a de nouveau été appréhendé sous nos yeux dès son arrivée sur la place. «Vous n’avez ni carte d’étudiant ni carte d’identité ? Emmenez-le au fourgon cellulaire», lâche un policier en civil avec autorité avant que ses collègues n’accompagnent le jeune homme vers un panier à salade.

En longeant l’itinéraire habituel de la marche, nous avons d’emblée remarqué la même densité dans le déploiement des forces de l’ordre et un dispositif là aussi musclé et plus fourni que les autres jours. Le square Port-Saïd et les abords du TNA étaient hermétiquement bouclés, et plusieurs camions de police étaient positionnés sur un flanc de la rue Ali Boumendjel, alors que d’ordinaire, il n’y a pas de véhicules de police par là.

Sur la rue Larbi Ben M’hidi, là encore des fourgons cellulaires étaient postés sur la grande artère, et de la porte arrière de ces véhicules, on pouvait constater de visu d’autes interpellations. Même tableau près de la Grande Poste où une ribambelle de camions bleus étaient stationnés, notamment sur la rue Abdelkrim Khettabi qui sépare le lycée Barberousse du grand bâtiment néomauresque. Même topo sur l’avenue Pasteur et du côté de la place Audin où une armada d’engins a été mobilisée.

Sur les réseaux sociaux, les infos chichement distillées tournaient en boucle sur les pages dédiées aux détenus d’opinion ainsi que celles des collectifs étudiants. Dès les premières arrestations, l’Union des étudiants algériens libres (UEAL) et le Rassemblement estudiantin pour le changement (REC) ont aussitôt donné l’alerte : «Arrestation de plusieurs étudiants lors de la tentative de déclenchement de la marche du mardi aujourd’hui, dont les étudiants suivants : Chawki Hammoum, Abdenour Ait Said, Saaï Zahra, Kaïs Ould Ammar, Mahyeddine Massoum, Wiam Belal, Chahid Azizi et Mehdi Mezaouer», dénonçait le Rassemblement estudiantin pour le changement sur sa page Facebook.

«Une nouvelle dérive autoritaire»

Outre ces noms, les pages rendant compte régulièrement des arrestations ont complété avec d’autres noms. Dans un point de situation établi à 16h, Zaki Hannache a confirmé la liste des étudiants précédemment cités en ajoutant le nom de la politologue Louisa Dris Aït Hamadouche «interpellée ce matin à la place des Martyrs» et celui du professeur Mahana Abdesselam, ainsi que les militants Hassan Mebtouche, Dr Djamel-Eddine Oulmane, Mohamed Laïd et Abdou Aït Belkacem.

La même source a mentionné par ailleurs le frère de Abdenour Ait Said, un lycéen de 17 ans, et un autre jeune de 17 ans également, Abdelhafid Mokrab, portant la liste des personnes interpellées à 16, sachant qu’il s’agit ici d’un bilan provisoire. Notre confrère Zoheïr Aberkane de Radio M a indiqué de son côté qu’il a été conduit au commissariat de la place des Martyrs, où il est resté plus d’une heure avant d’être relâché. «Retenu au commissariat de la place des Martyrs de 10h20 à 11h50. Marche des étudiants hypothéquée ?» a-t-il posté sur son compte Facebook peu après sa sortie du commissariat.

Face à cette nouvelle vague répressive, et alors que, jusqu’à la rédaction de ces lignes, nous sommes toujours sans nouvelles des personnes arrêtées, les réactions n’ont pas tardé. «Nouvelle dérive autoritaire. Visiblement le pouvoir a décidé d’interdire pour la première fois depuis le 26 février 2019, la marche hebdomadaire pacifique des étudiants. Plusieurs interpellations des étudiants et des leaders du mouvement estudiantin. Halte à la répression !» a réagi le défenseur des droits humains Saïd Salhi. L’avocate Fetta Sadat s’est indignée elle aussi en relevant qu’une «vague d’arrestations sans pareil ciblant des étudiants, des citoyens de tous âges, des activistes et même des journalistes dont Zoheir Aberkane de Radio M, a été opérée avec une rare violence».

Maître Fetta Sadat a relayé la liste provisoire des personnes recensées avant de souligner : «Arrêter en masse des étudiants et des citoyens mobilisés pour un changement démocratique et pacifique est une dérive de plus qui renseigne sur le jusqu’au-boutisme d’un système en perte de vitesse et définitivement condamné par l’histoire.» RAJ a également dénoncé cette folie répressive à travers un communiqué où l’on peut lire : «Le pouvoir continue avec son approche répressive et sécuritaire.

La marche hebdomadaire des étudiants-es à Alger a été empêchée pour la première fois, faisant plusieurs arrestations entre étudiants-es et enseignants-es universitaires. Le RAJ condamne et dénonce avec force la répression de la marche des étudiants-es et interpelle le pouvoir sur le respect du droit de manifester et de se rassembler à Alger et à travers tout le territoire national.» Et l’association d’exiger «la libération immédiate et inconditionnelle des personnes interpellées».

De son côté, l’Union des étudiants algériens libres a exprimé de vive inquiétudes sur l’avenir du hirak estudiantin en faisant ce constat amer : «Si le peuple ne sort pas avec force pour soutenir les étudiants, le mardi, peut-être ne reverrons-nous plus jamais la marche du mardi, parce que, et nous le disons à regret, le droit de manifester n’est pas reconnu en Algérie. Ce n’est qu’en se mobilisant en grand nombre qu’on peut arracher ce droit. Liberté à ceux qui ont été arrêtés aujourd’hui.»

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Cette entrée a été publiée le 29 avril 2021 par dans ALGERIE, DEMOCRATIE, ETAT POLICIER, ETUDIANTS, HIRAK.