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Rassemblement pour les un an de la mort de Mohamed Gabsi aux mains de la police municipale de Béziers le 10 avril 2020 !

Ce samedi 10 avril a eu lieu la commémoration de la mort de Mohamed Gabsi, mort aux mains de la police municipale de Béziers le 8 avril 2020. La pluie aussi de la partie mais cela n’a pas empêché près de 200 personnes de se réunir devant la sous-préfecture pour lui rendre hommage.

Houda Gabsi, sœur de Mohamed, Lynda Mendi, Présidente de Culture Solidaire Béziers et une des nombreuses personnes du collectif Justice pour Mohamed, ont pris la parole. La première a remercié avec une certaine émotion les gens présents. Elle a renouvelé sa demande de justice pour son frère et elle a déclaré se battre « pour que ça ne se reproduise surtout plus. Que nos enfants, nos amis, nos frères ne soient plus tués de cette façon-là, de cette façon dramatique par notre police ». La seconde a aussi remercié les gens présents avant de déclarer que : « Sa famille a besoin de nous et la justice aussi. C’est à nous de la faire la justice » puis de lancer plusieurs « justice pour Mohamed » avec la foule.

Le rassemblement s’est en suite transformé en marche jusqu’au lieu où Mohamed Gabsi a perdu la vie. Ici, la famille de Mohamed a déposé des fleurs, des affiches et des tags du logo du collectif ont fleuri dans l’espace public. La famille a également réalisé une minute de silence, puis Houda a repris une dernière fois pour évoquer sa souffrance et sa colère. Elle a annoncé qu’elle ne lâcherait rien tant que la justice ne sera pas faite contre les trois policiers municipaux impliqués dans la mort de son frère.

La procession a ensuite repris jusqu’au théâtre municipal. Ici, les gens se sont rassemblés une dernière fois pour écouter deux autres interventions : celle de Meddy Nedir de SOS Racisme Béziers et celle de personnes venues de toute la région Occitanie pour soutenir cette lutte de justice. Après cela et quelques slogans de la foule, le rassemblement c’est progressivement dispersé.

L’indicible de la perte d’un frère. C’est pourtant ce que les mots de Houda Gabsi parviennent à dire et à exprimer, comme dans un besoin intense de verbaliser l’incompréhensible, l’impensable, l’inimaginable, le tonnerre soudain et absurde d’un drame qui vient s’inscrire dans un continuum bien trop ancré dans le réel, celui de la perte tragique et évitable d’un être humain, homme, père, compagnon, frère, ami, lors de son interpellation par des agents de police. Mohamed Helmi Gabsi, 33 ans, trois enfants, est mort le soir du 8 avril 2020, à Béziers, victime d’un syndrome asphyxique dans un véhicule de la municipale. L’instruction suit toujours son cours, trois policiers sont mis en examen.

Le dossier, que Houda Gabsi en partie civile, a pu consulter, comporte des témoignages et des éléments accablant une intervention policière aux larges dérives et à la disproportion manifeste, accentuée au regard de la schizophrénie dont souffrait son frère, prédisposé à de fortes crises d’angoisses, parfois au beau milieu de la rue. Aussi la question justement posée d’un recours à la force plutôt qu’à la prévention et aux soins, face à un individu connu par les services de police pour sa condition psychique, et qui avait déjà fait auparavant les frais d’interpellations ou de conduites violentes par la même police municipale, le conduisant quelques mois avant sa mort à un arrêt cardio-respiratoire de trois minutes, et un genou ruiné. In extremis.

Pourtant, c’est arrivé : « Ils ont fini par me le tuer ! » Comment expliquer l’inexplicable, admettre l’inadmissible ? Peut-être par la constatation des faits, des éléments du dossier rapportés par Houda, dans leur brutal reflet de tant d’autres de ces drames policiers qui secouent le monde, dans cette itération qui place des individus en situation de détresse psychologique face au rouleau compresseur, oppresseur, inhumain, de la violence policière comme réponse aveugle à la condition. L’inconscience et la conscience coupables d’êtres humains qui précipitent l’un de leurs semblables vers sa fin, et la froideur glaçante d’un système politique qui les accompagne. L’intolérable agression d’un journalisme de préfecture qui aura dès le lendemain réduit Mohamed en victime marginale, forcément coupable de sa propre mort. Tous les éléments réunis, de cette perpétuelle désinhibition d’une violence sociale systémique, sont venus une nouvelle fois sonner le glas d’une existence. « C’est arrivé à Mohamed, mais ça aurait pu être n’importe qui. »

Accepter l’inacceptable, panser la plaie béante, combler l’insupportable absence, et laisser exploser l’irrépressible besoin de justice, continuer toujours, à parler, exorciser, mobiliser, à organiser chaque mois des rassemblements ou des marches, participer à d’autres, tisser des liens : sur- vivre. Le comité Justice pour Mohamed qui regroupe proches, connaissances, citoyens et citoyennes, associations, n’a eu de cesse de se battre pour rendre au drame son humanité et sa dignité. Réhabiliter l’homme et réclamer pour lui et pour les siens, rien de moins que la justice.

Aujourd’hui, un an est passé depuis la mort de Mohamed Gabsi, et il pleuvait à Béziers, comme partout. Plus d’un millier de personnes avaient participé à la première marche du comité en juin dernier, et scandé tout le long du cortège « Justice pour Mohamed ! Justice pour Mohamed ! ». La colère sainement humaine face à l’injustice, elle était toujours là ce samedi 10 avril 2021 malgré la pluie froide et englobante, parmi les quelques deux cents braves venu·es défier les éléments, sous les regards policiers de l’escorte, rares spectateurs d’une ville confinée par la météo.

L’esprit était là lui aussi, flottant dans les voix mêlées ou le silence recueilli de la foule l’espace d’une minute unanime, dans la force de l’indignation collective, de la tristesse partagée, et du courage aussi. La riche diversité composant le cortège témoignait du simple échantillonnage par la pluie d’une large mobilisation en soutien au comité Justice pour Mohamed. De quoi susciter chez la famille et les proches du jeune homme, des sourires où l’on mesure tant la force que la douleur, en l’attente que justice soit rendue.

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