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Allemagne : la grève des cheminots paralyse le trafic ferroviaire

Par Hélène Kohl (Berlin, correspondance)

Cette mobilisation, à l’appel du syndicat des conducteurs de locomotives GDL, fait suite à l’échec des négociations salariales avec la Deutsche Bahn.

Des passagers attendent leur train à Hambourg (nord de l’Allemagne), le 11 août 2021. FABIAN BIMMER / REUTERS

Les cheminots allemands ont mis leur menace à exécution. Mardi 10 août, à 19 heures, ils ont débrayé massivement, bloquant le fret. Puis, à 2 heures du matin, les conducteurs de trains de passagers ont rejoint le mouvement, à l’appel du syndicat des conducteurs de locomotives GDL.

Trois quarts des trains grandes lignes sont restés au dépôt, mercredi. Le trafic régional a été touché de manière différente selon les Länder, mais partout la désorganisation a entraîné d’importants retards. Dans les villes comme Berlin, Cologne ou Nuremberg, les trains de banlieue (S-Bahn) ont circulé de façon aléatoire. « J’ai mis six heures pour rejoindre le centre »,racontait un habitant de Spandau, en périphérie de la capitale.

A la gare principale, des milliers de vacanciers se sont retrouvés sans train. Onze des seize Länder sont encore en vacances scolaires et « avec l’incertitude de l’épidémie de Covid-19, comme beaucoup, on a renoncé à des congés à l’étranger et nous voilà bloqués ! », déplorait une mère de famille bavaroise en route pour la côte de la Baltique avec ses deux enfants.

Le conflit pourrait s’étirer pendant des mois

Le syndicat GDL a rompu les discussions avec la Deutsche Bahn, avec laquelle il négocie une nouvelle grille de salaires pour les conducteurs de train. Votée à 95 % lundi, la grève s’annonce dure et longue. Les débrayages sont prévus pour 48 heures d’abord, mais si le mécontentement s’installe, comme en 2014-2015, le conflit pourrait s’étirer pendant des mois. Claus Weselsky, le dirigeant de GDL, a donné le ton, mardi : « A ma connaissance, il n’y a rien qui fixe les limites d’une grève. » Il pourrait appeler à une deuxième grève perlée dès la semaine prochaine.

LE PETIT SYNDICAT GDL, FORT DE 37 000 MEMBRES, JOUE D’AUTANT PLUS LA CARTE DE LA SURENCHÈRE QU’IL CHERCHE À S’IMPOSER COMME UN ACTEUR CENTRAL DU SECTEUR FACE À L’AUTRE SYNDICAT DE LA BRANCHE, EGV

Les salariés réclament une « prime corona » de 600 euros dès 2021, ainsi qu’une augmentation de 3,2 % en deux étapes : + 1,4 % fin 2021 et + 1,8 % en 2022. La compagnie de chemin de fer leur propose la même chose, mais seulement en 2022 et 2023, invoquant les pertes de résultat induites par la pandémie (5,7 milliards d’euros) « Ce n’est pas la faute des cheminots », rétorque M. Weselsky. En juin, il avait lancé une remarque qui avait considérablement tendu la situation : « Les petites gens doivent se faire les poches afin que les manageurs boivent du champagne. La Deutsche Bahn peut faire des économies ailleurs. »

Voilà quelque temps déjà que les deux partenaires se regardent en chiens de faïence et se reprochent mutuellement de colporter des contrevérités pour prendre l’ascendant dans les discussions. Le petit syndicat (37 000 membres) joue d’autant plus la carte de la surenchère qu’il cherche à s’imposer comme un acteur central du secteur face à l’autre syndicat de la branche, EGV. Celui-ci pèse bien plus lourd, car il représente toutes les catégories de personnel, et pas seulement les conducteurs de train. Il a accepté les conditions de la direction à l’automne 2020.

Le blocage du fret inquiète

« C’est une attaque contre le pays tout entier, a dénoncé le directeur des ressources humaines de la Deutsche Bahn, Martin Seiler. Personne n’a besoin d’une grève maintenant. Après les restrictions liées au Covid, les gens recommencent juste à voyager. Il y a zéro virgule zéro raison de débrayer. » Le ministre fédéral des transports, Andreas Scheuer (CSU, droite), tente une timide médiation, rappelant l’importance des retrouvailles estivales après des mois de restrictions sanitaires. La Deutsche Bahn est certes détenue à 100 % par l’Etat, mais elle a le statut de société anonyme. Outre-Rhin, la tradition de la codécision dans les entreprises veut que la politique reste en retrait.

En plein cœur de l’été, cette grève n’a pas été annoncée suffisamment à l’avance, déplore l’association de passagers Pro Bahn. « Quarante-huit heures de délai, ou au moins vingt-quatre heures, auraient permis aux voyageurs de trouver le temps de s’organiser différemment », souligne Karl-Peter Naumann, de Pro Bahn. Il rappelle que les conflits à la Deutsche Bahn n’embarrassent pas seulement la direction. Ils ont aussi, inévitablement, un impact sur une partie importante de la population. De ce fait, M. Naumann implore les partenaires de retourner rapidement à la table des négociations.

Du côté des entreprises, le blocage du fret (la filiale DB Cargo) inquiète. On redoute des ruptures d’approvisionnement si la grève s’installe. A long terme, la reprise allemande pourrait en pâtir, d’autant que d’importants axes ferroviaires sont toujours fermés à la suite des inondations qui ont frappé l’ouest du pays, à la mi-juillet. Les violentes intempéries ont endommagé ou détruit 600 kilomètres de voies, 50 ponts et 40 postes d’aiguillage. La reconstruction s’annonce très longue et coûtera 1,3 milliard d’euros.

Par Hélène Kohl (Berlin, correspondance)

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Cette entrée a été publiée le 13 août 2021 par dans ALLEMAGNE, CHEMINOTS, LUTTES SOCIALES.